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À la fin des années 1990, le documentaire franco-ivoirien Woubi Chéri de Philip Brooks et Laurent Bocahut révèle à la francophonie l’existence, la structure et le combat des identités queer et trans* en Côte d’Ivoire. Ce manifeste médiatique est sans précédent, mais non sans postérité dans l’histoire des représentations de cette communauté.
Cette dernière ne s’aligne que très peu ur les catégories que l’Occident a conçues pour penser ses propres identités queer. Dans la région d’Abidjan, on distingue traditionnellement les woubis au sens strict, hommes aux manières féminines adoptant le rôle social d’une femme dans un couple homosexuel ; les yossis, hommes bisexuels à l’allure virile et partenaires potentiels des woubis ; les toussou-bakari, femmes homosexuelles ; et les travestis enfin, qui regroupent tant les femmes transgenres que les transformistes occasionnels.
Dans une nation cependant menacée par l’homophobie d’État et le révisionnisme historique qui souhaiterait faire du queer en général un apport colonial et de son intégration civile une décadence, la survie de la communauté woubie au sens large repose sur le contrôle de sa propre représentation médiatique. De fait, la population ivoirienne ne connaît bien souvent sa part queer minoritaire que par les récits qu’on lui en fait, vrais comme faux.
Il s’agit donc de déterminer quel a été le sens pris par les récits portant sur les identités queer et trans* en Côte d’Ivoire sur les trente dernières années, de Woubi Chéri en 1998 aux productions musicales ivoiriennes de l’année 2021. Il sera judicieux de distinguer d’une part les représentations médiatiques dites exogènes, prenant pour sujets la communauté queer ivoirienne sans en émaner toutefois, et d’autre part les représentations endogènes, soit celles dont la communauté a l’initiative et le contrôle. Cette distinction faite, nous pourrons aborder tant la littérature de fiction que le cinéma, les médias sociaux et la musique.