Abstracts
Résumé
Dans la plupart des pays ayant criminalisé les violences conjugales, la question des agressions dites « réciproques » se pose. Dénoncées par des spécialistes féministes, ces situations correspondent souvent à des gestes réactifs d’autodéfense de la part des femmes. Pourtant, qualifier pénalement la légitime défense demeure une tâche complexe. En France, des femmes condamnées pour violences au sein du couple peuvent être obligées de réaliser des stages de responsabilisation pour auteurs de violences conjugales (RAVC). Cet article présente les résultats d’une enquête qualitative exploratoire basée sur 23 entretiens, avec des professionnels et professionnelles sociojuridiques (n = 18) en lien avec ces mesures ainsi qu’avec des femmes victimes (n = 5) ayant reçu une convocation pour y participer en tant qu’auteures. Leurs récits révèlent les effets de la victimisation secondaire subie, exemple paradigmatique des violences de genre institutionnelles. Quant aux professionnels, la mixité dans les stages semble être à l’origine d’un certain « malaise » qui pourtant coexiste avec des discours prônant la neutralité du droit face aux violences conjugales.
Mots-clés :
- Violences conjugales,
- coauteurs,
- rapports de genre,
- stages de responsabilisation/mesures alternatives aux poursuites,
- légitime défense
Abstract
In most countries where domestic violence is criminalized, the question of so-called mutual abuse arises. These situations, which are denounced by feminist specialists, often correspond to reactive acts of self-defence on the part of women. However, the task of qualifying such acts of self-defence under criminal law remains complex. In France, women charged with domestic violence can be required to take part in programs for perpetrators of intimate partner violence. This article presents the results of an exploratory qualitative study based on 23 interviews with socio-legal professionals (n=18) involved in these measures, as well as with female victims (n=5) who have been legally considered as perpetrators, so as to understand their place within these programs and the way in which legal actors make sense of it. Their narratives reveal the effects of secondary victimization, a paradigmatic example of institutional gender violence. For professionals, mixed groups (men/women) in programs for perpetrators seems to be at the root of a certain “malaise”, which nevertheless coexists with discourses advocating the law neutrality about domestic violence.
Keywords:
- Domestic violence,
- programs with perpetrators,
- gender inequalities,
- mutual abuse,
- self-defence
Resumen
En la mayoría de países que han tipificado como delito la violencia doméstica, la cuestión de las llamadas agresiones « recíprocas » plantea grandes debates. Denunciadas por especialistas feministas, estas situaciones corresponden muchas veces a gestos reactivos de autodefensa por parte de las mujeres. Sin embargo, calificar penalmente la legítima defensa sigue siendo una tarea compleja. En Francia, a las mujeres condenadas por violencia conyugal se les puede exigir que realicen cursos de responsabilización (RAVC, por sus siglas en francés). Este artículo presenta los resultados de una investigación cualitativa exploratoria basada en 23 entrevistas a profesionales sociojurídicos (n = 18) en relación con estas medidas, así como a mujeres víctimas (n = 5) condenadas a participar como autoras de un delito de violencias. Sus relatos revelan los efectos de la victimización secundaria, un ejemplo paradigmático de la violencia institucional de género. En cuanto a los profesionales, la presencia simultánea de mujeres y hombres en los cursos RAVC parece generar un cierto « malestar » que, sin embargo, coexiste con un discurso sobre la necesaria neutralidad de la ley frente a la violencia conyugal.
Palabras clave:
- Violencia conyugal,
- relaciones de género,
- programas para agresores,
- medidas alternativas,
- legítima defensa
Appendices
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