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Recensions

Bouvier, A. (2024). Pensées sur l’éducation. Paris, les éditions du Panthéon[Record]

  • Claude Lessard

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  • Claude Lessard Université de Montréal (Canada)

Dans ce livre, Alain Bouvier poursuit sa réflexion sur l’état et l’évolution du système éducatif français. Ce système, il le connaît bien en tant qu’ancien recteur d’académie, ayant été aussi par le passé membre du Haut conseil de l’éducation, rédacteur en chef de la revue internationale d’éducation de Sèvres, président de l’Association française des acteurs de l’éducation, et professeur en science de la gestion. Mentionnons qu’il est toujours professeur associé à l’Université de Sherbrooke, responsable de la formation des administrateurs scolaires. Cette riche expérience donne aux propos d’A. Bouvier une profondeur historique remarquable et une réelle force analytique, combinant une riche documentation et une longue connaissance des terrains du bas comme du haut de la pyramide, et nourrie de comparaisons internationales riches et variées. À cela il faut ajouter le sel de l’impatience et un brin de la colère de celui qui demeure convaincu que la France peut faire mieux en matière d’éducation, si seulement elle se montrait déterminée à débloquer certains freins tenus trop fermement par ce que A. Bouvier nomme les « statuquologues ». L’âge et la retraite toujours active n’ont pas encore émoussé chez cet homme engagé l’appel à l’action réfléchie et le désir d’un changement véritable. Le livre est organisé en cinq parties, chacune rassemblant de courtes capsules sur un thème donné. Celles-ci portent sur 1) la dialectique entre école et société, 2) des vues du terrain de l’école, 3) le métier d’enseignant, 4) l’importance de l’organisation et 5) une école apprenante et humaniste. Cette 5e partie présente la vision de l’école idéale d’A. Bouvier. On peut voir dans cette structuration du propos une logique certaine, allant du rapport macrosocial entre l’école, comme institution, et la société, telle qu’elle évolue sous l’effet de forces multiples (politiques, sociales et culturelles; nationales et internationales) et qu’elle peine à se construire une vision cohérente d’un possible avenir, pour ensuite regarder au plus près ce qui se passe sur les divers terrains de l’éducation nationale, dans l’enseignement et dans son organisation, dont les pratiques font écho aux grandes transformations macrosociales, en même temps qu’ils révèlent parfois une réelle agentivité et une capacité d’innover. Ainsi saisi des réalités, des contraintes, des freins, et des émergences, le lecteur est amené à s’interroger sur les acteurs, d’abord les enseignants et leur rapport au métier et au système, et ensuite, à travers les capsules sur l’organisation, les cadres et administrateurs. La cinquième partie de l’ouvrage est centrée sur l’école qu’A. Bouvier appelle de ses voeux et qu’il souhaite « apprenante et humaniste ». Le lecteur est confronté à un regard sur le système éducatif français qui en connaît les forces et les faiblesses et les traque avec précision pour mieux les faire évoluer. Se dégage une connaissance fine et très étendue de l’éducation française, bien ancrée dans l’évolution récente du système, de ses politiques et de ses pratiques. Le lecteur est aussi confronté à l’extraordinaire diversité des enjeux et leur grande complexité. L’ensemble des sections et les nombreuses capsules qui les composent conduisent A. Bouvier à affirmer avec force la nécessité d’une autre école. Telle qu’il la conçoit, elle devrait reposer sur cinq piliers : Ces cinq piliers doivent être au service d’un projet éducatif global, reposant sur des valeurs républicaines et valorisant l’humain. En somme, un projet ambitieux, dont certains éléments pointent déjà ici et là, parfois « tolérés » davantage qu’encouragés et soutenus; cependant, on ne voit pas une politique globale d’éducation qui intègre de manière cohérente l’ensemble des piliers proposés par A. Bouvier ainsi que la vision qui les anime. On pourrait croire qu’A. Bouvier n’a pas pensé la mise …