Résumés
Résumé
Cet article repense les points de contact entre la magie et la prière depuis le point de vue de la poétique, en s’attachant à deux petites prières apotropaïques au fonctionnement singulier, restées jusqu’ici en marge des études littéraires. Promettant la fortune du guerrier au combat, mais également la survie de la mère et de l’enfant lors de l’accouchement, ces deux textes anonymes du xiiie siècle (Sonet, no 351 et no 1 855) sont intéressants en ce qu’ils excèdent la dimension verbale de la prière pour s’inscrire dans un registre plus strictement matériel. En continuité avec la tradition médiévale de l’amulette textuelle, ils doivent non seulement être récités, mais également portés au corps, si bien qu’ils fonctionnent comme de véritables textes-objets, dont l’efficacité se réalise à la fois dans l’ordre du dire et du faire. Après une analyse stylistique ancrée dans le témoignage matériel des manuscrits, l’article montre que ces amulettes précatives engagent un dialogue étroit avec la prière épique, donnant lieu à une sorte de croisement, voire d’interfertilisation des pratiques entre le monde de la fiction littéraire et le geste tout à fait concret, à la fois spirituel et pragmatique, de l’utilisateur de ces textes-objets.
Abstract
This article reconsiders the points of contact between magic and prayer from the perspective of poetics, focusing on two short apotropaic prayers with singular functioning that have until now remained on the margins of literary scholarship. Promising success in battle for the warrior, but also the survival of the mother and child during childbirth, these two anonymous 13th-century texts (Sonet, no. 351 and no. 1,855) are of interest insofar as they exceed the verbal dimension of prayer to engage a more strictly material register. In continuity with the medieval tradition of the textual amulet, they are not only to be recited but also worn on the body, such that they operate as true text-objects, whose efficacy is realized simultaneously in the domain of speech and of action. Through a stylistic analysis grounded in the material testimony of the manuscripts, the article shows that these precatory amulets engage in a close dialogue with epic prayer, giving rise to a kind of crossover—or even interfertilization—of practices between the world of literary fiction and the concrete, simultaneously spiritual and pragmatic, gesture of the user of these text-objects.
