Dans un contexte de forte urbanisation, où les États africains cherchent à conjuguer modernisation, attractivité territoriale et intégration dans les circuits du capital global, les projets de villes nouvelles se multiplient. L’ouvrage Diamniadio. Naissance d’une ville nouvelle : enjeux et défis d’une gouvernance durable de Djibril Diop et Aly Sada Timera s’inscrit dans cette actualité, en analysant un cas emblématique : celui du pôle urbain de Diamniadio au Sénégal. À travers une approche multidisciplinaire et engagée, les auteurs interrogent les fondements, les dynamiques et les perspectives d’un projet qui cristallise à la fois les ambitions de développement du pays et les limites de la planification stratégique en contexte africain. Le livre se veut à la fois diagnostic et plaidoyer pour une gouvernance territoriale plus inclusive, dans un contexte de mutations accélérées du paysage urbain sénégalais. Structuré en trois grandes parties, l’ouvrage mêle analyse institutionnelle, observations empiriques et réflexion critique, tout en adoptant une posture normative en faveur d’une gouvernance urbaine inclusive et durable. Le livre s’adresse aussi bien aux chercheurs en études urbaines, aux praticiens de l’aménagement du territoire qu’aux décideurs publics engagés dans les politiques d’urbanisation. La première partie de l’ouvrage revient sur la genèse du projet de Diamniadio, initié par l’État sénégalais dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE). Les auteurs soulignent le rôle de l’État dans la reconfiguration du territoire national à travers des infrastructures lourdes (autoroutes, zone économique spéciale, centre de conférence, etc.), pensées comme levier de déconcentration démographique et de repositionnement international du pays. Le projet apparaît comme une matérialisation de la volonté politique d’ériger Diamniadio en seconde polarité métropolitaine, susceptible de désengorger Dakar tout en affirmant la modernité du Sénégal. Toutefois, cette volonté est confrontée à un certain flou stratégique et à des tensions entre les objectifs affichés (développement durable, mixité fonctionnelle, justice spatiale) et les logiques de mise en oeuvre (opacité décisionnelle, superposition d’acteurs, faiblesse des collectivités locales). Cette section met bien en lumière les ambiguïtés d’un urbanisme d’État à la fois volontariste et centralisé, où la planification urbaine sert des objectifs symboliques et géopolitiques autant que des nécessités fonctionnelles. Le recours à des discours performatifs (ville durable, smart city) est interrogé dans sa capacité à répondre aux réalités socio-économiques locales. Diop et Timera insistent sur la faible articulation du projet avec les réalités locales, notamment les dynamiques socio-économiques des territoires périphériques et les besoins sociaux des populations. Cette approche critique est bienvenue, même si une analyse plus poussée du rôle des bailleurs internationaux et des circulations de modèles urbains aurait permis d’enrichir davantage cette lecture. La seconde partie explore la gouvernance de Diamniadio à travers les institutions en charge du projet – notamment la Délégation générale à la promotion des pôles urbains (DGPU) et la Société d’aménagement du pôle urbain de Diamniadio et du Lac Rose (SOGIP SA). Les auteurs mettent en évidence la multiplicité des échelles de décision et la faible intégration des acteurs municipaux dans le processus. L’analyse révèle une gouvernance technocratique, fortement recentralisée, où les autorités déléguées disposent de marges de manoeuvre importantes mais souffrent d’un manque de coordination et de lisibilité. Le flou sur les responsabilités respectives, l’absence de cadre normatif stabilisé et la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs renforcent les logiques d’incertitude et d’inertie. Ce diagnostic est particulièrement éclairant sur les mécanismes de centralisation du pouvoir urbain au Sénégal. Les auteurs dénoncent le manque de clarté dans les compétences, l’absence de concertation avec les élus locaux, et les difficultés de coordination interinstitutionnelle. Cette gouvernance en silo – ou gouvernance par exception – s’accompagne d’un recours massif aux agences et à l’expertise technocratique, au détriment d’une planification …
Parties annexes
Bibliographie
- CÔTÉ-ROY, Laurence et MOSER, Sarah (2018) L’Afrique ne mérite-t-elle pas de nouvelles villes brillantes ? Le pouvoir de la rhétorique séduisante autour des nouvelles villes d’Afrique. Urban Studies [En ligne] https://doi.org/10.1177/0042098018793032
- WATSON, Vanessa (2014) African urban fantasies : dreams or nightmares? Environment and Urbanization, vol. 26, no 1, p. 215-231 [En ligne] https://doi.org/10.1177/0956247813513705
