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Les théories en sciences humaines sont aujourd’hui acculées à une cascade de déclarations aussi péremptoires qu’immodestes sur leur propre finitude. La nomenclature des fins paraît accablante dans le paysage intellectuel de cette fin de siècle puisque l’on y recense celles des idéologies (Bell, Aron), du politique (Birnbaum), du social (Baudrillard), de la religion (Gauchet), de la culture (Henry), de la modernité (Vattimo), des grands récits (Lyotard), du socialisme (Touraine), de l’histoire (Gehlen, Heidegger), du marxisme-léninisme, sans doute la plus récente. Les discours de la postmodernité se présentent précisément comme tentatives de penser la rupture des fondements des théories philosophiques et politiques dans un contexte de remise en cause des certitudes paradigmatiques et du patrimoine de vérités qui y furent rattachés. Alors que les théories en sciences humaines furent tour à tour subordonnées à la Mathesis avec Descartes et Leibniz, à la Science avec le positivisme de Comte et de ses successeurs, à la Politique avec Rousseau, Hegel et Marx, les voilà aujourd’hui suturées à l’hégémonie post-structuraliste du Narratif avec les discours de la postmodernité. Cet article propose à la fois d’étudier cette dernière notion de manière critique d’une part, mais aussi, d’autre part, d’examiner comment la réhabilitation de la rhétorique dont il procède sert à redéfinir profondément le statut et la portée de la théorie en sciences humaines.