Les Leçons sur la traduction rassemblent une série de conférences-séminaires prononcées en novembre 1989, à l’Institut de Philosophie de l’Université de Naples. L’auteur y avait été invité à partager ses idées sur la traduction. Franco Lattes, alias Franco Fortini, c’est d’abord et avant tout un traducteur qui, dans ces textes rassemblés ici pour la première fois en français, partage sa vision, son expérience et, surtout, sa réflexion sur la traduction. Il s’agit ici d’un traducteur, non d’un écrivain ni d’un philosophe, qui a réfléchi à sa pratique et cherche à partager ce qu’il a appris au fil de cette pratique. Nous saluons avec bonheur cette série de textes qui, non seulement jette un éclairage nouveau sur l’objet de nos études et de notre enseignement, mais qui le fait aussi à partir d’une pratique avérée, forte de connaissances acquises au fil de nombreux travaux, et a fortiori à partir de textes variés tant en genre qu’en langue d’origine, car il a traduit autant Milton que Goethe et Baudelaire. L’histoire de Fortini, c’est malheureusement celle de nombreux intellectuels marginalisés qui ont vécu la montée du fascisme en Italie. En effet, né à Florence en 1917, d’un père juif et d’une mère catholique, il choisira d’utiliser le nom de famille de cette dernière pour éviter la persécution dont faisaient l’objet ses contemporains juifs. Pendant la Seconde Guerre, il quitte d’ailleurs son pays pour se réfugier en Suisse durant quelques mois, où il écrit beaucoup sans pourtant ne rien publier. De retour de ce bref exil, il s’établit à Milan, où il exerce tour à tour les métiers de journaliste, de rédacteur et, bien évidemment, de traducteur. Ce serait en fait en partie par réaction aux politiques linguistiques du gouvernement fasciste qui interdisait les emprunts lexicaux aux langues étrangères – les forestierismi ou xénismes – que Fortini se serait senti forcé, voire poussé à traduire des oeuvres étrangères en italien, s’inscrivant en faux par rapport aux politiques d’enfermement culturel de l’époque. Pour lui, la survie des textes anciens et la transmission des textes étrangers dépendaient des traducteurs et de leur volonté d’en prolonger la durée et l’impact dans le temps et dans l’espace, dans des cultures ouvertes. Une dizaine d’années après son retour en Italie, il fonde avec Luciano Amodio, Roberto Guiducci et Armanda Guiducci – traductrice notamment de John Donne et Virginia Woolf – Ragionamenti (1955-1957), une revue culturelle et politique de gauche. Il continue de traduire et les réflexions qui accompagnent ses traductions sont de plus en plus élaborées pour prendre finalement la forme de longues préfaces à compter des années 1970. Durant ces années, il se consacre en partie à l’enseignement, puis se voit confier la chaire de critique littéraire à l’Université de Sienne. Les Leçons sont structurées en sept courts chapitres constitués, outre les quatre leçons, dont la première est enrichie d’un long addenda, d’une présentation et d’une annexe. Suivent une première leçon sans titre des leçons qui portent, dans l’ordre, sur : les « compensations » dans les traductions poétiques ; la traduction entre 1910 et 1945 ; la « littéralité » de la traduction. L’annexe, comme une cinquième leçon après réflexion, traite de la traduction de poèmes lyriques de Goethe. Le traducteur offre en incipit quelques mots sur Fortini, sur ses influences – notamment Henri Meschonnic et le structuralisme de l’École de Prague – en plus d’expliquer comment Fortini s’oppose à Benedetto Croce pour qui le traducteur du texte poétique ne serait en réalité qu’un passeur. Pour Fortini, le traducteur s’emparerait de la vitalité du poème dépendamment du contexte et des circonstances qui ont fait surgir …
Fortini, Franco (2021) : Leçons sur la traduction. Texte établi par Maria Vittoria Tirinato, traduit de l’italien par Julien Bal, Irène Bouslama et Lucia Visonà. Paris : Les Belles Lettres, 160 p.[Record]
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Marco Fiola Université York, Collège Glendon, Toronto, Canada
