Le compte rendu de cet ouvrage s’est avéré une tâche à la fois difficile et stimulante. De fait, le livre compte 25 auteurs, dont les 6 présentateurs. Il regroupe 14 textes rigoureusement sélectionnés pour décrire les nouveaux courants et défis de la géographie anglophone depuis le début du XXIe siècle. Le volume est le résultat du travail collectif de six géographes français : Christine Chivallon, Béatrice Collignon, Bernard Debarbieux, Isabelle Géneau de la Marlière et Jean-François Staszak, sous la direction de Claire Hancock. Il est publié à la suite d’un premier ouvrage du même type intitulé Géographies anglo-saxonnes. Tendances contemporaines (1999) sur les nouveaux courants de la géographie anglophone à l’époque. L’ouvrage de 2021 se distingue du premier par une plus grande diversité d’origine des auteurs choisis : 11 sont britanniques sur 19, 4 sont du Canada, 2 des États-Unis et 2 d’Australie. Du nombre, 11 sont des femmes. Quatre des sept thématiques abordées sont l’objet d’un approfondissement substantiel des connaissances accumulées au siècle précédent (la question des échelles, l’économie alternative, le féminisme et les enjeux identitaires). Les autres présentent les tendances nouvelles peu, autrement ou pas analysées en géographie avant 2000 (l’éthique, le tournant matériel (désigné par l’abréviation MT) et la théorie non représentationnelle (NRT). La sélection des textes, publiés entre 2004 et 2012, visait à présenter les questions récentes étudiées par les géographes anglophones, peu ou différemment développées par les collègues francophones. Étaient privilégiées les études à fort contenu épistémologique, méthodologique et éthique, en même temps qu’évitée une approche par nouveaux sujets en recherche ou par travaux trop factuels ou empiriques. Après l’introduction générale, chaque chapitre attribué à une thématique comprend trois parties : une « introduction » par des géographes français, un choix de deux textes, à l’exception du premier chapitre (un seul texte) et du septième (trois textes), et enfin une bibliographie commune pour tous les auteurs du même chapitre. Les textes choisis sont de deux types : le premier avec un contenu principalement théorique et méthodologique sur le thème, le second pour l’étude d’une situation concrète, précédée d’une réflexion conceptuelle originale, ou pour la critique d’un chercheur à propos du courant décrit. Le chapitre initial traite de l’éthique en recherche et de la triple responsabilité des chercheurs dans la production du savoir : les relations de pouvoir avec les populations étudiées, les institutions subventionnaires et les usagers des connaissances. L’introduction de Claire Hancock précise bien la perspective : « La déontologie n’est pas l’éthique » et « L’éthique n’est pas le droit ». Dans la même optique, Jazeel Tarik et Colin McFarlane décrivent les problèmes éthiques des recherches postcoloniales, où les relations de pouvoir et les inégalités à l’échelle mondiale sont insuffisamment explicitées. Les auteurs proposent la comparaison comme stratégie d’apprentissage inévitable dans la construction d’un savoir en rendant plus explicite ce qui est implicite dans l’analyse des ressemblances et des différences entre les peuples et les pays. En fait, les auteurs de ce chapitre proposent un renouvellement de l’idée de problématique (non nommée dans leurs textes) en insistant sur la question éthique en amont du processus de recherche. Le deuxième chapitre met en évidence l’ambiguïté de la pensée géographique à propos de la notion d’échelle et de ses types. Certains chercheurs réifient encore les échelles (locale, urbaine, régionale, nationale et internationale) alors que la notion est bien plus une « réalité » épistémologique qu’ontologique. Comme les échelles sont en effet des constructions contingentes et fluides plutôt que des données fixes et stables, elles peuvent prendre plusieurs significations : cadre d’observation, niveau d’organisation institutionnelle, échelon de structuration des phénomènes géographiques, échelle cartographique, etc. À …
Parties annexes
Bibliographie
- BOUDON, Raymond, BESNARD, Philippe, CHERKAOUI, Mohamed et LECUYER, Bernard-Pierre (2023) Dictionnaire de la sociologie. Larousse.
- ORAIN, Olivier (2009) De plain-pied dans le monde. Écriture et réalisme dans la géographie française au XXe siècle. L’Harmattan.
