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Numéro régulierRecensions

Stanley B. Ryerson, Capitalisme et confédération, Montréal, M Éditeur, 2024, 541 p.[Notice]

  • Guillaume Tremblay-Boily

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  • Guillaume Tremblay-Boily Chercheur, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS)

Avec cette nouvelle édition du livre Capitalisme et confédération, publié pour la première fois sous sa forme définitive en 1972, M Éditeur nous redonne accès à une oeuvre majeure de l’histoire politique et économique du Canada et du Québec. Dans cet ouvrage imposant, Stanley Bréhaut Ryerson se donne comme mission d’expliquer l’évolution du Canada à la lumière des transformations économiques qui ont marqué le XIXe siècle. Sa perspective ouvertement marxiste permet de comprendre que le développement du capitalisme, les rapports entre classes sociales (et fractions de classe) et les rivalités impériales ont joué un rôle déterminant dans la construction des différentes configurations de l’État canadien. À l’encontre d’une approche mécaniste, il ne néglige pas pour autant d’autres facteurs, comme l’habileté politique de certains individus ou encore la force des sentiments nationaux. Ryerson souligne que son approche matérialiste permet de rendre explicable le rôle des sujets individuels ou collectifs « en faisant ressortir le contexte social réel au sein duquel leur vie, leur action se déroulent » (p. 482). Soucieux de comprendre les tensions entre le Québec et le Canada, qui sont particulièrement vives au moment où il rédige le livre, Ryerson s’intéresse aux causes des disparités entre la population canadienne-française et la population canadienne-anglaise. Il montre qu’il y a bien eu une bourgeoisie industrielle canadienne-française dès les débuts de l’industrialisation, mais que celle-ci a généralement été confinée à la petite entreprise de biens de consommation, alors que la bourgeoisie canadienne-anglaise profitait de ses liens privilégiés avec l’Empire britannique pour s’emparer de l’industrie lourde. Le développement de la bourgeoisie canadienne-française a donc été entravé, tandis que la majorité canadienne-française du Québec se voyait prolétarisée dans des entreprises dirigées par le capital britannique et anglo-canadien. Durant le XIXe siècle, l’écart de richesse entre Canadiens français et Canadiens anglais s’est accentué, comme le montrent par exemple des données sur l’utilisation des machines à vapeur dans l’industrie, sur la composition très majoritairement anglophone de la chambre de commerce ou sur les salaires des ouvriers des chemins de fer, de 30 à 50 % plus élevés dans le Haut-Canada que dans le Bas-Canada. Tout au long du récit historique, il est intéressant de constater la centralité de la question de la terre. Dans les années 1830, alors que des fermiers du Bas-Canada qui ne sont pas propriétaires doivent se soumettre à l’oppression féodale, les autorités ont l’outrecuidance de céder sans consultation des terres à des spéculateurs britanniques. Un phénomène similaire se produit dans le Haut-Canada : les gouvernements successifs accordent gratuitement des millions d’acres de terre à des membres de l’élite (clergé anglican, aristocrates, militaires, riches marchands et spéculateurs). La colère et le sentiment d’injustice suscités par cet accaparement des terres ont été parmi les causes multiples des rébellions de 1837-1838. Ryerson consacre à ces épisodes des chapitres éclairants qui montrent que les soulèvements du Bas-Canada et du Haut-Canada avaient des causes sociales et économiques semblables, même si le second mouvement était plus faible. Bien que les révoltes de la fin des années 1830 aient contribué à l’obtention du gouvernement responsable, l’échec des révolutions populaires a ouvert la porte à ce que Ryerson appelle une « révolution effectuée par en haut » (p. 339), menée par l’oligarchie des industriels et des promoteurs des chemins de fer. Dans la course à l’industrialisation par la construction de voies ferrées qui s’entame vers le milieu du XIXe siècle, plusieurs des protagonistes sont des familles comme les Molson ou les McGill, qui ont fait fortune avec le commerce des fourrures et la spéculation terrienne. Le capital accumulé – et les faveurs de l’État – leur …

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