Volume 46, numéro 1, 2025 Ruptures, Resistance, Reclamation: Transnational Feminism in a Digital Age
Sommaire (8 articles)
Editorial
Original Research / Recherche originale
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The Banality of a Medium: Iran’s “Woman, Life, Freedom” Movement in the Social Media Mirror
Sara Naderi
p. 9–23
RésuméEN :
The tragic death of Zhina (Mahsa) Amini in September 2022 sparked the largest national movement in Iran since 2009. Iranian Women became the symbolic center and main actors of this movement, with the Kurdish slogan “Woman, Life, Freedom” emerging as its defining motto.. This paper presents a theoretical and exploratory reflection on the “Woman, Life, Freedom” (WLF) movement, focusing on how social media, as a medium, shaped its mainstream representations and trajectory. After a brief genealogical analysis of discourses that place women’s veiling at the core of Iranian national politics, the paper examines how the hyperreal nature of modern reality influences social movements. It argues that social media amplifies the visibility of “hyperreal political subjects,” making them dominant actors in the movement. This transformation of political subjectivity imposed the structural limitation of social media not only on representation but also on the “presence” of political actions. Finally, the paper explores how social media facilitates revolutionary and polarized political strategies, enabling the dismantling of dominant hegemonies while simultaneously discouraging radical and progressive political imagination in building counter-hegemonic discourses.
FR :
La mort tragique de Zhina (Mahsa) Amini survenue en septembre 2022 a déclenché le plus grand mouvement national en Iran depuis 2009. Les Iraniennes sont devenues les leaders symboliques et pratiques de ce mouvement, dont le slogan kurde qui signifie « Femme, Vie, Liberté » est devenu la devise. Cet article présente une réflexion théorique et exploratoire sur le mouvement « Femme, Vie, Liberté », centrée sur la façon dont les médias sociaux, comme média, ont façonné ses représentations dominantes et sa trajectoire. Après une brève analyse généalogique des discours qui mettent le voile des femmes au cœur de la politique nationale iranienne, l’article détermine comment la nature hyperréaliste de la réalité moderne influe sur les mouvements sociaux. Il soutient que les médias sociaux amplifient la visibilité des « sujets politiques hyperréels », faisant d’eux des acteurs dominants du mouvement. Cette transformation de la subjectivité politique s’est traduite par une limitation structurelle des médias sociaux, qui touche non seulement à la représentation, mais aussi à la « présence » des actions politiques. Enfin, l’article montre comment les médias sociaux contribuent à des stratégies politiques révolutionnaires et polarisées, et permettent le démantèlement des hégémonies dominantes tout en décourageant l’imagination politique radicale et progressiste dans l’élaboration de discours contre-hégémoniques.
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Wrapped Up in the Cis-Tem: Trans Liveability in the Age of Algorithmic Violence
Christoffer Koch Andersen
p. 24–41
RésuméEN :
Algorithms pervade our reality and promise to universally enhance our lives, but what happens when this promise is reserved for cisgender people while subjecting trans people to legacies of anti-trans violence that implicate trans liveability? Despite this key question, existing critiques engage only sparingly with the violent legacies perpetuated by algorithms that trans people encounter, rarely go beyond notions of bias, and therefore fail to centre trans experiences. In this article, I extend scholarship on critical algorithm studies, trans studies, and necropolitics through three accounts of lived trans experiences to show the vicious algorithmic operations on trans lives. Centrally, this article argues that algorithms are not neutral, distinct, or progressive. Rather, as a vicious “cis-tem” (playing on the word system), algorithms enact forms of violence towards the possibility of transness, violence that is rooted in legacies of capitalist, colonial, and cisheteronormative power that violate trans lives and radicalise transphobia. Contrasting trans voices against the algorithmic machines, this article offers a novel perspective on the entanglement between algorithms and trans liveability through the lens of algorithmic violence. I demonstrate how algorithms embody racialised and gendered ideals of the human that target trans people through engineered transphobic feedback-loops, cisnormative default, and capitalist profit based on fear. I conclude by reimagining liberatory digital futures.
FR :
Les algorithmes sont omniprésents dans notre réalité et sont censés améliorer universellement nos vies, mais qu’en est-il lorsque cette promesse se limite aux personnes cisgenres et expose les personnes transgenres à des séquelles de la violence anti-trans qui compromettent leur qualité de vie? Malgré cette importante question, à l’heure actuelle, on ne s’intéresse que très peu aux séquelles de la violence perpétuée par les algorithmes auxquels les personnes trans font face. On va rarement au-delà des notions de biais et l’on ne parvient donc pas à mettre l’accent sur les expériences des personnes trans. Dans cet article, j’élargis les recherches sur les études algorithmiques critiques, les études sur les personnes trans et la nécropolitique en présentant trois récits d’expériences vécues par des personnes trans, afin de montrer les opérations algorithmiques malveillantes qui touchent les vies des personnes trans. Essentiellement, cet article soutient que les algorithmes ne sont ni neutres, ni distincts, ni progressifs. Au contraire, les algorithmes, qui sont un vicieux système qui privilégie les personnes cisgenres, infligent des formes de violence à la transidentité, une violence ancrée dans le legs du pouvoir capitaliste, colonial et cishétéronormatif qui portent atteinte à la vie des personnes trans et radicalisent la transphobie. En opposant les voix des personnes trans aux machines algorithmiques, cet article offre un regard nouveau sur l’enchevêtrement entre les algorithmes et la qualité de vie des personnes trans, en ce qui a trait à la violence algorithmique. Je démontre comment les algorithmes incarnent des idéaux racialisés et genrés de l’humain qui ciblent les personnes trans par le biais de boucles de rétroaction transphobes, de la cisnormativité par défaut et du profit capitaliste fondé sur la peur. Je conclus en imaginant un nouvel avenir numérique libérateur.
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Pressing Matters: How AI Irons Out Epistemic Friction and Smooths Over Diversity
Nicole Ramsoomair
p. 42–55
RésuméEN :
This paper explores how Large Language Models (LLMs) foster the homogenization of both style and content and how this contributes to the epistemic marginalization of underrepresented groups. Utilizing standpoint theory, the paper examines how biased datasets in LLMs perpetuate testimonial and hermeneutical injustices and restrict diverse perspectives. The core argument is that LLMs diminish what Jose Medina calls “epistemic friction,” which is essential for challenging prevailing worldviews and identifying gaps within standard perspectives, as further articulated by Miranda Fricker (Medina 2013, 25). This reduction fosters echo chambers, diminishes critical engagement, and enhances communicative complacency. AI smooths over communicative disagreements, thereby reducing opportunities for clarification and knowledge generation. The paper emphasizes the need for enhanced critical literacy and human mediation in AI communication to preserve diverse voices. By advocating for critical engagement with AI outputs, this analysis aims to address potential biases and injustices and ensures a more inclusive technological landscape. It underscores the importance of maintaining distinct voices amid rapid technological advancements and calls for greater efforts to preserve the epistemic richness that diverse perspectives bring to society.
FR :
Cet article examine la façon dont les grands modèles de langage (GML) favorisent l’homogénéisation du style et du contenu et dont ils contribuent à la marginalisation épistémique des groupes sous-représentés. En s’appuyant sur la théorie du point de vue, l’article explique comment les ensembles de données biaisés des GML perpétuent les injustices testimoniales et herméneutiques et limitent les différents points de vue. L’argument principal est que les GML atténuent ce que Jose Medina appelle la « friction épistémique », qui est essentielle pour remettre en question les visions du monde qui sont prédominantes et déceler les lacunes dans les points de vue courants, comme l’explique Miranda Fricker (Medina 2013, 25). Cette réduction favorise les chambres d’écho, diminue l’engagement critique et renforce la complaisance dans la communication. L’IA concilie les désaccords de communication, réduisant ainsi les possibilités de clarification et de création du savoir. L’article souligne la nécessité d’améliorer la littératie critique et la médiation humaine dans la communication par l’IA afin de préserver la diversité des voix. En préconisant un engagement critique à l’égard des résultats de l’IA, cette analyse vise à lutter contre les préjugés et les injustices potentiels et à garantir un environnement technologique plus inclusif. Elle souligne l’importance de maintenir des voix distinctes dans un contexte où la technologie évolue rapidement et appelle à redoubler d’efforts pour préserver la richesse épistémique que les différents points de vue apportent à la société.
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Cloud Backlash: Digital Sex Crimes and Anti-Feminism in South Korea
Anat Schwartz
p. 56–71
RésuméEN :
This article explores the ongoing issue of bodily security, surveillance, and safety in and around South Korean digital spaces. By focusing on the Nth Room in March 2020, I argue that the rapid growth of digital and cloud-based technologies exacerbates social and political issues in Korea. I use an interdisciplinary methodological approach to critical gender and sexuality studies, data feminism, and Korean feminist scholarship to interrogate the relationship between transnational digital technologies, the deep-seated roots of patriarchy, and the contemporary anti-feminist backlash and conservative political landscape in South Korea. I argue that the cloud-based servers of instant messaging group chats pose a particular case that illustrates the challenges feminist activists face around digital sex crimes and surveillance in South Korea and transnationally.
FR :
Cet article explore la question de la sécurité corporelle, de la surveillance et de la sécurité à l’intérieur et à proximité des espaces numériques sud-coréens. En m’intéressant au cas de la Nth Room de mars 2020, je soutiens que la croissance rapide des technologies numériques et infonuagiques exacerbe les problèmes sociaux et politiques en Corée. J’utilise une approche méthodologique interdisciplinaire par rapport aux études critiques sur le genre et la sexualité, au féminisme des données et aux études féministes coréennes dans le but de remettre en question la relation entre les technologies numériques transnationales, l’enracinement profond du patriarcat, la réaction antiféministe contemporaine et le paysage politique conservateur de la Corée du Sud. Je suis d’avis que les serveurs infonuagiques de clavardage en groupe instantané constituent un cas particulier qui illustre les difficultés auxquelles les activistes féministes font face à l’égard des crimes sexuels numériques et de la surveillance en Corée du Sud et à l’échelle transnationale.
Reflections and Commentary
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Imag(in)ing the Invisible
Elizabeth S. Cameron
p. 72–78
RésuméEN :
This commentary politicizes the relational-technical economy of biomedicine and the future it forecasts for feminized bodies with chronic illnesses. As digital medical imaging technologies develop, visualizations of disease are becoming more sophisticated. I begin by critically considering the implications this has for feminized bodies with chronic illnesses through the example of endometriosis, a common chronic pain disease that is not well understood within the biomedical paradigm. Enhanced imaging technologies promise to illuminate previously-unknowable aspects of disease pathophysiology, but what future is such technological progress enabling, and for whom? Through a critical intersectional lens, it becomes evident that the biomedical-technological future imag(in)es particular bodies, in particular places, and towards particular, but not unfamiliar ends. Enhancing abilities to visualize disease through digital technologies within a biomedical paradigm does not require us to look differently, which may be precisely what is needed. Thus, drawing theoretically on the work of bell hooks as well as critical feminist disability studies scholarship, I kindle the fire of a critical intersectional politic that transforms biomedical-technological ways of seeing the feminized body with chronic illness. Such a politic not only offers the possibility to imagine alternate futurities, but also contributes to their tangible realization.
FR :
Ce commentaire politise l’économie relationnelle et technique de la biomédecine ainsi que l’avenir qu’elle réserve aux corps féminisés atteints de maladies chroniques. À mesure que les technologies d’imagerie médicale numérique évoluent, la visualisation des maladies devient de plus en plus sophistiquée. Tout d’abord, je pose un regard critique sur les conséquences de cette évolution pour les corps féminisés atteints de maladies chroniques, en prenant l’exemple de l’endométriose, une maladie douloureuse chronique courante qui n’est pas bien comprise dans le paradigme biomédical. Les technologies d’imagerie améliorées promettent d’éclairer des aspects auparavant inconnus de la physiopathologie des maladies, mais quel avenir ces progrès technologiques permettent-ils d’envisager, et pour qui? D’un point de vue critique et intersectionnel, il est clair que l’avenir biomédical et technologique imagine des corps particuliers, dans des lieux particuliers, et à des fins particulières, mais pas étrangères. L’amélioration des capacités à visualiser la maladie grâce aux technologies numériques dans un paradigme biomédical ne nous oblige pas à voir les choses différemment, alors que c’est peut-être précisément ce dont nous avons besoin. Ainsi, en m’appuyant théoriquement sur les travaux de bell hooks ainsi que sur des études féministes critiques sur le handicap, je jette les bases d’une politique intersectionnelle essentielle qui transforme les façons biomédicales et technologiques de voir le corps féminisé atteint d’une maladie chronique. Une telle politique permet non seulement d’imaginer un autre avenir, mais aussi de contribuer à ce qu’il se réalise concrètement.