Quand la révolution haïtienne ou la guerre de Saint-Domingue a éclaté en 1791 pour aboutir à la création d’Haïti en 1804 (Hurbon, 2007), elle a enseigné au monde l’une des premières leçons sur la décolonisation. L’établissement d’Haïti comme la première république noire dans le monde « moderne » s’inscrit dans le cadre de cette décolonisation – haïtienne – qui est elle-même enracinée dans les accomplissements des anciennes civilisations de l’Afrique noire. De fait, cette décolonisation remonte à la lutte contre l’esclavage – la Traite des personnes noires, le « colonialisme » occidental et le racisme et les discriminations qui s’ensuivent. Entre autres, le marronnage (Lucas, 2002) qui s’est établi en Haïti et dans d’autres territoires francophones – aux Antilles, aux États-Unis et ailleurs – a été marqué par une résistance très forte à l’époque coloniale. La décolonisation s’est poursuivie à travers le temps et l’espace pour englober des mouvements d’indépendances, par exemple en Afrique et en Océanie au milieu du 20e siècle. D’autres mouvements de libération, incluant le mouvement féministe (Falquet, 2021), celui des Premières nations du Canada (Preci, 2022) et de la Nouvelle-Calédonie (Trépied, 2011) tout comme en Asie – au Vietnam (Bourdier, 2024), ainsi que la Révolution tranquille au Québec pendant les années 1960 (Paquin & Rioux, 2022) constituent aussi des luttes contre le colonialisme qui sévissait. Ces révolutions ont aussi été accompagnées par des mouvements intellectuels de décolonisation. Pensons au mouvement de la Négritude (Césaire, 1955 ; Senghor, 1964) et à ceux des savoirs autochtones (Bruneau, 2017), du féminisme décolonial (Thiam, 1978), de l’antiracisme (Sall, 2021; Schroeter et al., 2023) ou de l’éthique des religions racisées, telles que l’Islam (Traoré, 2019). Si la décolonisation continue à perdurer, c’est parce que le colonialisme persiste dans les espaces idéologiques et physiques et les praxis des structures socio-politiques. Faisant intégralement partie de l’impérialisme occidental, qui est « un système de domination complet » (Hamidi, s. d., p. 3), le colonialisme demeure un projet polyvalent. Il est ancré dans toutes les dimensions de l’existence : « politique, socioculturelle, économique, idéologique et mentale » (Madibbo, 2023, p. 114) ; épistémique et psychologique ; éducationnelle, linguistique et spirituelle ; et juridique et militaire. Il s’est imposé dans le contexte de l’établissement de colonies de peuplement, ou encore de l’occupation et l’exploitation des terres des peuples autochtones. Le colonialisme a produit de vastes mouvements de migrations et des épisodes de génocides. Il a permis l’institutionnalisation et les effets fâcheux et continuels des oppressions. La décolonisation est un processus continu parce que l’indépendance formelle des pays colonisés n’a pas représenté la fin du colonialisme ; en effet, une nouvelle forme de colonialisme persiste et déguise l’oppression coloniale. Aníbal Quijano a proposé la notion de « colonialité » pour décrire ce phénomène. Elle parle de colonialité pour La colonialité est une puissance en soi parce qu’elle est multidimensionnelle ; elle comprend à la fois « la colonialité du pouvoir » et « du savoir ». La colonialité du pouvoir schématise des « rapports du pouvoir qui se sont instaurés historiquement entre les peuples colonisateurs et les peuples colonisés » (Hamidi, s. d., p. 7). Ces « rapports » du pouvoir sont inéquitables socialement, racistes et institutionnels, et ils reproduisent les diverses dimensions de la marginalisation et de l’exploitation des peuples et des espaces (Quíjano, 2000). Pour sa part, la colonialité du savoir repose sur des dimensions « idéologiques et épistémologiques visant à la naturalisation de la société » (Lévy, 2018, p. 1) et « cette réflexion épistémologique […] insiste sur les inégalités existant dans la production des connaissances et la dévalorisation de celles issues des …
Parties annexes
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