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Éditorial invitéInvited Editorial

La logique du productivisme académique et ses multiples impacts sur la science et la formation en santéThe Logic of Academic Productivism and Its Multiple Impacts on Science and Health Education[Notice]

  • Fernanda Carneiro Mussi,
  • Lívia Angeli Silva et
  • Tatiane Araújo dos Santos ORCID logo

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  • Fernanda Carneiro Mussi
    Escola de Enfermagem, Universidade Federal da Bahia, Brésil
    mussi@ufba.br

  • Lívia Angeli Silva
    Escola de Enfermagem, Universidade Federal da Bahia, Brésil

  • Tatiane Araújo dos Santos ORCID logo 0000-0003-0747-0649
    Escola de Enfermagem, Universidade Federal da Bahia, Brésil

Correspondance | Correspondence

Fernanda Carneiro Mussi mussi@ufba.br

Penser la logique du productivisme académique suppose d’abord de distinguer deux notions essentielles : la production académique et le productivisme académique. Bien qu’elles soient souvent confondues, elles renvoient à des conceptions profondément différentes de la science, de la formation et de la responsabilité sociale. La production académique, dans son sens plein, implique la génération de connaissances de manière éthique, rigoureuse, socialement pertinente et scientifiquement cohérente. Dans le domaine de la santé, elle ne se limite pas à la publication de résultats, mais englobe l’enseignement, la recherche, la participation, c’est-à-dire les activités qui relèvent de l’engagement universitaire envers la société et envers la vie institutionnelle, la gestion, l’innovation, la formation des professionnel·les et un impact réel sur les pratiques et les politiques publiques. Il s’agit donc d’une responsabilité scientifique, éthique, politique et sociale assumée par les enseignant·es, les chercheur·ses et les étudiant·es (Guimarães & Hayashi, 2023; Hicks, 2004). Le productivisme académique, également appelé performativité académique, renvoie à l’accent systématique mis sur la production du plus grand nombre possible de publications dans des délais de plus en plus courts, en s’appuyant sur des métriques quantitatives, telles que le nombre d’articles, le facteur d’impact et les indices de citation. Dans ce modèle, la quantité tend à primer sur la qualité, la profondeur, l’innovation et l’impact social des connaissances produites. Se consolide ainsi la logique bien connue du publish or perish, où la permanence dans la carrière et la reconnaissance institutionnelle dépendent prioritairement du volume et des indicateurs bibliométriques des publications (Alcadipani, 2011; De Paula & Boas, 2017; Hicks, 2004; Lee, 2014; Luz, 2005). Cette logique, bien qu’elle ne soit pas universellement acceptée, structure aujourd’hui une grande partie des systèmes d’évaluation du financement de la recherche et de la progression dans la carrière académique, créant un environnement de pression constante, de compétitivité exacerbée et d’intensification du travail académique. Le productivisme académique n’est pas un phénomène récent, mais il s’est intensifié de manière significative à partir des transformations survenues dans le système scientifique durant les décennies 1980 et 1990, notamment avec la néolibéralisation de la science (Rezende et al., 2023). Dans ce contexte, les universités ont commencé à être évaluées selon des logiques d’efficacité, de performance et de retour économique, se rapprochant progressivement de modèles de gestion entrepreneuriale. Le financement de la recherche est devenu de plus en plus conditionné par des indicateurs mesurables de performance. L’État, dans sa mission d’évaluation, a assumé un rôle central dans la régulation et le contrôle de la production scientifique au moyen de métriques standardisées (Patrus et al., 2015; Sguissard, 2006). Ce processus a fortement stimulé la compétition entre institutions, groupes de recherche, chercheuses et chercheurs, tout en encourageant les partenariats avec le secteur privé et la priorisation des recherches ayant un potentiel d’exploitation économique. Parmi les facteurs clés qui soutiennent la logique du productivisme, on peut citer : Cet ensemble de facteurs a consolidé une culture de production en série, ce qui a entraîné des conséquences significatives sur la recherche, la formation et l’éthique scientifiques. L’un des effets les plus évidents du productivisme est la fragmentation des études, pratique connue sous le nom de salami slicing, dans laquelle un même projet est artificiellement divisé en plusieurs articles afin d’augmenter le nombre de publications. Cette logique favorise la répétition des résultats, la superficialité analytique et la perte de cohérence théorique et méthodologique (Adams, 2022; Collyer, 2019; Miller et al., 2011; Rezende et al., 2023). La pression pour publier rapidement compromet le temps nécessaire à une recherche approfondie, à la maturation théorique, à la lecture critique et à la réflexion. Les projets de long terme, innovants et présentant …

Parties annexes