Volume 3, Number 1, Winter 2026 Thème libre
Table of contents (6 articles)
Note éditoriale
Numéro libre
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Horatio Walker à New York (1885-1916) : la volonté de faire carrière entre proximité et distance
Didier Prioul
pp. 6–28
AbstractFR:
L’historiographie nous a transmis l’image d’Horatio Walker comme celle d’un artiste en harmonie avec le milieu rural de l’île d’Orléans où la figure tutélaire de Jean-François Millet n’est jamais loin. Notre objectif est d’inverser ce regard en explorant le seul milieu de vie où s’est jouée sa carrière durant plus de trente ans : l’île de Manhattan. À partir d’une analyse des lieux d’exposition, de la position singulière de Newman Montross et de l’émergence d’une critique d’art professionnelle, on voit se réaliser la volonté de Walker de réussir et de se faire un nom. Selon une dynamique complexe entre la proximité et la distance – géographique, sociale et artistique –, il occupe une place singulière dans la visibilité et le contrôle de ses oeuvres. En cela, il a bien compris que, pour faire carrière et durer à New York, l’artiste doit établir une nette distinction entre créer et commercialiser ses oeuvres.
EN:
Historiography has given us the image of Horatio Walker as an artist in harmony with the rural environment of the île d’Orléans, where the tutelary figure of Jean-François Millet is never far away. Our objective is to reverse this view by exploring the only living environment where his career was at stake for more than thirty years: the Island of Manhattan. Based on an analysis of exhibition spaces, the singular position of Newman Montross, and the emergence of professional art criticism, we see Walker’s desire to succeed and make a name for himself come true. Through a complex dynamic between proximity and distance – geographical, social, and artistic – he occupies a unique place in the visibility and control of his works. In this, he understood that to have a career and last in New York, the artist must establish a clear distinction between creating and marketing his works.
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Le Monument permanent à la mémoire des six millions de victimes juives de l’Holocauste de Marcelle Ferron : édifier une nouvelle mémoire visuelle québécoise pour la commémoration de l’Holocauste
Franck Calard
pp. 29–48
AbstractFR:
Cet article explore la création et la signification du Monument permanent à la mémoire des six millions de victimes juives de l’Holocauste, réalisé par l’artiste québécoise Marcelle Ferron en 1970 pour le siège du Congrès juif canadien à Montréal. Cette étude examine le contexte historique et social de la commémoration de l’Holocauste au Québec, ainsi que les motivations du Congrès juif canadien à choisir Ferron, une artiste non juive, pour ce projet. L’auteur analyse également les aspects symboliques et esthétiques du Monument, une verrière en verre-écran intégrant des éléments de vitrail commémoratif et religieux, et souligne sa place unique dans l’oeuvre de l’artiste. Finalement, l’article met en lumière l’importance de ce monument comme témoignage de la mémoire translatée de l’Holocauste au Québec, et comme symbole de la relation complexe et évolutive entre la communauté juive et la société québécoise.
EN:
This article explores the creation and significance of the Monument permanent à la mémoire des six millions de victimes juives de l’Holocauste, created by Quebec artist Marcelle Ferron in 1970 for the headquarters of the Canadian Jewish Congress in Montreal. This research examines the historical and social context of Quebec’s Holocaust commemoration, as well as the motivations for the Canadian Jewish Congress to select Ferron, a non-Jewish artist, for this project. The author also analyses the symbolic and aesthetic aspects of the Monument, a glass screen window incorporating elements of commemorative and religious stained-glass, and highlights its unique place in the artist’s work. Finally, the article highlights the importance of this monument as a testimony to the translation of the Holocaust in Quebec and as a symbol of the complex and evolving relationship between the Jewish community and Quebec society.
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Le champ-texte : la plénitude d’un supposé vide
Gisèle Trudel
pp. 49–64
AbstractFR:
De 2021 à 2024, quatre installations audiovisuelles immersives distinctes ont été réalisées in situ sous l’égide de la Chaire MÉDIANE. Ces installations annuelles, chacune structurée par des échafaudages et des équipements audiovisuels, ont présenté des démarches distinctes d’une recherche-création liée à l’expression artistique de données issues de capteurs placés sur les arbres et dans leur environnement immédiat. Ces données chiffrées ont été fournies et analysées en collaboration avec deux groupes scientifiques, Smartforests Canada (UQAM) et DOT-Lab (Université TÉLUQ), qui étudient les effets des changements climatiques sur des parcelles de forêts au Canada. Cet essai constitue le lieu d’émergence d’un champ-texte issu des commentaires anonymes recueillis en réponse à l’une des sept questions composant un entretien semi-dirigé. Mené en extérieur au cours des quatre installations, cet entretien visait à sonder les publics, afin de conduire à une recherche qualitative de leurs expériences et leurs connaissances.
EN:
From 2021 to 2024, four distinct immersive audiovisual installations were produced in situ by the MÉDIANE Research Chair. These annual installations, each of them built with scaffolding and audiovisual equipment, presented distinct research-creation approaches as linked to the artistic expression of the sensor-data of trees and their immediate environment. The numerical data were provided and analyzed in collaboration with two scientific groups, Smartforests Canada (UQAM) and DOT-Lab (Université TÉLUQ), which both study the effects of climate change on forest plots in Canada. This essay explores the emergence of a text field resulting from anonymous comments provided in response to one of the seven questions which constituted a semi-structured interview. It was conducted during the presentation of the artworks in outdoor spaces. The interview enabled to conduct qualitative research into the public's experiences and knowledges.
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À la rencontre de la forêt avec Henry David Thoreau et Domingo Cisneros
David Howes
pp. 65–81
AbstractFR:
Cet article présente deux modes de rencontre avec la forêt, non conventionnels et résolument sensuels : l’ascétisme esthétique du colon naturaliste emblématique Henry David Thoreau, et l’approche militante, botanique, zoologique, écologique et gastronomique de la nature sauvage défendue par l’artiste et écrivain métis Domingo Cisneros. Ce dernier a immigré du Mexique au Québec en 1968 et, entre 1974 et 1976, a notamment dirigé le Département d’art autochtone et de communication du Collège Manitou, à La Macaza, dans les Laurentides. En 2018, l’Université du Québec à Montréal lui a décerné un doctorat honorifique pour sa contribution à l’art contemporain.
Cet essai, ou « étude sensorielle », cherche à articuler une foresterie esthétique en réponse à une invitation de la Chaire de recherche du Canada en arts, écotechnologies de pratique et changements climatiques (ou MÉDIANE), dirigée par Gisèle Trudel, ainsi qu’à développer une approche ethnographique sensorielle pour interpréter la pensée arborescente et contribuer à l’avancement d’une « science du concret ».
EN:
This article lays out two unconventional and markedly sensuous modes of encountering the forest: the aesthetic asceticism of the iconic naturalist/settler Henry David Thoreau and the militant botanical/ zoological/ecological and gastronomical approach to the wilderness of the mestizo artist and writer Domingo Cisneros. The latter migrated from Mexico to Quebec in 1968 and, among other pursuits, between 1974 and 1976 directed the Département d’art autochthone et communication at Collège Manitou in La Macaza in the Laurentides region. In 2018 he was awarded an honourary doctorate by the Université du Quebec à Montreal in recognition of his contribution to contemporary art.
This article, or “étude sensorielle,” seeks to articulate an aesthetic forestry in response to an invitation from the Chaire de recherche du Canada en arts, écotechnologies de pratique et changements climatiques (ou MÉDIANE), Gisèle Trudel, to bring a sensory ethnographic approach to bear on the interpretation of la pensée arborescent, and advancement of a “science of the concrete”.
Note de recherche
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Traces de l’architecture précolombienne dans le récit historique du XIXe siècle : William H. Prescott et le mythe de l’architecture inca dans les Amériques
Bianca Natalia Sanguino Lemus
pp. 82–91
AbstractFR:
La manière dont l’histoire des Amériques et de leur architecture a été racontée influence directement l’interprétation du territoire. Les notions de primitivisme associées à l’architecture précolombienne, en contraste avec les idées de progrès liées à l’architecture européenne, trouvent leur origine dans des récits consacrés par l’histoire traditionnelle. Étant donné que l’inclusion de l’architecture précolombienne dans les textes issus de l’architecture globale est relativement récente, il est essentiel d’examiner des textes comme Histoire de la conquête du Pérou de William H. Prescott, qui éclairent la perception des cultures autochtones – dans ce cas la civilisation inca – et le mythe de la conquête au XIXe siècle, une époque marquée par le romantisme et la construction identitaire des nations américaines postérieures aux mouvements d’indépendance, coïncidant également avec la fondation des premières écoles d’architecture sur le continent.
EN:
The way the history of the Americas and their architecture has been told directly influences our interpretation of the territory. Notions of primitivism associated with pre-Columbian architecture, in contrast with ideas of progress tied to European architecture, originate in narratives consecrated by traditional history. Given that the inclusion of pre-Columbian architecture in texts on global architecture is relatively recent, it is essential to examine texts such as The History of the Conquest of Peru by William H. Prescott, which shed light on the perception of Indigenous cultures—specifically the Inca civilization—and on the myth of conquest in the 19th century, a period marked by Romanticism and the identity-building of American nations following the Independence movements, which also coincides with the founding of the first architecture schools on the continent.