Marcel Fournier, historien et généalogiste, propose ici un survol de l’histoire d’une des plus anciennes professions au Québec et un répertoire des individus qui l’ont exercée des débuts de la colonie canadienne jusqu’au traité de Paris. Cet ouvrage est divisé en deux parties : la partie historique est composée de trois courts chapitres, alors que la seconde partie est consacrée aux notices biographiques témoignant de la vie et des activités des notaires. Membre de l’Académie internationale de généalogie depuis 2001, Fournier reprend la démarche qu’il a utilisée récemment pour mettre en lumière la vie des travailleurs et dirigeants des forges du Saint-Maurice (2022). Le premier chapitre est un « bref historique du notariat en Nouvelle-France ». S’appuyant particulièrement sur l’Histoire du notariat canadien d’André Vachon (1962), Fournier fait un court récit de l’origine du notariat, des premières législations qui ont encadré cette profession ainsi que des exigences auxquelles ces officiers publics doivent théoriquement satisfaire pour recevoir une commission. Le deuxième chapitre décrit les outils, instruments de recherche et bases de données disponibles en France, au Québec et en Acadie pour faciliter le recours aux actes notariés. Ces informations sont complétées par une présentation des principaux types d’actes notariés utilisés par les généalogistes ainsi que par un lexique des termes juridiques employés par les notaires. S’adressant principalement aux généalogistes (qui constituent le principal public visé), la description des types d’actes ne tire toutefois pas pleinement profit des réflexions critiques menées par les historiens et historiennes depuis plusieurs décennies quant à leur représentativité sociale et aux limites propres à ces sources (limites qui s’inscrivent dans la pratique des notaires du Canada). Finalement, le troisième chapitre présente quelques données sociodémographiques tirées de l’analyse des notices biographiques. Sans surprise, la majorité de ces officiers publics sont originaires de la France (71,5 %). Toutefois, seul un faible nombre de ces immigrants (9 sur 156) ont un père qui a exercé la profession de notaire ou de tabellion en France et aucun n’arrive au Canada comme notaire. Il aurait été intéressant que ces données soient contextualisées pour situer les notaires au regard d’autres groupes socioprofessionnels, mais surtout en ce qui a trait à l’abondante littérature portant sur l’immigration et le peuplement du Canada. Quoique l’auteur n’explicite pas en quoi ces données viennent compléter, nuancer ou infirmer le portrait que les historiens ont jusqu’à présent dressé du notariat, celles-ci suggèrent néanmoins plusieurs pistes de recherche intéressantes, notamment des questions touchant au revenu des notaires, à leur lieu d’exercice et à leur pluriactivité professionnelle. Dans la foulée de Vachon, l’auteur mentionne que les honoraires fixés en 1678 ne permettent pas toujours aux notaires de vivre uniquement de leur profession (p. 19), ce qui les amènerait à devoir « occuper un autre emploi pour assurer leur subsistance » (p. 23). Cette affirmation concernant le fait que les notaires seraient « souvent sous-payés » (p. 23) n’est toutefois pas mise en lien avec la taille et la répartition (rurale ou urbaine) de la population canadienne, soit leur clientèle potentielle. En outre, Fournier fournit des données sur la diversité des professions exercées au moment de l’obtention de leur commission ou de la première année de leur pratique. Fait remarquable, après les métiers liés à l’administration coloniale (56 sur 218), ce sont les militaires qui arrivent en deuxième position (42). De même, plusieurs individus commencent leur pratique avant leur nomination officielle. Plusieurs questions demeurent donc en suspens : est-ce que leur pluriactivité est principalement antérieure ou subséquente à leur nomination officielle ? Est-ce que le notariat est une profession tardive (les données présentées ne fournissent pas d’information sur l’âge au moment …
Fournier, Marcel. Notaires en Nouvelle-France. Histoire et biographies, 1621-1763. Québec, Septentrion, 2024, 218 p.[Notice]
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Isabelle Bouchard
Université du Québec à Trois-Rivières
