FR:
Le francoprovençal, parlé en France, Suisse et Italie, n’a été décrit (et construit) comme langue distincte qu’au 19e siècle. Étant donné le morcellement politique du domaine concerné et l’ambiguïté du glottonyme, les locuteurs et locutrices ne s’identifient pas à un groupe ethnique francoprovençal, mais à diverses communautés régionales. L’article traite de la prise de conscience de l’existence de cette langue, mais aussi les idéologies qui l’ont invisibilisée. Il s’agit de comprendre pourquoi, après des siècles de contact avec le français, elle jouit d’une reconnaissance juridique plus grande dans certains contextes, selon le degré d’autonomie régionale face à l’État central. Si on s’attend à ce que la Suisse plurilingue ait été plus propice à la vitalité du francoprovençal que la France unilingue, la « réussite » de cette langue en Italie est plus intrigante.
EN:
Francoprovençal, spoken in France, Switzerland and Italy, was not described (and constructed) as a distinct language until the 19th century. Given the political fragmentation of the area in which it is spoken and the ambiguity of the glottonym itself, speakers do not identify with a unified Francoprovençal ethnic group, but rather with a range of regional communities. This article examines both the growing recognition of the language and the ideologies that have contributed to its erasure. The aim is to understand why, after centuries of contact with French, the language has nonetheless gained stronger legal recognition in certain contexts, depending on the degree of regional autonomy from the central state. While one might expect plurilingual Switzerland to have been more conducive to the vitality of Francoprovençal than unilingual France, the relative success of the language in Italy is more surprising.