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Ricardo Tranjan, La classe locataire, traduit de l’anglais par Marie-Hélène Cadieux, Montréal, Québec Amérique, 2025, 200 p.[Notice]

  • Alexis Lafleur-Paiement

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  • Alexis Lafleur-Paiement Université de Montréal et Université de Lille

Ricardo Tranjan est économiste et chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives (Ottawa). Dans La classe locataire, son plus récent essai paru en anglais en 2023 et traduit en français en 2025, il souhaite exposer le caractère politique de la question du logement et promouvoir une action robuste en faveur des locataires. En six courts chapitres, l’auteur présente sa thèse selon laquelle les locataires et les propriétaires forment deux classes antagoniques, avant d’aborder l’histoire et l’actualité des luttes pour le droit au logement. Le premier chapitre vise à montrer en quoi les locataires constituent une classe sociale, une thèse étonnante pour les personnes formées aux idées marxistes, selon qui les classes sont définies par la place occupée dans les rapports de production (les bourgeois possèdent les moyens de production, les prolétaires doivent vendre leur force de travail pour survivre). Tranjan assume cette bifurcation et considère que « les idées de Marx ne devraient pas être traitées comme des concepts figés dans le temps, mais plus comme des outils dans une analyse concrète visant à soutenir les mouvements émancipateurs » (p. 36). Une lecture insistant sur la division sociale entre locataires et propriétaires permet, selon lui, de gagner en efficacité politique. D’un côté, elle met en lumière la structuration inéquitable entre les deux groupes, puisque les locataires sont obligés de payer pour répondre à un besoin essentiel, alors que les propriétaires spolient les locataires par l’entremise des loyers. D’un autre côté, elle éclaire le fait que l’avantage d’un groupe sur l’autre dépend du rapport de force entre eux, les locataires devant nécessairement lutter pour rééquilibrer les forces en jeu. L’auteur souligne que, dans ce combat, le gouvernement favorise objectivement les propriétaires, puisqu’il se contente d’offrir des aides ponctuelles aux locataires, mais ne remet jamais en cause la privatisation du marché locatif et les profits des propriétaires. Le deuxième chapitre poursuit en déconstruisant un certain nombre de mythes concernant les locataires, au premier rang desquels celui voulant qu’ils soient responsables de leur position subordonnée. Non seulement l’auteur montre que cette thèse est inexacte, mais il critique en sus une série de représentations méprisantes envers les locataires qui nuisent à leurs capacités de mobilisation. L’auteur explique que, pour des raisons structurelles, la situation de locataire est permanente pour un tiers de la population qui ne peut accumuler le capital nécessaire à l’achat d’une propriété. Il rappelle aussi que, contrairement à une croyance commune, les locataires paient un impôt foncier intégré au coût du loyer. De manière plus déterminante, l’auteur souligne que les locataires travaillent dans une proportion similaire aux propriétaires, mais que les premiers occupent globalement des emplois moins rémunérés. Cette situation les empêche d’accumuler un pécule, d’autant que les propriétaires absorbent une part non négligeable de leurs faibles revenus. Enfin, Tranjan signale qu’un nombre important de locataires ne souhaitent pas acquérir une propriété foncière, un choix légitime. Le troisième chapitre se concentre sur les propriétaires et leurs privilèges structurels. Le chercheur révèle que « la classe de propriétaires au Canada comprend des familles bien nanties, de petites entreprises, des sociétés immobilières et des investisseurs financiers » (p. 70). Il précise que les familles propriétaires possèdent en moyenne des avoirs nets de 1,7 million de dollars, avec bien sûr un minimum de deux habitations, et que leur richesse tend à croître, puisque les propriétés locatives sont un investissement rentable. Les petites entreprises, quant à elles, détiennent généralement plusieurs dizaines de logements et engrangent des profits de plusieurs centaines de milliers ou de quelques millions de dollars par année, loin d’une quelconque précarité. Les grandes sociétés immobilières disposent de milliers ou de …

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