Professeur d’histoire et d’études canadiennes à l’Université York, Colin M. Coates livre ici une précieuse étude sur le XVIIe siècle canadien sous l’angle de la culture politique. L’objectif de l’ouvrage est d’expliquer le développement de l’État dans la colonie laurentienne en s’interrogeant sur les choix qui se posaient et ceux qui ont été faits. Ce faisant, l’auteur remet la notion de contingence au coeur de l’analyse, montrant que l’État ne s’est pas implanté dans une sorte de fatalité, mais au fil de rituels et de discours visant l’établissement d’une nouvelle forme de légitimité politique. Coates présente cette étude du pouvoir axée sur les élites, surtout urbaines, comme la suite de sa thèse de doctorat, qui envisageait les relations sociales et politiques à une échelle locale et rurale. S’agissant d’observer comment l’État français s’est implanté outre-Atlantique, l’historien se concentre sur le Canada, où cette opération fut la plus aboutie, positionnant son étude en complémentarité des travaux qui adoptent une perspective impériale et atlantique. Il faut saluer la persévérance de Coates, puisque cet ouvrage constitue le couronnement de nombreuses années de recherches, période durant laquelle l’histoire de l’État colonial a eu le temps de revenir en grâce parmi les chercheurs. Pour observer cette culture politique et la formation de l’État colonial, Coates embrasse large, en examinant une grande variété de pratiques qui créent du sens tout en répondant à des besoins concrets. Ces pratiques sont scrutées à travers la lentille des rituels, du discours et de la représentation, en portant une attention particulière au langage. À cet égard, le mérite de Coates est de « prendre au sérieux » la rhétorique, les querelles de préséance et tous ces gestes qui peuvent sembler purement symboliques, mais qui sont en réalité des actes constitutifs du pouvoir politique. En plus de ces démonstrations de l’autorité étatique, l’historien examine l’expérience qu’en avait la population coloniale, cherchant à contourner les limites des sources qui permettent difficilement de capter la perception des rituels chez les spectateurs. L’ouvrage est divisé en six chapitres. Le premier se penche sur les rituels politiques en explorant leur forme et leur structure, montrant leur rôle clé dans la représentation de la monarchie dans la colonie. On y apprend des détails concrets sur les entrées de ville, les processions, les feux d’artifice, etc. L’auteur nous fait réaliser que les dirigeants coloniaux s’investissent fortement dans ces rituels à un moment où le roi lui-même ne défile plus. Coates s’intéresse en particulier à la cérémonie du Te Deum – une messe d’actions de grâces chantée lors de célébrations étatiques – et montre que sa fréquence augmente vers la fin du règne de Louis XIV et qu’elle est surtout utilisée à ce moment pour prendre part aux mêmes célébrations qu’en France et moins pour souligner des événements locaux. Le deuxième chapitre examine la question de la préséance, notamment des querelles sur ce sujet qui permet au pouvoir royal et aux élites de se représenter dans le rituel. L’auteur montre que le contexte colonial créait de nouvelles occasions de remettre en question les hiérarchies, ce pour quoi les conflits de préséance se produisaient le plus souvent lors des cérémonies. Intitulés « Louis XIV’s Canada » et « Canada’s Louis XIV », les deux chapitres suivants produisent un intéressant effet miroir. Le chapitre 3 analyse les enjeux de la représentation à travers les modalités de transmission de l’information au roi. La vision très englobante de la culture politique que l’auteur met de l’avant se manifeste clairement dans ce chapitre qui réunit des sujets qui n’ont pas l’habitude de l’être dans cette optique, comme les médailles, les recensements, la …
Colin M. Coates, Political Culture in Louis XIV’s Canada: Majesty, Ritual and Rhetoric, Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2024. 316 p.[Notice]
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Marie-Eve Ouellet Historienne
