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DocumentationComptes rendus

Gravet, Catherine, dir. (2023) : Être humain pour traduire. Mons (Belgique) : Éditions universitaires de l’UMons, 234 p.[Record]

  • Rainier Grutman

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  • Rainier Grutman Université d’Ottawa, Ottawa, Canada

Au Canada, on connaît bien les collections de portraits de traducteur·rice·s présentées par Jean Delisle (1999, 2002) et par Agnès Whitfield (2005, 2006), respectivement rattaché·e·s à l’Université d’Ottawa et à l’Université York. En Belgique, ce « créneau » (si je puis m’exprimer ainsi) est occupé par Catherine Gravet, de l’Université de Mons. Il y a dix ans, celle-ci s’était inspirée des collectifs canadiens pour réunir une série de portraits de Traductrices et traducteurs belges. Les collaborateur·rice·s étaient invité·e·s à se demander pourquoi, pour qui et dans quelles conditions les personnes portraiturées avaient traduit, et quelles contraintes elles avaient dû accepter ou s’étaient au contraire imposées elles-mêmes. C’est dire à quel point le volume témoignait de ce que l’on pourrait appeler le virage agentif en études de la traduction, c’est-à-dire non seulement l’attention croissante accordée aux « compléments d’agent » de la traduction, mais encore la (re)découverte d’une agentivité qui leur soit propre. Plus tard, Andrew Chesterman (2009) parlera à ce propos de TranslatOR Studies, baptisant ainsi un changement de perspective (Kaindl 2021) dont les origines remontent cependant aux années 1980, quand André Lefevere estimait déjà que « teaching needs to draw more attention to the translator and his or her task, and to the role he or she plays in different cultures » (Lefevere 1983 : 28). Voeu auquel cherchaient à répondre les deux volumes dirigés par Jean Delisle : « Les traductologues ont montré l’importance de placer le traducteur au centre de la réflexion sur la traduction. Ils sont désormais acquis à l’idée que le traducteur, présent dans ses travaux, y laisse son empreinte, consciemment ou non ». (Delisle 1999 : 1) L’auteur ajoute : « Lien vivant entre le texte original et sa traduction, le traducteur n’est pas une courroie de transmission neutre et fantomatique : il laisse sa marque, délibérément ou non, sur le texte qu’il recrée dans une autre langue » (Delisle 2002 : 2). Depuis lors est toutefois venue s’ajouter une nouvelle urgence, que marque bien le titre de l’ouvrage Être humain pour traduire. L’allusion aux progrès fulgurants de l’intelligence artificielle (IA) en matière de traduction ne saurait être plus claire. Juan Miguel Dothas en prend acte dans son introduction, mais souhaite s’en tenir à une position « ni trop technophile ni trop technophobe » (p. 10). Même la plus artistique des formes de traduction, la traduction littéraire, n’échappe pas à l’emprise croissante de l’IA. Chez les praticiens de ce secteur déjà peu lucratif, le ton est carrément alarmiste, selon un article tout récent du Monde : « De plus en plus d’éditeurs demandent aux traducteurs de travailler à partir d’une version du texte initial traitée par une IA. Ces professionnels légalement apparentés à des auteurs se voient acculés à des conditions financières et à des statuts moins intéressants » (Vulser 2024). Que l’on se rassure : les neuf chapitres qui composent Être humain pour traduire ne sont pas le fait de « robots » (p. 7), mais de personnes bien réelles. Si celles-ci ont toutes un lien avec l’Université de Mons, c’est que le volume souligne le 60e anniversaire de sa Faculté de Traduction et d’interprétation (laquelle, au moment de sa fondation, s’appelait « École d’Interprètes Internationaux de Mons »). Autre trait commun entre les contributions, sans exception très substantielles (comptant de 20 à 30 pages) : elles abordent la traduction dans ses rapports avec la ou les littérature(s). Même dans le cas d’Henri Meschonnic, traducteur infatigable de la Bible hébraïque, Béatrice Costa revient sur son travail de théoricien et de commentateur (pourfendeur ?) de traductions d’autrui, en l’occurrence du

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