La Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) a célébré en novembre 2024 son cinquantième anniversaire avec éclat, marquant l’événement par le lancement d’un ouvrage majeur de l’historien Serge Dupuis consacré à son parcours et à ses réalisations. À l’occasion de cette commémoration, la FJCF s’est associée à ce spécialiste reconnu des minorités francophones canadiennes, qui a scruté ses archives ainsi que celles du journal Le Droit et mené des entretiens avec des acteurs clés, afin de retracer avec rigueur les jalons de son histoire. Le récit qui en résulte, à la fois minutieux et accessible, est enrichi de photographies d’archives et d’illustrations originales de Dominic Bercier, ce qui contribue à le rendre attrayant pour un vaste lectorat. Deux axes thématiques structurent l’ouvrage : d’une part, les activités de la FJCF visant à encourager l’usage du français chez les jeunes dans une perspective d’appartenance et de vitalité linguistique plutôt que de filiation généalogique; d’autre part, ses actions destinées à soutenir l’engagement civique et politique de la jeunesse. L’analyse proposée par Dupuis met en lumière les contraintes et les réalisations ayant jalonné le parcours de la FJCF, organisées en chapitres chronologiques liés aux mandats successifs des gouvernements fédéraux. Cette structuration reflète avec acuité le rôle déterminant de l’État fédéral, dont les priorités fluctuantes conditionnent l’accès aux ressources financières. Si l’organisme jeunesse se démarque parfois par des approches novatrices, dont la création des radios communautaires francophones, ou encore la formule unique des Jeux de la francophonie canadienne sont de brillants exemples, il n’échappe pas à la dépendance structurelle envers le soutien gouvernemental et ne semble pas capable de remettre en question ce modèle institutionnel, encore moins de le réinventer. Tout au long de l’ouvrage, il apparaît clairement que la FJCF s’inscrit dans la continuité d’autres organisations francophones dont la légitimation, le financement et la programmation dépendent toujours largement de l’État. Le récit s’articule autour de cinq grandes périodes. Le premier chapitre (1974-1984) revient sur la fondation d’un organisme regroupant les jeunes Canadiens français, sous l’égide de l’Association canadienne de l’éducation de langue française (ACELF), et sur les efforts visant à consolider un réseau pancanadien d’associations jeunesse. Dès 1975, la FJCF affirme son engagement en faveur des minorités francophones, tout en maintenant des liens stratégiques avec le Québec et en s’inspirant de ses revendications. Le deuxième chapitre (1984-1993) souligne des réalisations déterminantes, telles que le réseau des radios communautaires et la Commission nationale d’enquête sur l’assimilation (Vision d’avenir), qui consolident la légitimité de l’organisme auprès des jeunes, des communautés et du gouvernement fédéral. Le troisième chapitre (1993-2006) met en relief les défis posés par le tournant néolibéral, marqué par l’austérité et la fragilisation du réseau jeunesse, mais aussi par l’adaptation stratégique de la FJCF qui administre alors des programmes fédéraux pour assurer sa survie. Le quatrième chapitre (2006-2015) relate une période de stabilisation financière, de renouvellement des liens avec le Québec et de projets structurants, tels que les Forums jeunesse pancanadiens et les Jeux de la francophonie canadienne. Enfin, le cinquième chapitre (2015-2024) témoigne des efforts de la FJCF pour contrer l’isolement linguistique et culturel des jeunes, promouvoir l’inclusion et la justice sociale et revendiquer un abaissement de l’âge légal du vote à 16 ans, confirmant ainsi son rôle moteur dans le renforcement de la participation citoyenne des nouvelles générations. L’ouvrage se distingue par la richesse de son contenu et par la clarté avec laquelle il retrace les initiatives et les aspirations de la FJCF au cours des cinquante dernières années. Sa contribution dépasse largement la simple chronique institutionnelle, puisque l’auteur met à profit son expertise en histoire politique et institutionnelle …
Serge Dupuis. 50 ans de conscientisation et de collaboration : la Fédération de la jeunesse canadienne-française (1974-2024), Ottawa, Éditions David, 2024, 184 p.[Notice]
…plus d’informations
Christine Dallaire
Université d’Ottawa
