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Hommage à Yvan Lamonde (1944-2025)[Notice]

  • Jonathan Livernois

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  • Jonathan Livernois
    Université Laval

Après une demi-douzaine de rencontres avec Yvan Lamonde, dans son bureau du Peterson Hall, à l’Université McGill, j’ai fini par remarquer la reproduction d’une toile assez connue, La leçon d’anatomie du docteur Tulp, réalisée par Rembrandt en 1632. Quelque temps plus tard, celui qui était devenu mon directeur de thèse m’a dit, en passant, qu’il y voyait une métaphore des sciences humaines. La chose m’est alors apparue assez banale, convenue. Bien sûr, les historiens creusent le passé comme le Dr Tulp dissèque un cadavre pour voir ce qui l’animait autrefois. Cela va de soi. Pourtant, aujourd’hui, je comprends que cette toile en disait beaucoup plus long sur Yvan Lamonde que je ne le croyais. Sur sa pratique de l’histoire et, bien sûr, sur l’homme qu’il était. Si j’ai récemment repensé à cette toile et à sa signification, c’est à cause d’un petit livre, Le beau danger, constitué d’entretiens réalisés avec Michel Foucault. Après l’avoir lu, j’en ai aussitôt offert un exemplaire à Yvan. Pourquoi? Parce que les deux hommes, Michel Foucault et Yvan Lamonde, avaient en commun d’être fils de médecin. Et qu’il y a, je crois, de la médecine chez ces spécialistes des sciences humaines. La toile de Rembrandt prend dès lors un sens beaucoup plus profond. Dans ce recueil d’entretiens, on peut lire ces propos de Foucault : On a peut-être ici l’une des fondations de la discipline historique telle que l’aura pratiquée Yvan. Dissection n’est pas vivisection : autrement dit, Yvan Lamonde plongeait certes dans le passé en ayant en tête son présent, mais il n’agissait pas en magistrat de l’histoire, cherchant à dire à ses contemporains : voilà ce que le passé nous indique comme voie, voilà ce qu’il faut faire. Ce n’est pas pour rien qu’il a si souvent rappelé l’opposition entre la formule de Lionel Groulx et celle de Paul-Émile Borduas : « Notre maître, le passé » versus « Le passé dut être accepté avec la naissance, il ne saurait être sacré. Nous sommes toujours quittes envers lui. » Inutile de dire qu’Yvan Lamonde se situait résolument du côté du peintre. Je l’ai dit ailleurs : il a voulu doter les Québécois et Québécoises d’une cartographie détaillée des idées qui ont façonné l’agora depuis la Conquête. À tous les chroniqueurs, les idéologues et les tordeurs d’histoire prétendument nationale, qui cherchaient et cherchent encore à transformer cette agora en cour des miracles, Yvan Lamonde a opposé la mise en valeur des combats démocratiques qui s’y sont déroulés. Il l’a fait posément, ce qui est plus rare qu’on pense dans le milieu des sciences humaines. Yvan s’est probablement dit qu’une fois que le passé serait connu, non par des ouï-dire ou des discours impétueux, mais par une histoire creusée comme un chenal, nous serions quittes envers ce passé. Nous pourrions dès lors aller de l’avant. À savoir si les Québécois sont allés de l’avant, comme le citoyen Lamonde l’aurait souhaité, c’est là une tout autre histoire. Je l’ai dit : il y a de la médecine, chez Yvan. Il y a son père, le Dr Robert Lamonde, décédé en 1989. Je me permets de citer un passage des mémoires de ce dernier. Celui-ci raconte avoir reçu un conseil de son père (donc du grand-père d’Yvan), Cléophas Couture dit Lamonde, cultivateur de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud. C’est tout simple : « Il me recommanda simplement de continuer à bien travailler pour devenir un bon citoyen. » Intéressant… Ne pas être un bon chrétien, mais être un bon citoyen. Bien sûr, dans l’esprit du grand-père Cléophas, l’un n’excluait probablement pas l’autre, mais il est fascinant de …

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