VertigO
La revue électronique en sciences de l’environnement
Volume 25, numéro 1, mars 2025 Environnement et tourisme dans le monde post-COVID-19. Effets croisés et objectifs antinomiques ? Environment and tourism in the post-COVID-19 world. Cross-effects and conflicting objectives? Sous la direction de Juste Rajaonson et Yann Roche
Sommaire (14 articles)
Environnement et tourisme dans le monde post-COVID-19. Effets croisés et objectifs antinomiques ?
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Introduction : Environnement et tourisme dans le monde post-COVID-19. Effets croisés et objectifs antinomiques ?
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Tourisme et environnement post-COVID-19 : une analyse critique des tendances émergentes
Juste Rajaonson et Yann Roche
RésuméFR :
À partir d’une revue critique de littérature, cet article examine les principaux impacts environnementaux du tourisme post-2020, en distinguant les impacts amplifiés, réduits et émergents. Ces impacts sont illustrés par des exemples tirés de contextes géographiques variés. En fonction de ces impacts, l’analyse proposée montre, entre autres, la valorisation de quatre concepts écologiques dont : la régénération, la résilience, l’économie circulaire et la transition écologique, appliqués au domaine du tourisme. Si ces concepts ne sont pas entièrement nouveaux, ils ont gagné en visibilité et en pertinence au sein du secteur du tourisme, amenant ainsi un certain renouveau dans les discours en faveur de la durabilité. Cependant, nous montrons que leur utilisation et les transformations qu'ils induisent restent floues pour les acteurs du tourisme, soulignant la pertinence des recherches visant à mieux les transposer au tourisme, tant sur le plan théorique qu’appuyées par des données probantes.
EN :
Based on a critical literature review, this article examines the main environmental impacts of tourism in the post-2020 era, distinguishing between amplified, reduced, and emerging impacts. These impacts are illustrated with examples drawn from diverse geographic contexts. In response to these impacts, the analysis highlights, among other things, the growing prominence of four ecological concepts: regeneration, resilience, circular economy, and ecological transition, as applied to the tourism sector. While these concepts are not entirely new, they have gained visibility and relevance within the tourism field, contributing to a renewed discourse on sustainability. However, we show that their use and the transformations they imply remain vague for tourism stakeholders, underscoring the importance of further research aimed at clarifying how they can be meaningfully translated into tourism practice—both theoretically and through evidence-based approaches.
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Le tourisme balnéaire de la commune de Diembéring (Basse Casamance, Sénégal) face à l’érosion côtière
Sadou Bocoum, Laurent Touchart, Pascal Bartout et Cheikh Faye
RésuméFR :
La commune de Diembéring concentre différentes structures d’hébergement sur son littoral qui font face aux menaces de l’érosion côtière. Face à cette problématique d’actualité, cette contribution a pour objectif d’analyser l’impact de l’érosion côtière sur le tourisme balnéaire en Basse-Casamance, Sénégal. Cette étude s’appuie sur une approche cartographique qui a permis de calculer les taux de variation du trait de côte et d’analyser le niveau d’exposition des structures d’hébergement. Les résultats obtenus en comparant les données de 1979 et 2022 montrent que l’érosion côtière est devenue une sérieuse menace avec la réduction prononcée de la plage de -511,9 ha, de la végétation côtière de -670,8 ha et surtout de 14 % des infrastructures hôtelières qui sont à moins de 50 mètres du trait de côte. Á l’hôtel Bar de la mer, certaines bases des bâtiments sont de nos jours sapées par les vagues. Á ce rythme, les plus grands hôtels risquent d’être envahis par la mer malgré les efforts fournis. La menace est également notée au niveau de l’hôtel Hibiscus de Cabrousse malgré les moyens considérables déployés pour contrer les eaux. Face à ces contraintes, des stratégies d’adaptation sont mises en place, mais elles tardent à produire leurs effets, ce qui fait que les acteurs jugent qu’elles sont inefficaces.
EN :
The municipality of Diembéring concentrates different accommodation structures on its coastline that face the threats of coastal erosion. Faced with this current problem, this contribution aims to analyze the impact of coastal erosion on seaside tourism. This study is based on a cartographic approach that has made it possible to calculate the rates of variation of the coastline, to analyze the level of exposure of accommodation structures. The results obtained show that coastal erosion has become a serious threat with the pronounced reduction between 1979-2022 of the beach of -511,9 ha, of the coastal vegetation of -670.8 ha and above all 12% of the hotel infrastructure which is less than 50 meters from the coastline. At the Hotel Bar de la Mer, some bases of the buildings are nowadays undermined by the waves. At this rate, the largest hotels may be invaded despite the efforts made. The threat is also noted at the Hibiscus de Cabrousse hotel despite the considerable resources they deploy to counter the waters. Faced with these constraints, adaptation strategies are adopted, but despite this, coastal erosion continues to be a major problem. As a result, actors consider them ineffective.
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Leçons de la COVID-19 pour les politiques publiques de vulnérabilité et de résilience des destinations touristiques canadiennes
Juste Rajaonson, Maryse Boivin et Georges A. Tanguay
RésuméFR :
Cet article porte sur les impacts différenciés de la pandémie de COVID-19 sur les destinations canadiennes en termes de vulnérabilité et de résilience. Nous explorons comment les politiques publiques peuvent mieux répondre aux disparités locales en matière de reprise touristique dans le futur à travers une approche territorialisée ou « place-based ». En utilisant l'Enquête nationale sur les voyages des Canadiens (2019-2021), nous comparons, à l’aide de statistiques descriptives, trois découpages couramment utilisés pour concevoir des politiques territorialisées : 1) provincial ; 2) typologique (urbain-rural) et 3) démographique en fonction de différentes catégories d’activités touristiques. Les résultats montrent que les écarts de vulnérabilité et de résilience sont davantage typologiques (urbain/rural) et liés aux types d’activités dominantes qu’à une distinction provinciale. Les zones urbaines ont été les plus vulnérables, avec des chutes allant jusqu'à l'annulation totale (100 %) des événements et spectacles et une réduction de près des trois quarts (72,62 %) dans les loisirs et divertissements au troisième trimestre de 2020 par rapport à 2019, suivi d'une faible reprise en 2021. À l’inverse, les zones rurales ont démontré une meilleure résistance, profitant des activités de plein air qui ont plus que doublé (+157,9 %) en 2020 et continuant à augmenter substantiellement (+48,3 %) en 2021, bien que cela ait mené à un risque accru de surfréquentation dans certaines zones périphériques peu habitées nouvellement prisées. Ces constats soulignent l’importance d’adopter des politiques publiques territorialisées flexibles, modulées en fonction de la vulnérabilité et de la capacité de rebond des destinations, plutôt que fondées sur un cadre prédéterminé. Pour le Canada, comme la vulnérabilité et la résilience varient peu d’une province à l’autre, l’opposition entre milieux urbains et ruraux s’avère la plus pertinente pour différencier les interventions.
EN :
This article focuses on the differentiated impacts of the COVID-19 pandemic on Canadian destinations in terms of vulnerability and resilience. We explore how public policies can better address local disparities in tourism recovery in the future through a place-based approach. Using the Canadian National Travel Survey (2019-2021), we compare, using descriptive statistics, three divisions commonly used to design place-based policies: 1) provincial; 2) typological (urban-rural); and 3) demographic based on different categories of tourism activities. The results show that the gaps in vulnerability and resilience are more typological (urban/rural) and linked to the types of dominant activities than to a provincial distinction. Urban areas were the most vulnerable, with falls of up to total cancellation (100%) of events and shows and a reduction of almost three quarters (72.62%) in leisure and entertainment in the third quarter of 2020 compared to 2019, followed by a weak recovery in 2021. Conversely, rural areas demonstrated greater resilience, benefiting from outdoor activities that more than doubled (+157.9%) in 2020 and continued to increase substantially (+48.3%) in 2021, although this led to an increased risk of overcrowding in some newly popular sparsely populated peripheral areas. These findings highlight the importance of adopting flexible territorialized public policies, modulated according to the vulnerability and rebound capacity of destinations, rather than based on a predetermined framework. For Canada, since vulnerability and resilience vary little from one province to another, the opposition between urban and rural environments proves to be the most relevant for differentiating interventions.
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Espagne-France, une analyse comparative des plans stratégiques touristiques à l’horizon 2030 : vers une planification climato-touristique ?
Patrice Ballester
RésuméFR :
Dans un contexte post-COVID-19, la France et l’Espagne s’adaptent aux nouvelles exigences des touristes dans le domaine environnemental et de la diversité des activités de loisirs et d’affaires. Cette analyse comparée des stratégies touristiques de la France et de l’Espagne à l’horizon 2030 se concentre sur la durabilité de la pratique touristique et le problème de la gestion des flux touristiques liée au surtourisme. Cette comparaison combine l’analyse statistique et le codage qualitatif à partir des plans stratégiques nationaux. L’Espagne se concentre sur l’adaptation de ses territoires et la diversification des produits touristiques en y incorporant des pratiques de mobilité douce ; tandis que la France pose le principe d’une meilleure compétitivité face à la concurrence et au prolongement des séjours internationaux grâce à la gestion des données pour orienter sa stratégie de diffusion commerciale. Concernant l’Espagne, une stratégie globale propose une nouvelle planification climato-touristique avec pour objectif de transformer le secteur tout en favorisant l’équité sociale et territoriale. Quant à la France, les grands événements sont privilégiés comme les Jeux olympiques et paralympiques de 2024. De l’échelle mondiale à l’échelle locale, on souligne une prise en compte impérieuse par les instances de gouvernance du tourisme national des objectifs du développement durable.
EN :
In the post-COVID-19 context, both France and Spain are adapting to the evolving expectations of tourists, particularly in relation to environmental responsibility and the diversification of leisure and business activities. This comparative analysis of France’s and Spain’s tourism strategies towards 2030 focuses on the sustainability of tourism practices and the challenges posed by overtourism and the management of visitor flows. The comparison draws upon both statistical analysis and qualitative coding based on national tourism strategic plans. Spain’s approach centres on the adaptation of its territories and the diversification of its tourism offerings, notably through the integration of soft mobility practices. France, by contrast, emphasises enhanced competitiveness in response to international rivalry and the extension of international stays through the strategic use of data-driven marketing. Spain’s comprehensive strategy proposes a new climate-responsive planning-policy framework aimed at transforming the sector while promoting social and territorial equity. France, meanwhile, places particular emphasis on major international events, such as the 2024 Olympic and Paralympic Games. From the global to the local scale, there is a marked shift in national tourism governance towards the explicit integration of the United Nations’ Sustainable Development Goals.
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L’Espagne à la recherche d’un nouveau modèle touristique
Vincent Marin
RésuméFR :
Face à l’aggravation des effets du changement climatique, l’Espagne se voit contrainte de repenser son modèle de développement, en particulier dans le secteur touristique. Ce travail part de l’hypothèse que la pandémie de COVID-19 a constitué le catalyseur d’un changement de paradigme, accélérant la transition vers un tourisme plus attentif aux enjeux de soutenabilité environnementale. Une recherche qualitative fondée sur diverses sources primaires telles que des documents stratégiques et sectoriels, des programmes politiques, des campagnes touristiques, des articles de presse ou encore des études quantitatives, permet d’analyser l’évolution du modèle touristique espagnol. Depuis 2020, le gouvernement de Pedro Sánchez a en effet placé la transition écologique au cœur de sa stratégie touristique en élaborant des outils programmatiques et en activant des coopérations multiscalaires, notamment avec les communautés autonomes et l’Union européenne. Les projets financés par les fonds de relance européens illustrent cette orientation car ils favorisent les mobilités durables, la diversification des destinations, l’adaptation au changement climatique, la gestion de l’eau, la restauration des écosystèmes et la protection de la biodiversité. Toutefois, cette dynamique de transformation se heurte à des tensions majeures. Le surtourisme, en forte recrudescence depuis la reprise post-pandémique, compromet la construction d’un modèle soutenable. Parvenir à une limitation effective des flux dans certaines zones touristiques constitue sans doute une condition sine qua non pour réduire les externalités négatives du secteur sur l’environnement et consolider le modèle que le gouvernement espagnol entend promouvoir.
EN :
In response to the worsening effects of climate change, Spain is being compelled to rethink its development model, particularly in the tourism sector. This study is based on the hypothesis that the COVID-19 pandemic served as a catalyst for a paradigm shift, accelerating the transition toward a form of tourism that is more attentive to environmental sustainability. A qualitative approach, grounded in a range of primary sources—including strategic policy documents, political programmes, tourism campaigns, press articles, and quantitative studies—enables an analysis of the evolving Spanish tourism model. Since 2020, the government of Pedro Sánchez has placed ecological transition at the core of its tourism strategy, through the development of programmatic tools and the activation of multi-level cooperation, particularly with autonomous communities and the European Union. Projects financed by European recovery funds reflect this strategic orientation by promoting sustainable mobility, the diversification of destinations, climate change adaptation, water management, ecosystem restoration, and biodiversity conservation. However, this transformation dynamic faces significant tensions. The resurgence of overtourism since the post-pandemic recovery undermines efforts to construct a sustainable model. Achieving effective regulation of tourist flows in certain destinations appears to be a necessary condition for reducing the sector’s negative externalities on the environment and for consolidating the model the Spanish government seeks to promote.
ES :
Ante el empeoramiento de los efectos del cambio climático, España se ve obligada a repensar su modelo de desarrollo, especialmente en el sector turístico. Este trabajo parte de la hipótesis de que la pandemia de COVID-19 ha actuado como catalizador de un cambio de paradigma, acelerando la transición hacia un turismo más atento a los desafíos de la sostenibilidad ambiental. A través de una investigación cualitativa basada en diversas fuentes primarias (documentos estratégicos y sectoriales, programas políticos, campañas de promoción turística, artículos de prensa y estudios cuantitativos), se analiza la evolución del modelo turístico español. Desde 2020, el gobierno de Pedro Sánchez ha situado la transición ecológica en el centro de su estrategia turística, mediante la elaboración de instrumentos programáticos y la puesta en marcha de cooperaciones a distintas escalas, en particular con las comunidades autónomas y la Unión Europea. Los proyectos financiados por los fondos europeos de recuperación reflejan claramente esta orientación al promover la movilidad sostenible, la diversificación de los destinos, la adaptación al cambio climático, la gestión del agua, la restauración de los ecosistemas y la protección de la biodiversidad. Sin embargo, esta dinámica de transformación se enfrenta a importantes tensiones. El resurgimiento del sobreturismo tras la pandemia compromete la construcción de un modelo verdaderamente sostenible. Limitar de manera efectiva los flujos turísticos en determinadas zonas se perfila, sin duda, como una condición indispensable para reducir las externalidades negativas del sector sobre el medio ambiente y consolidar el modelo que el gobierno español aspira a impulsar.
Section courante
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Étudier les connectivités socio-écologiques pour conforter la gestion des milieux aquatiques en Martinique
Ana González-Besteiro, Anne Rivière-Honegger et Oméya Desmazes
RésuméFR :
La gestion des milieux aquatiques requiert aujourd’hui un changement de paradigme. Les chercheurs ont mis en évidence que les connaissances biophysiques ne suffisent pas à gérer les écosystèmes aquatiques. Pour leur part, les gestionnaires de l’eau intègrent de plus en plus la nécessité de prendre en compte les interactions des personnes avec les milieux aquatiques dans leurs propositions d’action publique. Le dialogue entre chercheurs et gestionnaires permet ainsi de réfléchir ensemble à des outils appropriés pour offrir des solutions concrètes aux problématiques de conservation de ces milieux fragiles. Cet article vise à comprendre la dimension humaine présente dans un environnement fait d’interactions sociales, écosystémiques et politiques. Pour ce faire, cette recherche mobilise la notion de connectivité socio-écologique en tant qu’outil de connaissance systémique des enjeux liés aux interactions multiples des sociétés avec ces écosystèmes et vice versa, à partir d’une catégorisation des représentations et des pratiques sociales. Sur cette base, le projet Dlo laté dlo lanmè (L’eau de la terre, l’eau de la mer) sur l’île de la Martinique, dont cet article présente une partie des résultats, a été co-construit entre le monde académique et celui des gestionnaires. Il a permis d’identifier des leviers pour conforter la gestion intégrée des milieux aquatiques à partir d’une recherche qualitative qui identifie les caractéristiques et le niveau d’intensité des interactions entre les habitants de la Martinique et leur environnement proche. Ce travail, inscrit dans la géographie sociale environnementale, propose ainsi de renouveler l’appréhension des relations sociétés-milieux aquatiques en permettant aussi bien de placer la dimension spatiale au cœur de l’analyse, que de rendre compte de manière dynamique de la temporalité qui structure les interactions.
EN :
Managing aquatic environments today requires a paradigm shift. Researchers have shown that biophysical knowledge is not enough to manage aquatic ecosystems. For their part, managers are increasingly integrating the need to take people's interactions with aquatic environments into account in their proposals for public action. The dialogue between researchers and managers is thus enabling them to work together on appropriate tools to offer concrete solutions to the problems of conserving these fragile environments. This article aims to understand the human dimension present in an environment made up of social, ecosystemic and political interactions. To this end, this research mobilizes the notion of socio-ecological connectivity as a tool for systemic knowledge of the issues linked to the multiple interactions of societies with these ecosystems and vice versa , based on a categorization of social representations and practices. On this basis, the Dlo laté dlo lanmè (Water from de land, water from the sea) project on the island of Martinique was co-constructed by academics and managers. Based on qualitative research, the project identified the characteristics and intensity of interactions between the people of Martinique and their immediate environment. This work, based on environmental social geography, offers a new approach to understanding the relationship between society and the aquatic environment, by placing the spatial dimension at the heart of the analysis, and providing a dynamic account of the temporality that structures these interactions.
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Les interventions des villes en faveur de la mobilité active et l’impératif de l’acceptabilité sociale
Myriam Guillemette et Sophie Paquin
RésuméFR :
Cet article s’interroge sur la notion d’acceptabilité sociale dans les projets de réaménagement des rues en faveur d’une réallocation des espaces pour les piétons et les cyclistes dans les villes. S’appuyant sur une revue de presse de 139 documents médias et la consultation d’experts, cette recherche étudie l’acceptabilité sociale de quatre cas d’aménagement urbain montréalais visant à favoriser les déplacements actifs sécuritaires et fonctionnels. Les résultats montrent les défis d’acceptabilité associés à l’expérimentation par les pouvoirs publics, la saturation de la population face à une intensification de mesures qui s’implantent dans une période circonscrite, la mobilisation de la société civile et la position occupée par les acteurs économiques de même que les contradictions des opinions sur un même projet. Les conclusions remettent en question la notion de consensus et de seuil dans l’estimation d’un niveau d’acceptabilité sociale influençant les décisions publiques tout en montrant que les interventions d’aménagement qui bouleversent nos modes de vie non durables et les expérimentations novatrices sur l’environnement bâti ont la propriété de susciter de vives oppositions. Ces résultats détiennent un potentiel de transférabilité pour les projets luttant contre les changements climatiques. De même, l’impératif de l’acceptabilité sociale peut constituer un piège pour les actions promouvant la transition socioécologique.
EN :
This article puts into perspective the notion of social acceptability regarding urban redevelopment projects which reallocate part of the roadway for pedestrians and cyclists. Using an analysis of 139 media documents and consultations with experts, this research examines the social acceptability of four Montreal case studies enacted during the peak of the Covid-19 pandemic which aimed to promote safe and effective active mobility. Our findings highlight the difficulties related to public authorities' experimentation, the weariness of the general population caused by an intensification of measures enacted over a short timeframe, the engagement of civil society, the role played by economic stakeholders, and the conflicting viewpoints which can arise on the same initiative. These results challenge the imperative need for a consensus and a definitive threshold when assessing the level of social acceptability likely to influence public decisions. Our research further demonstrates that urban development initiatives that disturb our unsustainable habits, as well as innovative experiments conducted on the built environment, tend to provoke significant resistance. Our findings may be applicable to broader initiatives aimed at combating climate change. Likewise, our research demonstrates that the need for social acceptability can pose a challenge in relation to efforts aimed at advancing a socio-ecological transition.
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Perception de l’effet restaurateur des environnements naturels et urbains en France
Florent Béclin, Thierry Kosinski et Stéphane Rusinek
RésuméFR :
En France, l’urbanisation ne cesse de croître, conduisant ses habitants à avoir de moins en moins de contacts avec la nature et ses bienfaits. Il est donc impératif d'entreprendre des recherches sur les effets bénéfiques de la restauration offerte par les espaces naturels au sein du pays, dans le but de favoriser la santé mentale de ses résidents. Une enquête en ligne a permis à 320 français d’évaluer quatre types de milieux : les espaces naturels « citadins » au cœur des villes, les espaces présentant un mélange d'éléments naturels et urbains, les espaces strictement urbains ainsi que les espaces naturels situés en dehors des villes. Les variables étudiées portent sur les capacités restauratrices, les préférences environnementales, le bonheur procuré, la sécurité perçue ainsi que la volonté d’être dans le lieu. Les résultats montrent que les espaces naturels « citadins » sont préférés et jugés plus restaurateurs que les environnements mixtes et urbains. Plus un environnement comporte des éléments naturels et plus il est préféré et perçu comme restaurateur en favorisant la réduction du stress et en optimisant les capacités cognitives des individus. Cette étude confirme également que les préférences esthétiques peuvent servir d'indicateur quant au potentiel de restauration de l’environnement. Cette recherche met en évidence l'importance d'intégrer des espaces naturels au sein des villes, étant donné que leurs bienfaits pour la santé mentale se rapprochent de ceux offerts par les environnements naturels extérieurs à celles-ci et particulièrement propices à la restauration.
EN :
In France, urbanisation continues to grow, leading its residents to have less and less contact with nature and its benefits. It is therefore imperative to undertake research into the beneficial effects of the restoration offered by natural spaces within the country, with a view to promoting the mental health of its residents. An online survey allowed 320 French people to evaluate four types of environment: 'urban' natural spaces in the heart of cities, spaces characterised by a blend of natural and urban features, strictly urban spaces, and natural spaces situated beyond urban areas. The variables studied were: restorative capacity, environmental preferences, happiness, perceived safety and the desire to be in the place. The results show that 'urban' natural spaces were preferred and judged to be more restorative than mixed and urban environments. The more natural elements an environment contained, the more it was preferred and perceived as restorative, helping to reduce stress and optimise people's cognitive abilities. This study also confirmed that aesthetic preferences could serve as an indicator of an environment's restorative potential. This research highlights the importance of integrating natural spaces within cities, given that their benefits for mental health are similar to those offered by natural environments outside cities and particularly conducive to restoration.
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Pratiques de communication climatique dans les organisations municipales québécoises
Pénélope Daignault et Valériane Champagne St-Arnaud
RésuméFR :
Si la communication climatique est bien documentée sur le plan de la recherche scientifique, elle l’est beaucoup moins sur celui de sa pratique. Dans notre étude, nous nous intéressons aux individus oeuvrant pour une organisation municipale québécoise et dont la fonction professionnelle les amène à sensibiliser un public cible à des enjeux climatiques. Il est pertinent de s’intéresser à ces professionnel.le.s, puisque les villes sont aux premières lignes de l’action climatique. L'objectif de notre étude est double : 1) réaliser un portrait des pratiques de communication climatique de ces individus ; 2) étudier leur disposition à l’égard des connaissances scientifiques vulgarisées (CSV). Qui sont-ils ? Quelles sont leurs fonctions précises au sein de leur organisation municipale ? Auprès de quels publics interviennent-ils ? De quelles façons ? Sont-ils en contact avec les CSV et si oui, comment et pour quelles raisons les utilisent-ils ? Un devis séquentiel mixte a été mis en oeuvre. Dans une première phase, un questionnaire en ligne a été complété par 56 personnes travaillant dans 12 régions administratives du Québec. Dans la seconde phase, huit entretiens individuels ont été menés afin d’approfondir les données quantitatives issues du questionnaire. Les résultats mettent notamment en lumière une utilisation fréquente des médias sociaux pour s’adresser aux citoyen.ne.s – le principal public cible des individus sondés – ainsi que des attitudes généralement positives à l’égard des CSV. Cependant, certains freins à l’utilisation de ce type de connaissances ont été révélés, dont la difficulté à les repérer et le manque de ressources organisationnelles.
EN :
While climate communication is well-documented in scientific research, its practice is much less explored. In our study, we focus on individuals working for a municipal organization in Quebec whose professional function leads them to raise awareness of climate issues among a target audience. It is relevant to study these professionals because cities are at the forefront of climate action. The objective of our study is twofold: 1) to provide an overview of the climate communication practices of these individuals; 2) to examine their attitudes towards popularized scientific knowledge e (PSK). Who are they? What are their specific roles within their municipal organization? Which audiences do they engage with, and how? Are they in contact with PSK, and if so, how and why do they use it? A sequential mixed-methods design was implemented. In the first phase, an online questionnaire was completed by 56 people working in 12 administrative regions of Quebec. In the second phase, eight individual interviews were conducted to deepen our understanding of the quantitative data from the questionnaire. The results notably highlight the frequent use of social media to talk to citizens – the primary target audience of the respondents – as well as generally positive attitudes towards PSK. However, some barriers to using this type of knowledge were revealed, including lack of accessibility and of organizational resources.
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Relations entre la densification du bâti et la rigidification du trait de côte dans le nord du Nouveau-Brunswick (Canada) : l’exemple du territoire de la Commission de services régionaux Chaleur
Simon Diouf, André Robichaud et Dominique Bérubé
RésuméFR :
L’utilisation croissante des structures rigides de protection côtière par les propriétaires privés suscite des préoccupations à la Commission de services régionaux Chaleur (CSR-Chaleur), qui est une organisation régionale chargée de la gestion de l’espace littoral dont le mandat est d’élaborer des lignes directrices pour mieux coordonner et gérer l’utilisation des terres dans le nord du Nouveau-Brunswick, au Canada. Pour mieux comprendre les tendances du développement côtier dans la région et ses implications dans les problèmes d’érosion, des données sur les variations spatio-temporelles dans la densification du bâti et la rigidification du trait de côte ont été compilées à l’aide des techniques de photo-interprétation. Tout d'abord, une analyse générale exploratoire le long d’une bande côtière de 75 mètres de large a été menée avec les images aériennes des années 1972, 2012 et 2018. Trois secteurs ont ensuite été sélectionnés pour une analyse détaillée le long d’une bande côtière de 500 mètres de large avec les images aériennes produites depuis 1934. Les résultats montrent une densification du bâti en deux phases quasi synchrones dans les trois secteurs étudiés, caractérisée par un lent développement de 1934 à 1972 et une accélération significative de 1972 à 2012/2018. La rigidification du trait de côte augmente significativement environ 20 à 30 ans après la seconde phase de la densification du bâti, surtout en raison du recul du trait de côte.
EN :
The increasing use of hard coastal defenses (HCDs) by private property owners is a growing concern for the Chaleur Regional Service Commission (RSC-Chaleur), a regional organization responsible for managing coastal areas. Its mandate is to develop guidelines to better coordinate and manage land use in northern New Brunswick. To understand trends in coastal development and their implications for erosion, data on the spatiotemporal variations in building densification and shoreline armoring were collected using photo-interpretation techniques. An initial exploratory analysis was conducted along a 75-meter-wide coastal strip using aerial imagery from 1972, 2012, and 2018. Subsequently, three areas were selected for more detailed analysis along a 500-meter-wide coastal strip, using aerial imagery dating back to 1934. The results show that building densification occurred in two nearly synchronous phases across all three study areas: slow development from 1934 to 1972, followed by a significant acceleration between 1972 and 2012/2018. Shoreline hardening increased substantially approximately 20 to 30 years after the second phase of densification, primarily in response to coastal recession.
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L’ « accompagnement socio-écologique » du territoire du Ferlo au prisme de sa gouvernementalité
Ousseynou Diouf, Théo Jacob, Clara Therville, Christine Hervé, Déborah Goffner et Amadou Diallo
RésuméFR :
Au Sénégal, la gestion des aires protégées s’inscrit dans une longue tradition militaire propre aux régimes foucaldiens de la « souveraineté » et de la « discipline ». Toutefois, cette culture coercitive est mise en critique par une approche participative de la conservation de la nature, qui s’est diffusée depuis les années 1990 dans le cadre de l’appareil de coopération Nord-Sud. Depuis 2015, deux programmes de recherche internationaux et transdisciplinaires, Future Sahel et Xpaths, mis en œuvre dans le cadre du projet panafricain de Grande Muraille Verte, encouragent la participation des acteurs locaux dans la gouvernance des ressources naturelles de la région du Ferlo, au travers de méthodologies d’accompagnement à la gestion socio-écologique du territoire. À travers une enquête située au sein de ces arènes participatives et une confrontation avec des cadres d’analyse inspirés du concept de « gouvernementalité », cet article examine comment un groupe de chercheurs proches des « sciences de la durabilité » participent à modifier les rapports de pouvoir en introduisant de nouveaux modes de régulation politique. Les résultats de cette recherche démontrent que ces dispositifs font évoluer les rapports entre gouvernants et gouvernés sur ce territoire périphérique.
EN :
In Senegal, the management of protected areas is part of a long military tradition specific to the Foucauldian regimes of 'sovereignty' and 'discipline'. However, this coercive culture is being challenged by a participatory approach to nature conservation, which has been spreading since the 1990s as part of the North-South cooperation apparatus. Since 2015, two international and transdisciplinary research programmes, Future Sahel and Xpaths , implemented as part of the pan-African Great Green Wall project, have been encouraging local stakeholders to participate in the governance of natural resources in the Ferlo region, using methodologies to support the socio-ecological management of the area. Through a survey of these participatory arenas and a comparison with analytical frameworks inspired by the concept of 'governmentality', this article examines how a group of researchers close to the 'sustainability sciences' are helping to change power relations by introducing new modes of political regulation. The results of this research show how these mechanisms are changing the relationship between the governors and the governed in this peripheral area.
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Éprouver la proximité avec un oiseau menacé
Ariane d’Hoop
RésuméFR :
L’article explore la « proximité » qui se façonne entre des riverains bruxellois et des martinets noirs qui nichent dans des cavités aux abords de leur logement. Alors que ces oiseaux ont depuis des siècles, voire des millénaires, adopté les brèches des constructions humaines pour y installer leur nichée, ils sont mis en péril par le foisonnement de constructions lisses et de rénovations du bâti. À Bruxelles, une poignée de riverains, apprentis naturalistes, agissent en marge des projets de conservation, et tentent plutôt de se relier aux martinets qui vivent dans leur mur ou leur corniche. Comment ces citadins et martinets s’y prennent-ils pour créer ces rapprochements à distance, médiés par les interfaces des bâtiments ? L’article relaie ces proximités équipées au sein desquelles les oiseaux rendent les habitants attentifs, les imprègnent de suspens, de plaisir, d’inquiétude, de dilemmes et de déceptions. Il décortique trois manières d’éprouver la proximité : le repérage, le déploiement de prises architecturales et le dispositif de veille. Ces formes de proximité sont éprouvées, car elles sont porteuses d’engagements avec les artefacts, de manières de faire, de tentatives réussies et échouées et de sources d’incertitude qui leur sont propres. Se trament alors des voies relationnelles singulières entre riverains et oiseaux, les « voies du proche », où s’expérimentent des intrications réciproques. Ces relations de proximité se démarquent des conceptions protectrices et salvatrices des espèces menacées, ou d’un idéal de cohabitation avec elles.
EN :
This article explores how ‘closeness’ takes shape between inhabitants in Brussels and the common swifts that nest in cavities on the edge of their home. For centuries, even millennia, these birds have adopted the cracks in human constructions as nesting places. Today they are threatened by the profusion of smooth buildings and renovations. In Brussels, a handful of local inhabitants, naturalist apprentices, act on the margins of conservation projects, and try instead to relate to the swifts that live in their wall or in their cornice. How do these city dwellers and swifts create closeness that is mediated by building interfaces? This article looks at these equipped encounters, in which the birds catch the inhabitants’ attention and imbue them with suspense, delight, worries, dilemmas and disappointments. It dissects three ways in which proximity is experienced: through tracking, the creation of holds in buildings, and the equipment to watch over the birds. These forms of proximity are tried and tested, since each of them involves practical engagements with artefacts, ways of doing things, attempts that succeed or fail, and sources of uncertainty. In this way, local inhabitants and the birds forge singular and reciprocal relationships on the “the ways of closeness”. These close relationships differ from protective and life-saving conceptions about endangered species, or from an ideal of cohabitation with them.
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L’investissement citoyen : levier de territorialisation juste de la transition énergétique ? Étude d’une dynamique d’autoconsommation collective à Rennes, France
Emmanuelle Santoire, Hugo Collin Hardy et Blanche Lormeteau
RésuméFR :
Cet article explore la contribution d’un projet d’autoconsommation collective (ACC) urbaine à la compréhension des nouvelles dynamiques d’électrification française, sous l’angle de la justice énergétique. Il analyse le montage socio-spatial, juridique et financier d’une initiative rennaise et observe le rôle de la finance citoyenne comme levier de transition territorialisée — la territorialisation étant ici envisagée comme nécessaire à une transition juste. L’article pose deux questions : comment l’investissement citoyen territorialise-t-il la transition ? Cette territorialisation participe-t-elle à réduire les injustices énergétiques et, le cas échéant, comment ? Pour y répondre, l’article s’appuie sur un terrain géo-légal d’un an. Les résultats montrent comment l’opération étudiée localise les pratiques de valorisation de l’électricité. Trois dimensions de justice sont ensuite mises en avant en insistant sur l’innovation d’un système forfaitaire comprenant un tarif « éco » destiné aux populations en précarité énergétique et l’amélioration de la justice procédurale. Enfin, l’article explique les implications en termes de gouvernance autour de ce que « prendre action » signifie pour un déploiement électrique local. Cet article sert tout d’abord le besoin, exprimé tant en sciences sociales qu’en droit, de clarifier la notion de transition territorialisée. En mobilisant un cas d’étude aux dimensions restreintes (ancrage spatial, nombre de participants, complexité des flux financiers), il contribue également à éclairer les logiques d’investissements dans les infrastructures électriques et leurs impacts sur les formes d’accès à l’énergie. Ce travail s’inscrit enfin dans un effort collectif de documentation des dynamiques d’autoconsommation électrique, modalité de traduction en actes des ambitions politiques de décentralisation énergétique.
EN :
This article explores the contribution of an urban collective self-consumption project to understanding the new dynamics of French electrification through the lens of energy justice. It analyzes the socio-spatial, legal, and financial framework of an initiative based in Rennes and examines the role of citizen finance as a lever for a territorialized energy transition—territorialization being considered here as essential for a just transition. As such, how does citizen investment contribute to territorializing the energy transition? Does this territorialization help reduce energy injustices, and if so, how? To address these questions, the article draws on a geolegal fieldwork conducted over one year. The findings demonstrate how the studied project effectively localizes practices of electricity valuation. Then, it enhances three dimensions of justice with a particular focus on an innovative flat rate electricity package sale, including an “eco” tariff designed for populations experiencing energy precarity, and the enhancement of procedural justice. Finally, the article explores governance implications, particularly regarding what “taking stock” means for the local deployment of energy systems. This work first addresses a key need, expressed in both social sciences and law, to clarify the concept of territorialization. By mobilizing a case study of limited scale (spatial embedment, number of participants, financial flow complexity), it contributes to shedding light on investment logics in electrical infrastructure and their impacts on energy access. Lastly, this article serves a collective effort to document the dynamics of collective self-consumption as implementing political ambitions for energy decentralization in the French context.