Certaines fonctionnalités et contenus sont actuellement inaccessibles en raison d'une maintenance chez notre prestataire de service. Suivez l'évolution

Mutants, mondes possibles et promesses de l’aube posthumaniste[Notice]

  • Nathalie Dufayet ORCID logo

…plus d’informations

Dans les années 1950, au moment où décédait Alan Turing, pionnier de l’intelligence artificielle, le biologiste Julian Huxley proposa le terme de « transhumanisme » afin de qualifier l’action prométhéenne de l’homme pour améliorer sa nature grâce aux progrès de la science et de la technique, de repousser sine die les frontières du vieillissement, de la maladie et de la mort. Son grand-père, également biologiste, était un collègue et partisan de Charles Darwin ; son frère Aldous, l’écrivain de la dystopie eugéniste Le Meilleur des mondes (1932). Depuis la première moitié du xxe siècle, l’homme se fantasme plus que jamais en démiurge capable d’augmenter ses capacités en faisant fi des limites que les lois naturelles imposent à son corps et à son esprit, par l’intermédiaire de l’hybridation, voire de la fusion avec les machines, les animaux ou bien encore les végétaux. Et parce que le genre de l’anticipation est censé avoir toujours un temps d’avance sur le réel, il revient à cette fiction prospective, au carrefour du merveilleux scientifique, de la SF, de l’utopie et de son contraire, d’être la porte-parole de ce rêve ou cauchemar, commun à tous les savants – fous ou non – de la culture populaire dont les Docteurs Fringe, Rotwang et Strange, poursuivant la lignée de leurs aïeux Frankenstein et Moreau. Autant de figures gravées dans notre mémoire collective, à l’instar des monstres qu’elles ont engendrés, et qu’étudie Marc Atallah, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne. Après L’Homme-machine et ses avatars : entre science, philosophie et littérature, xviie-xxie siècles (2011), il publie en 2021 La Parade monstrueuse en complément de l’exposition « Je est un monstre », organisée de novembre 2020 à octobre 2021 à la Maison d’Ailleurs – Musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires –, dont il était alors le directeur. On lit dans son dossier de presse : Autant de questions que l’on pourrait poser au sujet des mutant·es, ces monstres pas tout à fait comme les autres. Le 1er avril 2025, l’Université californienne de Berkeley informait le monde entier, et ce n’était pas un poisson d’avril, qu’une femme paralysée depuis un accident cardio-vasculaire, survenu dix-huit ans auparavant, venait de retrouver l’usage de la parole grâce à un interface cerveau-ordinateur ou BCI (Brain Computer Interface), piloté par l’intelligence artificielle. Elle pouvait entendre ses pensées formulées de façon audible par une machine, après que des algorithmes expérimentaux avaient décodé en quelques millisecondes des phrases exprimées en pensée. Un scénario digne du Rapport NBIC (Nanotechnology, Biotechnology, Information technology and Cognitive Science), autrement appelé « convergence NBIC pour l’amélioration des performances humaines », paru en 2002 et commandé par la NSF (National Science Foundation), équivalente de l’Agence Nationale de la Recherche française (ANR). En quelques années seulement, l’intelligence artificielle générative est entrée dans les pratiques populaires, mais dans les milieux de référence, on travaille déjà sur l’intelligence dite organoïde et cervoïde, soit la fabrication de bio-processeurs réalisés à partir de neurones issus de cellules souches humaines, développés par des jeunes entreprises spécialisées telles que FinalSpark et Cortical Labs. L’implantation de puces nanotechnologiques dans le cerveau à des fins médicales est déjà l’une des mutations anthropologiques et technologiques de notre siècle. Éric Fourneret en questionne les usages éthiques en sa qualité de maître de conférences en philosophie, étant membre de l’équipe de recherche « Éthique, Technologies et Humanités » à l’Université catholique de Lille – et il y a peu au sein de l’équipe NeuroTech Lab, rattachée à l’Institut des Neurosciences de Grenoble, à l’origine du projet « Braincom », soutenu par l’Union européenne …

Cadenas

L’accès à cet article est réservé aux institutions et personnes abonnées, seul le résumé ou un extrait est affiché.

Consultez nos options d’accès pour obtenir plus d’informations.

Options d’accès

Parties annexes