Vous serait-il possible de dire quelques mots sur ces grands projets d’histoire littéraire et culturelle auxquels vous avez participé depuis le début de votre carrière ? Quel en était le contexte institutionnel, théorique, collégial ? Il fallait d’abord dresser un inventaire critique. L’avantage de la formule du DOLQ, c’était qu’il ne s’agissait pas d’un dictionnaire d’auteurs, mais d’un dictionnaire d’oeuvres, et que par conséquent, ça obligeait la relecture : la relecture d’oeuvres majeures, mais aussi la lecture des oeuvres mineures d’auteurs majeurs et des oeuvres majeures d’auteurs mineurs. Donc, ça permettait une sorte de relecture beaucoup plus large et vaste. Avec le temps, on en était arrivés à la construction des bibliographies. Ça avait été mal reçu. C’est l’idée qu’on pouvait soumettre la littérature à une recherche subventionnable qui a été mal reçue. Une recherche subventionnable suppose des contraintes méthodologiques et organisationnelles importantes. Autrement dit, on n’est pas dans la critique, on n’est pas dans le commentaire, on n’est pas dans l’avis, on n’est pas dans l’essai, on est dans la recherche et, par conséquent, on aplatit d’une certaine façon le caractère esthétique au profit d’une sorte de donnée sociologique, historique. C’est une sorte de paradoxe. Il y a un intérêt, ancré dans des perspectives et des méthodes savantes, qui est lié au passé, y compris dans ses aspects esthétiques. Mais il y a une forme de refus, par ailleurs, d’un travail plus systématique, avec des devis, des budgets. Je reste perplexe, car je ne vois pas comment on a maintenu ce paradoxe pendant si longtemps. Une autre des questions que je trouve importante, c’est celle du financement. À l’époque, j’étais assistante de recherche, mais c’est vrai que les gens nous regardaient avec un froncement de sourcils parce que nous étions une équipe de chercheurs subventionnée. C’était au tout début du FCAR (Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche), l’ancêtre du FRQSC (Fonds de recherche du Québec – Société et culture) créé dans le milieu des années 1980. Ensuite, même si l’université ferme le centre de Réginald, plein de gens veulent qu’il renaisse, donc des gens vont être proactifs pour créer un nouveau centre dont on dira tout de suite qu’il est associé à la recherche. Le texte qui, dans Études françaises, décrit le nouveau centre – le CÉTUQ, fondé en 1970, qui prend le relais du centre de Réginald –, se présente comme un centre de recherche. Il y a donc quelque chose, là, qui a changé. On peut décrire un centre en disant : « On ne sert pas juste à conserver, on veut qu’il y ait de vrais chercheurs et qu’il y ait des équipes. » Il y a quelque chose, dans la désignation même, qui bouge, même si je suis convaincue que tout le monde n’était pas d’accord. À la VLQ, on n’a pas voulu séparer les chapitres, mais le nombre de collaborateurs était là. Ce n’est pas comme si quelqu’un avait effectué le travail tout seul, de son point de vue. Il y a le côté étendu aussi : il fallait prendre le temps de le faire. C’est la différence avec l’Histoire de la littérature québécoise, qui a un côté synthétique beaucoup plus fort, parce qu’il faut que tout tienne dans un livre. C’est de là que vient le plaisir que j’ai à être créative pour analyser et interpréter les traces de notre passé culturel et les objets méconnus, le plaisir que je prends à essayer de voir comment certains corpus parfois repérés au hasard remettent en question les frontières, et ce, …
LES GRANDS PROJETS D’ÉQUIPE EN LITTÉRATURE ET EN CULTURE QUÉBÉCOISES. UN ENTRETIEN À PLUSIEURS VOIX[Notice]
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Entretien mené par
Martine-Emmanuelle Lapointe
Rachel Nadon
Participantes : Micheline Cambron, Lucie Robert, Chantal Savoie et Josée Vincent
