Résumés
Résumé
L’article explore la « proximité » qui se façonne entre des riverains bruxellois et des martinets noirs qui nichent dans des cavités aux abords de leur logement. Alors que ces oiseaux ont depuis des siècles, voire des millénaires, adopté les brèches des constructions humaines pour y installer leur nichée, ils sont mis en péril par le foisonnement de constructions lisses et de rénovations du bâti. À Bruxelles, une poignée de riverains, apprentis naturalistes, agissent en marge des projets de conservation, et tentent plutôt de se relier aux martinets qui vivent dans leur mur ou leur corniche. Comment ces citadins et martinets s’y prennent-ils pour créer ces rapprochements à distance, médiés par les interfaces des bâtiments ? L’article relaie ces proximités équipées au sein desquelles les oiseaux rendent les habitants attentifs, les imprègnent de suspens, de plaisir, d’inquiétude, de dilemmes et de déceptions. Il décortique trois manières d’éprouver la proximité : le repérage, le déploiement de prises architecturales et le dispositif de veille. Ces formes de proximité sont éprouvées, car elles sont porteuses d’engagements avec les artefacts, de manières de faire, de tentatives réussies et échouées et de sources d’incertitude qui leur sont propres. Se trament alors des voies relationnelles singulières entre riverains et oiseaux, les « voies du proche », où s’expérimentent des intrications réciproques. Ces relations de proximité se démarquent des conceptions protectrices et salvatrices des espèces menacées, ou d’un idéal de cohabitation avec elles.
Mots-clés :
- relations humaine-animale,
- proximité,
- écologie urbaine,
- naturaliste amateur,
- martinet noir,
- épreuve,
- architecture
Abstract
This article explores how ‘closeness’ takes shape between inhabitants in Brussels and the common swifts that nest in cavities on the edge of their home. For centuries, even millennia, these birds have adopted the cracks in human constructions as nesting places. Today they are threatened by the profusion of smooth buildings and renovations. In Brussels, a handful of local inhabitants, naturalist apprentices, act on the margins of conservation projects, and try instead to relate to the swifts that live in their wall or in their cornice. How do these city dwellers and swifts create closeness that is mediated by building interfaces? This article looks at these equipped encounters, in which the birds catch the inhabitants’ attention and imbue them with suspense, delight, worries, dilemmas and disappointments. It dissects three ways in which proximity is experienced: through tracking, the creation of holds in buildings, and the equipment to watch over the birds. These forms of proximity are tried and tested, since each of them involves practical engagements with artefacts, ways of doing things, attempts that succeed or fail, and sources of uncertainty. In this way, local inhabitants and the birds forge singular and reciprocal relationships on the “the ways of closeness”. These close relationships differ from protective and life-saving conceptions about endangered species, or from an ideal of cohabitation with them.
Keywords:
- human-animal relations,
- closeness,
- urban ecology,
- amateur naturalist,
- common swift,
- trial,
- architecture
Parties annexes
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