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Comptes rendus bibliographiques

BEAUDET, Gérard (2023) Un Québec urbain en mutation. Éditions MultiMondes, 325 p. (ISBN : 9782897733391)[Notice]

  • Samuel Leduc-Frenette

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  • Samuel Leduc-Frenette
    Institut national de la recherche scientifique

Le Québec a aujourd’hui une population à 80 % urbaine. Bien que la fondation des bourgs de Québec et de Montréal remonte à 1608 et 1642 respectivement, il a fallu attendre 1920 pour que la population urbaine de la province ait le même poids que la population rurale. Ce lent démarrage de l’urbanité québécoise est notamment attribuable à l’échec de la colonisation de peuplement (en 150 ans d’existence, le Régime français n’a accouché que de ces deux villes), mais aussi à la dispersion de la population puis à son exode aux États-Unis, de même qu’aux résistances multiséculaires à toute planification urbaine digne de ce nom. Ce lent démarrage des villes a aussi retardé l’avènement de l’urbanisme en tant que « discipline vouée à l’organisation optimale de l’espace construit » (p. 23) qui, bien qu’apparue au début du XXe siècle au Québec, n’est devenue une réelle préoccupation des spécialistes, puis des citoyens et politiques, que dans la seconde moitié du dernier siècle. Et encore ! C’est à cette vaste question de l’urbanité et de l’urbanisme sur le temps long au Québec que s’attaque Gérard Beaudet, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, dans sa dernière monographie. Ayant publié pas moins d’un livre par année en moyenne depuis une demi-douzaine d’années, l’une des figures publiques les plus connues de l’urbanisme au Québec répond cette fois, avec Un Québec urbain en mutation (2023), à une proposition des Éditions MultiMondes, un éditeur scientifique grand public. Tablant sur sa formation en urbanisme, sa « fréquentation assidue de quelques géographes universitaires et professionnels, de même [que son] intérêt pour l’histoire » (p. 9), Beaudet réussit le pari de faire tenir en 300 pages une somme descriptive et critique de la question, accompagnant spatialement et temporellement le lecteur, de Gatineau à Sept-Îles et du premier hivernage de Jacques Cartier (en 1534-1535) au lancement et à la mise en oeuvre de la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire (2022 et 2023). L’ouvrage est divisé en deux parties contenant trois chapitres chacune. La première débute avec la période coloniale et se termine avec la Seconde Guerre mondiale, tandis que la seconde commence avec la période d’après-guerre pour se terminer en 2023. Les six chapitres contiennent chacun quelques tableaux ou quelques images, ou un peu des deux. L’écriture, essentiellement ponctuée par des références aux années et aux lieux, est simple et élégante ; elle convient aux profanes autant qu’aux spécialistes à la recherche d’une synthèse à jour sur la question. En matière de sources, Beaudet ne pèche pas par esprit de verticalité, faisant fond aussi bien sur des mémoires de maîtrise que sur des articles scientifiques. Le résultat est impressionnant : à peu près tout ce qui s’est publié de pertinent sur la question est cité. De manière un peu didactique, l’introduction est une forme d’abrégé du livre. Beaudet en profite néanmoins pour exposer sa vision de la ville québécoise, laquelle est qualifiée de ville-projet, de ville-héritage ou même de ville-palimpseste : en constante redéfinition de lui-même, le paysage urbain n’a de cesse d’effacer une partie de sa trame au gré des éruptions immobilières. Les chapitres subséquents suivent un ordre chronologique classique. Le premier porte sur le régime français (1608-1759) et se termine en même temps que l’Acte d’Union des deux Canadas (1840). On y apprend que Québec et Montréal ont bénéficié d’une première planification en 1636 et 1672 respectivement. Le deuxième chapitre couvre la période suivante, soit celle caractérisée par une industrialisation parallèle à une urbanisation délétère pour la classe ouvrière (épidémies, mortalité infantile, etc.). Cette première partie prend …

Parties annexes