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Chroniques50 ans de Voix et Images

Un enjeu qui ne veut pas mourir[Notice]

  • Stéphane Inkel

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  • Stéphane Inkel
    Université Queen’s

Dans une récente étude portant sur le projet de Grande tribu de Victor-Lévy Beaulieu, longtemps demeuré à l’état de fantasme, aussi bien de Beaulieu lui-même que de ses personnages – notamment son narrateur/avatar Abel Beauchemin qui en poursuit inlassablement l’écriture –, Kev Lambert évoque certains de mes travaux consacrés au fil des années à ce même projet, me reprochant, comme à d’autres lecteurs de Beaulieu, d’être prisonnier du paradigme de l’histoire. Si j’ai souvent soutenu que toute la poétique de Beaulieu – à la différence de son discours médiatique et de celui de plusieurs de ses personnages, souvent férocement nationaliste – mettait plutôt en oeuvre une logique de l’inachèvement foncièrement féconde et que La grande tribu, en tant que moteur de l’écriture, aurait eu avantage à rester à l’état de fantasme littéraire, il est vrai qu’il m’est arrivé d’en présenter la face caricaturalement nationale, si je puis dire, au détriment de ses autres facettes. C’est que l’oeuvre de Beaulieu, pour moi comme pour d’autres critiques, offre par son outrance, son ressassement obsessionnel, l’un des visages les plus symptomatiques de l’emprise de la question de l’histoire sur la littérature québécoise. Dans une contribution à un ouvrage réfléchissant à l’enjeu de l’héritage dans la littérature québécoise, Lucie Robert revient précisément sur ce lien qu’elle qualifie d’« incestueux » entre littérature, et partant histoire littéraire, et histoire générale. La chose est entendue : si « [l]a notion de littérature qui émerge [au xixe siècle] est aussi étroitement liée à celle de l’histoire », c’est que la société d’alors, elle aussi en pleine émergence, est corrélée à la notion d’État-Nation. Celle-ci s’imposera par conséquent comme « catégorie fondatrice de l’histoire littéraire qui, dès ses origines, n’existera que dans le cadre national, c’est-à-dire assorti d’un adjectif qui désigne la communauté à la source de cette littérature ». Lorsqu’il s’agira, à peu près un siècle après les premières tentatives de constitution d’une littérature canadienne, de refonder cette littérature sous de nouveaux atours, notamment à Parti pris, on sait qu’on n’évitera pas davantage cette « subordination ». Faire le bilan de l’accompagnement de cette littérature par Voix et Images suppose par conséquent, en particulier dans cette rubrique consacrée aux études québécoises, de s’arrêter sur quelques moments significatifs de cette capture dans les filets de l’histoire, ce qui, dans une logique calquée sur celle des avant-gardes, n’a pas manqué d’entraîner des moments de sursaut à chaque fois que les filets se faisaient trop insistants, dans les oeuvres elles-mêmes comme dans le discours critique qui les accompagnait. Mais comment choisir, parmi les cinquante ans de recherche en études québécoises ayant ponctué l’histoire de la revue ? Je ne m’efforcerai pas, dans ces pages trop brèves, à sélectionner les jalons les plus déterminants, ce qui serait forcément on ne peut plus réducteur. Quand débuter, d’ailleurs ? En septembre 1975, à la parution du vol. 1, no 1 consacré à Hubert Aquin ? Au premier volume de la collection « Voix et images du pays », sous-titré « Littérature québécoise », qui a précédé la revue, à partir de 1967 ? À la disparition du « pays » entre les deux ? Entre les « Notes sur le thème du pays » de Gilles Marcotte, dans la quatrième livraison de la collection, commentant la « poésie du pays » des Fernand Ouellette, Jacques Brault, Gilles Hénault, Roland Giguère, Michel van Schendel, Jean-Guy Pilon, Paul-Marie Lapointe, Paul Chamberland, Andrée Maillet et Gaston Miron, et l’avant-propos de Jacques Allard du numéro de 1975, qui anticipe déjà que « [c]ertains verront peut-être dans la disparition du troisième terme un signe …

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