L’unité lexicale « identité », nous précisent les auteurs et autrices, vient du latin idem (le même). Il se rapporte à ce terme deux sens opposés, mais complémentaires. D’un côté, l’idée de similitude, de l’autre, celle de différenciation. Tout objet par exemple, pour qu’il soit identifié, implique une multiplicité de caractéristiques qu’il partage avec certains, et non pas avec d’autres, mais « ne représente [au final] qu’une seule et même réalité » (p. 10). Cette capacité identificatoire propre à l’Homo sapiens prend sa source dans une réelle procédure d’observation du monde et de ses objets. Procédure à même la pensée dite analogique, « laquelle met en relation ce qui est déjà […] dans le substrat mémoriel de l’observateur et l’objet observé dont certains paramètres […] font écho à la mémorisation [d’observations passées] possédant des caractéristiques similaires » (p. 10). Le tout est indissociable du langage, de la langue, en ce que nommer à titre d’outil de repérage et de communication permet de découvrir, de connaître, de reconnaître, bref d’identifier. Ces postulats théoriques sont à la base de l’ouvrage collectif La construction de l’identité par le langage. Une approche pluridisciplinaire (2023), dirigé par Marcienne Martin et Sylvain Beaupré. Au total, ce sont dix études – de linguistique, certes, mais aussi de sociologie, de psychologie, etc. – portant de près ou de loin sur les liens entre identité et langage qui y sont présentées. Au chapitre 1, Marcienne Martin met de l’avant par divers exemples le fait que la nomination des objets du monde, à titre d’outil de repérage et de communication permettant l’identification, en est un à déclinaison variée. Or ce qui est à retenir sur la nomination, dit-elle, c’est que « notre base de données mémorielle, même si elle réfère à des objets communs perçus par l’ensemble du groupe est, cependant, pour chaque personne, réécrite de manière spécifique » (p. 42). Au chapitre 2, Vanessa Rémery, Yves de Champlain, Mireille Dumoulin, et Frédéric Laperrière s’intéressent aux enjeux (notamment identitaires) de la mise en mots de l’expérience professionnelle, bénévole, ou encore scolaire, requise des individus souhaitant faire reconnaître ou valider des acquis et ainsi obtenir certaines équivalences. Essentiellement, les personnes engagées dans un tel processus n’ont pas d’autre choix que de composer avec « des mots [empruntés au] registre discursif, prescriptif et spécialisé du dispositif » (p. 48). Et ces « mots d’autrui » peuvent entrer en « conflit polyphonique » avec leurs propres mots, les « mots à soi ». Tout un travail évolutif de mise en mots de l’identité – aidé de la rétroaction d’accompagnateurs ou d’accompagnatrices – est demandé ainsi que réalisé. Sans quoi il serait difficile de se nommer, de se décrire. Les auteurs relèvent dès lors le caractère diachronique et de coproduction de l’identité. Au chapitre 3, Frédéric Dion y va d’une critique de l’unité lexicale « identité », telle qu’elle a été précisée initialement. L’identité, censée désigner l’unicité passant par du commun, échoue selon lui l’examen logique sémantique. Là où l’additivité de caractéristiques semble prometteuse pour éviter le risque d’interchangeabilité identitaire, se pose aussitôt le problème de son indicibilité. Pourtant, force est de constater « qu’il est possible de prendre en compte l’identité […] dans l’évaluation de programmes d’action » (p. 80). Ce qui mène l’auteur à la conclusion que le langage n’a peut-être pas totale capacité pour « dire tout ce qui est appréhendé par une existence humaine » (p. 89), en l’occurrence l’eccéité identitaire. Au chapitre 4, Sylvain Beaupré montre comment les conditions de travail en mine souterraine ont, d’une part, des incidences sur les façons de communiquer des travailleurs et travailleuses …
Martin, M. et Beaupré, S. (dir.) (2023). La construction de l’identité par le langage : une approche pluridisciplinaire. L’Harmattan[Record]
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Jean-Christophe Miljours Université d’Ottawa

