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Introduction

Sous la direction de Catinca Adriana Stan et d’Olivier Lemieux, cet ouvrage collectif vise à alimenter les réflexions et les discussions portant sur la construction de la citoyenneté à l’école québécoise. 21 auteurs, dont des chercheurs, des enseignants et des acteurs de projets culturels et citoyens, ont contribué à la rédaction du collectif dans le but de répondre à une double exigence : comprendre les fondements de l’éducation à la citoyenneté et poser un regard sur les pratiques inspirantes de terrain. Bien que plusieurs contributions abordent des enjeux liés au nouveau programme de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ), l’ouvrage s’inscrit plus largement dans une réflexion d’ensemble sur l’éducation citoyenne. Dans un contexte marqué par un besoin de cohésion sociale, des interrogations sur le rôle de l’école et sur la place de la culture commune, cet ouvrage tombe donc à point nommé.

Résumé de l’ouvrage

Le collectif est divisé en deux parties distinctes, composées respectivement de sept chapitres. La première partie aborde les visées, les fondements et les finalités de l’éducation citoyenne à travers une diversité d’approches théoriques et d’angles d’analyse. La seconde, plus « pratique », présente sept projets illustrant comment les enseignants, élèves et acteurs éducatifs donnent vie aux finalités citoyennes.

Le chapitre un, qui amorce la première partie, est écrit par Mélanie Bédard. Il s’inscrit dans une approche sociologique de l’éducation et interroge la manière dont les conditions de scolarisation, marquées par des inégalités, préparent implicitement les élèves à devenir des citoyens. L’autrice revient sur l’organisation et les fondements du système scolaire moderne et montre comment celui-ci éduque les élèves à la communauté politique.

Le deuxième chapitre, rédigé par Sivane Hirsch, est consacré au nouveau programme CCQ. L’autrice cherche à identifier l’approche mobilisée par ce programme pour atteindre sa visée principale : amener les élèves à exercer leur citoyenneté.

Le chapitre trois de Jean-Louis Jadoulle propose une analyse des programmes et des manuels utilisés par les enseignants pour enseigner l’histoire et le programme CCQ. Le chercheur s’intéresse à la manière dont ces documents prescriptifs et didactisés articulent le passé et le présent, puis présente un nouveau concept de manuels : les manuels RESBO, pensés spécifiquement pour relier l’étude du passé à la compréhension du présent.

Le quatrième chapitre, écrit par Olivier Lemieux et Jean Bernatchez, analyse les politiques éducatives instaurées au Québec. À partir de trois études de cas, les auteurs montrent que ces politiques visent à renforcer la participation des élèves à la gouvernance scolaire et à les familiariser avec les principes et modalités de la démocratie.

Dans le chapitre cinq, Olivier Lemieux et Catinca Adriana Stan examinent les tensions entre nationalisme et multiculturalisme, deux référentiels identitaires qui caractérisent la société québécoise. S’appuyant sur le cadre théorique de Muller (2000), les auteurs repèrent la présence d’idéologies identitaires dans un corpus de mémoires issus de consultations publiques et de documents officiels du ministère de l’Éducation, qui portent sur l’élaboration des programmes scolaires.

Le chapitre six, rédigé par Margarida Romero, propose une réflexion sur les enjeux citoyens liés à l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) en éducation. L’autrice cherche à déterminer les usages pertinents et éthiques à privilégier dans le cadre d’activités éducatives soutenues par l’IA.

La première partie se clôt par le chapitre sept, rédigé par David Lefrançois et al., dans lequel six auteurs portent un regard critique sur le programme d’éducation financière et sur le matériel pédagogique qui y est associé. Les auteurs soutiennent que ce programme, pourtant issu du domaine d’apprentissage des sciences humaines et sociales, néglige d’aborder les enjeux financiers controversés, notamment ceux liés aux inégalités de genre.

Le chapitre huit ouvre la seconde partie de l’ouvrage. Catinca Adriana Stan et Enkeleda Arapi y présentent deux projets éducatifs : le projet Partageons l’histoire, et le projet d’une école Montessori dans lequel les élèves rédigent les récits de vie de résidents du Mont Champagnat, une résidence pour aînés. L’analyse de ces expériences permet aux autrices de rendre compte des apports possibles de ce type de démarche sur le développement de la conscience citoyenne des élèves.

Le chapitre neuf, rédigé par Anne-Marie Paquet, décrit une recherche-action menée en sixième année du primaire. De l’écriture d’un projet de loi par les élèves, jusqu’à la présentation de ce projet sous la forme d’une conférence de presse, cette expérimentation montre comment l’éducation politique peut être placée au centre des apprentissages.

Dans le chapitre dix, Claire Godin et Danielle Savoie, cofondatrices de l’organisme Les ateliers d’Emma, présentent deux activités de tissage et de feutrage réalisées dans des écoles de la Péninsule acadienne. Elles démontrent que ces pratiques manuelles créent un espace communautaire propice au dialogue générationnel et intergénérationnel, tout en favorisant l’acquisition de compétences par la résolution de problèmes (learning by doing).

Le chapitre onze, signé par Véronique Charlebois, enseignante d’histoire, relate un projet d’exploration du patrimoine par les élèves. L’autrice montre comment ce projet, en plus de renforcer les liens entre les citoyens, est devenu un moyen pour la communauté elle-même de devenir actrice de la production de son propre récit historique.

Le douzième chapitre, écrit par Olivier Michaud et Mathieu Gagnon, examine la contribution de la philosophie avec les enfants à l’éducation citoyenne. Les auteurs concluent que la pratique de la philosophie, si elle ne permet pas d’atteindre une citoyenneté complète, apparaît en revanche comme une approche unique menant les élèves à développer les caractéristiques essentielles du citoyen d’une démocratie.

Dans le chapitre treize, Jean Danis présente une approche culturelle d’enseignement à travers le cours Monde contemporain de cinquième secondaire. Le doctorant montre que cette approche permet aux élèves de développer leur capacité à s’approprier le monde politique et à lui donner du sens.

Enfin, la dernière contribution est celle de Raphaël Gani, qui rend compte de la conception de la citoyenneté développée par le chercheur et professeur autochtone Dwayne Ronald. Une vision qui se distingue de celle du programme CCQ, insistant sur les relations entre les humains et avec la nature.

Forces et limites de l’ouvrage

Une des principales forces de cet ouvrage réside dans la diversité des profils de ses auteurs. En mobilisant des universitaires, des enseignants et des acteurs du milieu éducatif, le collectif aborde la question de l’éducation citoyenne et la place qu’y occupe la culture sous plusieurs angles. La voix donnée aux praticiens, et non seulement aux chercheurs, renforce l’originalité de l’ouvrage. La promesse d’apporter des « regards croisés » est donc tenue.

De plus, s’inscrivant au croisement de plusieurs champs de recherche, l’ouvrage enrichit la littérature scientifique en interrogeant la place de la culture et le rôle de l’éducation citoyenne dans le contexte québécois. Il constitue ainsi un outil pertinent pour les chercheurs, les enseignants, mais aussi pour toutes les personnes intéressées par les enjeux de culture et de citoyenneté qui souhaitent penser (ou repenser) l’éducation.

Parmi les limites, on note que les analyses demeurent centrées sur le contexte québécois. Ceci a pour effet de limiter la portée de la réflexion à d’autres contextes éducatifs et par extension, la portée internationale de l’ouvrage.

Une autre limite réside dans le fait que plusieurs études s’appuient sur le programme CCQ, dont l’implantation obligatoire dans les classes ne date que de la rentrée 2024. L’ouvrage ayant été publié en 2025, les analyses proposées reposent donc davantage sur des projections et des interprétations initiales que sur des observations empiriques. Si le livre offre quelques études préliminaires sur le programme et le matériel didactique associé, ces pistes gagneront à être confirmées et approfondies par de futures recherches, portant sur les pratiques réelles en classe.