Circuit
Musiques contemporaines
Volume 35, Number 2, 2025 Les échos de Berio Guest-edited by Terri Hron and Andrea Gozzi
Table of contents (10 articles)
Articles
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Avant-Propos – Découvrir la sensibilité bérienne
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Introduction – Présences sonores, absences résonantes
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Une composition d’images, de sons et de mots pour la télévision : C’è musica & musica de Luciano Berio
Mila De Santis
pp. 13–24
AbstractFR:
Cette contribution se propose de présenter et d’illustrer les caractéristiques générales de C’è musica & musica, un programme conçu et réalisé par Luciano Berio, en collaboration avec Vittoria Ottolenghi et sous la direction technique de Davide Mingozzi. Les douze épisodes ont été diffusés au printemps 1972, sur la seconde des deux chaînes disponibles à l’époque sur la Radiotelevisione Italiana (Rai). Qualifié par la presse de « Kolossal d’exception », en raison de l’ampleur extraordinaire des ressources humaines et financières mises à disposition par la Rai, il se voulait avant tout un programme d’information, poursuivant au moins deux objectifs majeurs : d’une part, rendre compte de l’immense richesse des positions, perspectives, contenus, genres et enjeux liés à la musique dans le monde contemporain, dans des contextes sociaux, politiques et de production variés et étendus ; d’autre part, rapprocher le public de ceux qui créent la musique et de ceux qui en vivent, qu’il s’agisse de la composition, de la direction d’orchestre, de l’interprétation vocale ou instrumentale, de l’organisation, de la critique musicale, ainsi que de l’enseignement et de l’apprentissage de la musique.
Les douze épisodes de C’è musica & musica se distinguent nettement les uns des autres par la diversité des thèmes abordés et la manière dont ils sont traités. Cependant, de nombreux éléments garantissent la cohésion de ce cycle et permettent l’établissement de réseaux de relations entre ces diversités, concrétisant ainsi l’une des thèses fondamentales : la musique n’est pas unitaire, il existe des musiques (au pluriel), qui représentent, le cas échéant, les « diverses facettes musicales d’une même société ».
EN:
This contribution aims to present and illustrate the general characteristics of C’è musica & musica, a television program conceived and directed by Luciano Berio, in collaboration with Vittoria Ottolenghi and under the technical direction of Davide Mingozzi. The twelve episodes were broadcast in the spring of 1972, on the second of the two channels available at the time on Radiotelevisione Italiana (Rai). Described by the press as an “exceptional Kolossal,” due to the extraordinary scale of the human and financial resources made available by Rai, it was intended above all as an informational program, pursuing at least two major objectives: on the one hand, to give an account of the immense wealth of positions, perspectives, contents, genres and issues linked to music in the contemporary world, in varied and extensive social, political and production contexts; on the other, to bring the public closer to those who create music and those who make a living from it, whether in composition, conducting, vocal or instrumental performance, organization, music criticism, or the teaching and learning of music.
The twelve episodes of C’è musica & musica are clearly distinguished from one another by the diversity of the themes addressed and the way in which they are dealt with. However, a number of elements ensure the cohesion of this cycle and enable the establishment of networks of relationships between these diversities, thus undeerlining one of the fundamental theses: music is not unitary, there are musics (in the plural), which represent, as the case may be, the “diverse musical facets of a single society.”
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Réverbérer la recherche électroacoustique : le centre Tempo Reale de Florence, entre histoire et actualité : entrevue avec le directeur Francesco Giomi
Andrea Gozzi
pp. 25–40
AbstractFR:
Francesco Giomi, après avoir travaillé avec Luciano Berio, a joué un rôle déterminant dans l’évolution de Tempo Reale, le centre de recherche et de création musicale fondé par ce dernier. Sous sa direction, à partir de 2008, des domaines variés tels que le live electronics, les sound studies, l’improvisation électroacoustique et l’interactivité sont devenus des axes centraux des activités du centre. Il a notamment mis en place des événements tels que le Tempo Reale Festival, qui ont permis de diffuser la musique électronique et la recherche musicale à Florence, tout en renforçant les collaborations internationales, Québec compris.
Giomi a également mis l’accent sur son rôle de professeur et pédagogue, accompagnant de jeunes compositeurs et compositrices. Sous sa direction, Tempo Reale est devenu un lieu de création unique, où se croisent diverses formes artistiques et disciplines, favorisant une approche collective de la recherche musicale. Aujourd’hui, le centre poursuit son exploration de nouveaux horizons créatifs, tout en préservant l’héritage de Berio.
EN:
After working with Luciano Berio, Francesco Giomi played a decisive role in the development of Tempo Reale, the center for musical research and creation founded by Berio. Under his direction, from 2008 onwards, various fields such as live electronics, sound studies, electroacoustic improvisation and interactivity have become central to the center’s activities. In particular, he has set up events such as the Tempo Reale Festival, which have helped to spread electronic music and musical research in Florence, while strengthening international collaborations, including in Quebec.
Giomi has also emphasized his role as teacher and pedagogue, accompanying young composers. Under his leadership, Tempo Reale has become a unique creative space, where diverse artistic forms and disciplines intersect, fostering a collective approach to musical research. Today, the center continues to explore new creative horizons, while preserving Berio’s legacy.
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Autres voix : expérimentation vocale et performance électronique à Tempo Reale
Giulia Sarno
pp. 41–56
AbstractFR:
Ce travail explore le développement des relations entre la voix et l’électronique en direct au sein du centre de recherche musicale Tempo Reale, fondé à Florence, Italie, par Luciano Berio. En commençant par un aperçu de certaines pratiques développées à la fin du xxe siècle autour des oeuvres de Berio, l’étude met en lumière un glissement progressif d’une approche plus « hiérarchique » de la composition vers un paradigme résolument collaboratif et performatif. Deux cas d’étude – Esse di Salomè (avec Sonia Bergamasco) et The Table of Earth (avec David Moss) – illustrent comment l’électronique en direct devient un outil de cocréation, façonnant la dynamique entre performeurs vocaux et performeurs électroniques. En même temps, l’analyse démontre que les pratiques expérimentées dans ces productions contribuent non seulement à redéfinir les rôles artistiques mais aussi à questionner l’identité vocale : la voix devient un espace de négociation entre singularité et altérité, entre être soi-même et devenir un autre.
EN:
This work explores the development of the relationship between voice and live electronics at the Tempo Reale music research center, founded in Florence, Italy, by Luciano Berio. Beginning with an overview of certain practices developed in the late 20th century around Berio’s works, the study highlights a gradual shift from a more “hierarchical” approach to composition to a resolutely collaborative and performative paradigm. Two case studies – Esse di Salomè (with Sonia Bergamasco) and The Table of Earth (with David Moss) – illustrate how live electronics become a tool for co-creation, shaping the dynamic between vocal and electronic performers. At the same time, the analysis demonstrates that the practices experimented with in these productions contribute not only to redefining artistic roles but also to questioning vocal identity: the voice becomes a space for negotiation between singularity and otherness, between being oneself and becoming another.
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Le gamelan mixte selon I Putu Arya Deva Suryanegara : détail d’un processus de création entre traditions balinaise et électroacoustique
Laurent Bellemare
pp. 57–74
AbstractFR:
Quelle intersection y a-t-il entre la tradition du gamelan balinais et celle des musiques électroacoustiques ? C’est la question que cherche à élucider le jeune compositeur I Putu Arya Deva Suryanegara, chef de file d’un mouvement récent de création mixte pour instruments de gamelan en Indonésie et ailleurs. Dans cet article, trois oeuvres créées à Montréal avec l’ensemble Giri Kedaton sont étudiées afin de décortiquer le processus du compositeur. Plutôt que de faire table rase, ce répertoire démontre plutôt le terreau fertile que sont les technologies numériques pour l’exploration de concepts balinais en continuité avec la tradition.
EN:
How do Balinese gamelan and electroacoustic music intersect? This is the question that young Balinese composer I Putu Arya Deva Suryanegara seeks to elucidate as de facto leader of a movement of mixed creation for gamelan instruments in Indonesia and elsewhere. In this article, four works created in Montreal with Ensemble Giri Kedaton are examined in order to unravel the composer’s process. Rather than wiping the slate clean, this repertoire demonstrates the fertile ground that digital technologies provide for exploring Balinese concepts, in continuity with tradition.
Cahier d’analyse
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La carte et le territoire : une perspective baudrillardienne sur Simulacra d’Amy Brandon
Cyprien Batisse, Émilie Girard-Charest, Samuel Housse and Louis Walin
pp. 75–93
AbstractFR:
Dans cet article, nous proposons une analyse de Simulacra (2022) pour violoncelle solo et orchestre d’Amy Brandon à travers le prisme de la pensée du sociologue français Jean Baudrillard, dont l’ouvrage Simulacres et simulations a inspiré la composition de l’oeuvre.
Nous nous intéresserons dans un premier temps, aux liens qui peuvent être tissés entre la notion de simulacre chez Baudrillard et la trajectoire de l’oeuvre, son déploiement dans le temps. Puis, dans un second temps, nous nous prêterons au même exercice par rapport à la composition des matériaux ainsi qu’à leurs sources et aux filiations dans lesquelles ils s’inscrivent.
EN:
In this article, we propose an analysis of Simulacra (2022) for solo cello and orchestra by Amy Brandon through the lens of the French sociologist Jean Baudrillard’s thought, whose work Simulacres et simulation inspired the composition of the piece.
First, we will focus on the connections that can be made between Baudrillard’s concept of the simulacra and the trajectory of the work, its unfolding over time. Then, in a second step, we will apply the same approach to the composition of the materials, as well as their sources and the filiations in which they are embedded.
Actualités
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“Best love – Ann”: Letters from Ann Southam to Rachel Browne
Tamara Bernstein
pp. 95–103
AbstractEN:
This article introduces forty letters that Toronto composer Ann Southam (1937-2010) wrote to Winnipeg-based choreographer Rachel Browne (1934-2012) between 1995 and 2003, and which Circuit is publishing on its website.
Although Browne’s letters to Southam are lost, the surviving half of the correspondence documents an artistically fruitful friendship between two major figures in Canadian music and dance. (Browne was a founding mother of contemporary dance in Canada, while Southam was a pioneer of electronic music and minimalism in Canada, as well as a prolific and gifted composer of music for dance.)
Feminism dominates the correspondence, in which we see both women striving to create woman-centred art and lives. The article also comments on their shared love of nature, and contextualizes how Browne used Southam’s music in dances she was creating during this period.
The article also sketches the two women’s contrasting origins—Browne’s childhood in Philadelphia, where her Russian Jewish parents passed their socialist ideals on to her; Southam’s upper class upbringing within a prominent Canadian newspaper dynasty.
FR:
Cet article présente quarante lettres que la compositrice torontoise Ann Southam (1937-2010) a écrites à la chorégraphe de Winnipeg Rachel Browne (1934-2012) entre 1995 et 2003, et que Circuit publie sur son site Web.
Bien que les lettres de Browne à Southam soient perdues, la moitié de la correspondance qui reste témoigne d’une amitié artistiquement fructueuse entre deux figures majeures de la musique et de la danse au Canada. (Browne est l’une des mères fondatrices de la danse contemporaine au Canada, tandis que Southam est une pionnière de la musique électronique et du minimalisme au Canada, ainsi qu’une compositrice prolifique et talentueuse de musique pour la danse.)
Le féminisme domine la correspondance, dans laquelle on voit les deux femmes chercher à créer un art et une vie centrés sur la femme. L’article commente également leur amour commun de la nature et replace dans son contexte la façon dont Browne a utilisé la musique de Southam dans ses chorégraphies à cette époque.
L’article décrit également les origines contrastées des deux femmes : l’enfance de Browne à Philadelphie, où ses parents juifs russes lui ont transmis leurs idéaux socialistes ; l’éducation de Southam dans la classe aisée, au sein d’une importante dynastie médiatique canadienne.
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La relève à Montréal : un aperçu de la saison 2025-26 de Codes d’accès