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ChroniquesProfession enseignante

Former des soignants en étant malade. Éclairage sociologique sur le présentéisme des enseignants d’instituts de formation en soins infirmiers[Notice]

  • Florence Douguet

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  • Florence Douguet
    Université Bretagne Sud (France)

Le présentéisme, selon les deux chercheurs québécois Éric Gosselin et Martin Lauzier, « caractérise le comportement du travailleur qui, malgré des problèmes de santé physique et/ou psychique nécessitant de s’absenter, persiste à se présenter au travail » (2010, p. 16). Le présentéisme des professionnels de santé commence à faire l’objet de recherches en France (Dumas et Berthe, 2021; Vilbrod, 2022). Ces travaux se centrent sur la situation des membres du personnel – praticiens et encadrants – en poste au sein de services de soins. Le présentéisme des professionnels de santé responsables de la formation des futurs soignants demeure, quant à lui, inexploré. L’article s’attache à rendre compte des modalités et des déterminants du phénomène dans ce groupe professionnel. L’étude s’appuie sur une enquête sociologique de nature qualitative (Kivits et al, 2016). La méthode retenue repose sur l’analyse de contenu thématique d’un corpus de 23 entretiens semi-directifs menés avec 8 formateurs et 15 formatrices de trois Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) situés dans l’ouest de la France. Les enseignants indiquent avoir été peu absents du travail, voire ne s’être jamais arrêtés en raison de problèmes de santé : « Ça fait 7 ans que je ne me suis pas arrêtée une journée ». Ces constats personnels valent aussi pour les collègues et le collectif de travail : « Nous, dans notre équipe, il n’y a pas d’arrêts ». Les arrêts-maladie expérimentés personnellement ou constatés chez les autres tiennent à de graves difficultés de santé : cancer, intervention chirurgicale lourde, rééducation post-traumatique, burn-out… Au-delà des pathologies bénignes pour lesquelles il aurait été possible de solliciter un arrêt (rhume par exemple), les situations de présentéisme renvoient à des problèmes de santé qui auraient d’emblée justifié un arrêt : déchirure musculaire, rupture du talon d’Achille, hépatite, etc. Ces situations seraient plus fréquentes durant certaines périodes de l’année (« périodes critiques », « tendues », de « surcharge de travail ») et pour certaines activités nécessitant la présence de l’ensemble de l’équipe pédagogique au sein de l’institut de formation : tenue de commissions, entretiens de sélection, correction de copies et de mémoires, préparation de la rentrée, organisation des stages, séquences de regroupement de cours… Trois formes de présentéisme sont repérées. La première consiste à venir au travail en étant malade ou blessé et à s’accommoder de cette situation. En cas, par exemple, d’entorse du genou : porter une attelle pour se rendre à l’IFSI, s’asseoir pour dispenser ses cours, trouver une position confortable pour atténuer la douleur ressentie… La deuxième forme de présentéisme consiste à travailler depuis chez soi, y compris lorsque l’on bénéficie d’un arrêt maladie. Dans la mesure où l’on ne peut pas venir donner un cours sur place, on se rabat sur la réalisation d’autres tâches et l’on reste joignable par messagerie électronique, et ce, afin de ne pas placer davantage ses collègues « dans la panade ». D’une certaine manière, il s’agit ici de faire du présentéisme « à distance ». Enfin, la troisième forme de présentéisme se pratique à « temps partiel ». Deux formateurs ont bénéficié, il y a quelques années, d’un temps partiel thérapeutique (à 50 % et 80 %). Ces derniers expliquent n’avoir pas respecté cette quotité et avoir travaillé sur la partie dédiée à l’arrêt maladie : « Sur les 3 semaines, je n’ai pas pris mon 80 % ». Avec le recul, ces enseignants ne manquent pas de souligner les effets délétères de ces conduites sur leur santé : convalescence plus longue, moindre récupération, manque de repos, fatigue, voire aggravation de la pathologie. Cependant, sur …

Parties annexes