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Numéro régulierRecensions

Sophie-Laurence Lamontagne, L’Habitant. Grandeur et misère d’un personnage méconnu. XVIIe-XXIe siècles, Québec, Septentrion, 2025, 169 p.[Notice]

  • Raphaël Bergeron-Gauthier

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  • Raphaël Bergeron-Gauthier Docteur en histoire, Université de Sherbrooke et Université de Lorraine

Dans cet ouvrage dense, court et accessible, Sophie-Laurence Lamontagne entreprend une traversée diachronique de la figure de « l’habitant », qu’elle présente à la fois comme un personnage social et un objet de représentation. D’entrée de jeu, après avoir rappelé la polysémie du terme, elle annonce une approche ethnohistorique qui s’articule autour de « l’image que l’habitant projette lui-même, [et] celle qu’on véhicule sur lui », en recourant à une « triangulation » entre dévalorisation, valorisation et idéalisation (p. 9). On notera toutefois un constat initial qui prête à discussion : l’autrice affirme que les raisons qui expliquent l’intérêt porté à l’habitant dans son livre sont que « sa présence [est] trop souvent sous-jacente dans l’histoire en tant que pilier d’une colonie de peuplement » et qu’il tient une « place “feutrée”, pour ne pas dire secondaire, […] par rapport aux personnages considérés comme bâtisseurs » (p. 8). Or, considérant que l’histoire sociale, rurale et de la famille en a fait un objet d’étude central entre les années 1980 et le début des années 2000 (l’habitant, les cultivateurs, la paysannerie), le constat voulant que ce livre représente une réponse véritablement nouvelle face aux « silences qui apparaissent dans la trame de ce qu’on pourrait appeler “son” histoire » (p. 8) peut être discuté. En dépit de ce détail, la démonstration de Lamontagne se révèle très cohérente et plaisante à lire. La structure de l’ouvrage est chronologique et la période couverte s’étend des débuts de la Nouvelle-France jusqu’à nos jours. Dans son premier chapitre, « Regards croisés sur la représentation de l’habitant en Nouvelle-France et au début du Régime anglais », l’autrice ouvre sur les différents regards portés sur cet « arrivant devenu défricheur, colon, puis habitant, [qui est], en somme, la formation du peuple dans ce qu’il a de plus “terrien” » (p. 11). Lamontagne articule d’abord deux couples de regards : celui de l’habitant sur l’Autochtone et celui de l’Autochtone sur l’habitant, puis glisse finalement vers ceux des différents acteurs européens, notamment les administrateurs coloniaux. Le coeur du chapitre restitue surtout une grammaire coloniale de la dépréciation des représentations de l’habitant : indocilité, abandon de terres, ivrognerie et rôle commode de bouc émissaire pour les échecs du processus de peuplement (p. 27-29). L’autrice aborde également la question de l’émergence d’un « sentiment canadien », d’une « canadianité » chez l’habitant : une thématique – celle de la « canadianisation » – déjà largement traitée dans l’historiographie. Le deuxième chapitre, « L’image marginalisée de “l’habitant” du XIXe au XXe siècle », suit le fil d’une dépréciation cumulative de l’image de l’habitant, laquelle est alimentée par « des hommes politiques, journalistes, visiteurs, agronomes, missionnaires, colonisateurs, écrivains, illustrateurs ou encore peintres » (p. 51). Après avoir rappelé la pluralité des acceptions du terme dans le Québec du XIXe siècle, Lamontagne décrit un glissement lexical : l’« ennoblissement » ou la substitution progressive du terme « habitant » par celui de « cultivateur », porté par les cercles agricoles et les missionnaires de l’agriculture. Cette affirmation est intéressante, mais paraît toutefois conclue rapidement : une enquête dans les archives de la Nouvelle-France aurait utilement révélé l’antériorité et la fréquence de l’utilisation du terme « cultivateur », qui est déjà largement employé pour désigner les habitants dès le XVIIe siècle. Enfin, sur le fond, Lamontagne passe en revue les procès qui sont intentés à l’habitant : il serait routinier, « peu évolué » et réticent face à l’éducation. Elle montre comment cette dépréciation se propage et se fige dans la culture visuelle et littéraire. Enfin, l’un des apports majeurs de …

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