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Comptes rendus

Juan-Luis Klein, D. Bussières, C. Champagne, C. Dufresne, M. Léonard et P.-A. Tremblay, Vers une nouvelle ruralité. L’expérience des Ateliers des savoirs partagés, Québec, PUQ, 2025, 210 pages [Record]

  • Laurent Dambre-Sauvage

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  • Laurent Dambre-Sauvage
    laurent_dambre-sauvage@uqar.ca

Ce livre est le fruit d’une expérience collective menée depuis plus d’une décennie au Québec, les Ateliers des savoirs partagés (ASP). Ceux-ci sont difficilement descriptibles : ce ne sont ni des organismes ou des groupements d’organismes, ni des dispositifs de recherche. Qualifions-les d’expériences dans tous les sens du terme : « Les ASP, ça ne se décrit pas, ça se vit » rapportent ainsi les auteurs (p. 131). Espaces collectifs de création, ancrés localement, cherchant à renforcer les processus d’innovation sociale et les capacités d’agir des communautés rurales, ils réunissent et mettent en réseau des acteurs de divers horizons : universitaires, personnes étudiantes, élues, citoyennes, intervenantes. À travers des cycles d’ateliers, des visites de terrain, des chantiers de réflexion, des écoles d’été ou encore des démarches d’évaluation participative, les ASP ont accompagné une quinzaine de collectivités dans des dynamiques de transition sociale et écologique. Dirigé par J.-L. Klein, D. Bussières, C. Champagne, C. Dufresne, M. Léonard et P.-A. Tremblay, l’ouvrage restitue ce parcours collectif, non comme un bilan figé, mais comme une traversée critique d’un processus toujours en cours. Il s’inscrit dans une littérature qui renouvelle la pensée de la ruralité envisagée comme scène d’innovation sociopolitique, d’expérimentation institutionnelle et écologique, de recomposition des communs. Dès le premier chapitre, les auteurs rappellent ce que la ruralité québécoise a subi, traversé, puis réinventé. Ils en retracent la trajectoire sur le temps long. Cette trajectoire est marquée par la tension entre une perspective prédatrice - caractérisée par l’emprise extractiviste, la marginalisation politique, les injonctions à la modernisation – et une perspective habitante constuite sur les résistances territoriales qui se sont sédimentées au fil du temps. À rebours des discours sur la ruralité « en déficit », on comprend ici que les territoires ruraux ont été, dès les années 1970, des lieux de luttes et de créations collectives, souvent invisibilisées. L’histoire des Opérations Dignité, la création d’organismes de gestion en commun, la mise en place de la Politique nationale de la ruralité (PNR), l’organisation d’une Université rurale du Québec, dessinent un fil de continuité entre révolte et réinvention. Loin d’un simple retour sur le passé, cette généalogie permet de situer l’émergence des ASP comme un prolongement contemporain de ces dynamiques d’autonomisation. Le second chapitre propose une inflexion plus théorique. En interrogeant les conditions d’une transition socioécologique juste à partir des territoires ruraux, les auteurs déplacent le cadre habituel du débat. Là où bien des textes continuent d’opposer innovation métropolitaine et retard périphérique, on découvre ici une autre lecture : celle de milieux de vie capables de générer des formes d’émancipation, de relocalisation économique, de solidarité. Les ASP deviennent alors des lieux d’expérimentation d’un mode d’habiter plus attentif au vivant, aux communs, aux temporalités lentes. Les chapitres suivants plongent au cœur de la démarche. On y découvre la construction progressive des ASP : leur naissance dans la petite municipalité de Saint-Camille, leur essaimage dans d’autres régions, l’élaboration d’une méthodologie ancrée, transversale, volontairement ouverte. Loin d’un protocole imposé, les ASP se construisent sur une logique d’adaptation, de co-construction et de confiance. Les auteurs insistent sur la pluralité des formats mobilisés – ateliers thématiques, chantiers collaboratifs, visites croisées, carnets de terrain, évaluations souples – mais surtout sur les effets qu’ils produisent : hybridation et circulation de savoirs, montée en réflexivité, reconnexion entre les milieux de pratique et de recherche. Une attention particulière est portée à la fonction d’animation. Dans les dynamiques ASP, l’animation n’est ni secondaire, ni purement logistique : elle constitue une clé d’entrée dans les processus de transformation. Les animateur·rices, souvent issues du territoire, assument un rôle de traducteur et de médiateur. Ils et elles …