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Comptes rendus

Yanis Varoufakis, Les Nouveaux serfs de l’économie, Editions Les liens qui libèrent, Traduit de l’anglais par Morgane Iserte, 349 pages [Record]

  • Stéphane F. Roume

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  • Stéphane F. Roume
    Enseignant contractuel en économie, Membre associé du CEMOI (EA 13), Université de La Réunion (France), st.roume@gmail.com

Cet ouvrage de Yanis Varoufakis, économiste grec, libéral de gauche, notamment connu à l’international pour avoir été ministre des Finances en Grèce en 2015 lors du référendum dans le cadre de la crise de la dette publique grecque, traite du nouveau paysage économique et financier dans lequel le monde est entré : le technoféodalisme. Ce livre, réédition en livre de poche depuis fin août 2025 (à partir de la version originale en anglais, sortie en septembre 2023 et dont le titre est Technofeudalism : What killed Capitalism), du point de vue de la forme, comporte, outre les notes de la traductrice, une préface, sept chapitres, deux annexes, des annotations en fin de livre ainsi qu’une table des matières. Écrit en anglais puis traduit en français, dans les deux cas en langue inclusive, l’auteur s’adresse à son père alors récemment décédé pour lui décrire le monde économique et l’état actuel du capitalisme. Si l’on peut être parfois touché par quelques souvenirs personnels émouvants, les idées déployées sont claires et accessibles à tous les publics, tant par l’explication que le style ; il fait notamment référence à des éléments de la mythologie grecque ou encore à des séries télévisées comme Mad Men. L’idée principale du livre est que le capitalisme tel que nous l’avons connu est mort, dépassé par l’avènement d’un nouveau type de capital qu’il a lui-même engendré, le capital cloud. Le capitalisme laisse alors place à un nouveau type de féodalisme dont les nouveaux seigneurs sont les détenteurs de ce type de capital, tels les propriétaires d’Amazon, de Google, de Facebook, d’Uber ou encore d’Apple ou d’Alibaba. Dans le premier chapitre, l’auteur n’entre pas tout de suite dans le vif du sujet. Il y explique plus l’histoire de la formation de sa pensée pour laquelle son père a joué un grand rôle. Une pensée économique inspirée de la physique dont était féru son père. Il met ainsi en lien Einstein avec Marx ou Keynes. Il y expose surtout combien le monde est pétri de paradoxes et que la dualité est omniprésente, à l’image du capital qui est à la fois un moyen de production des marchandises et un rapport de production où le propriétaire détient sur les non-propriétaires un ascendant. Il en est de même pour le travail qui est composé à la fois du travail-comme-marchandise, comme nous le concevons aisément dans nos modèles économiques, et le travail-comme-expérience où il est question de la part insaisissable chez les travailleurs de leur joie ou de leur spontanéité qu’ils insufflent dans leurs tâches. Cette part insaisissable sera cruciale pour la suite de son propos car elle sera une cible du capital cloud qui sera défini au chapitre suivant. Justement, au chapitre 2, l’auteur dépeint le capitalisme et ses différentes métamorphoses et évolutions au cours de son histoire, en particulier au XXème siècle, essentielles pour qu’il survive à l’épreuve du temps et de ses opposants. Il indique ainsi que dans sa dernière métamorphose, il est question d’attribuer une valeur d’échange à un maximum de choses, en particulier aux émotions jusqu’alors non encore marchandisées, à l’instar de ce que peut faire la publicité chez chacun de nous. Là est alors la clef du capital cloud qui est un capital numérique : s’il permet la production de biens et services, il est lui-même produit et enrichi non pas seulement par les travailleurs mais aussi par les consommateurs à travers leur consommation, gratuitement et avec leur participation. En utilisant et en renseignant ses informations (consciemment ou non) via des plateformes ou services comme Siri ou Alexa par exemple, nous contribuons à la …