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In memoriam. Robert Sévigny, un scientifique bâtisseur infatigable de ponts, professeur émérite, département de sociologie, décédé le 13 mai 2025[Notice]

  • Louis Maheu et
  • Christopher McAll

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En mai dernier, le Département de sociologie de l’Université de Montréal, la communauté des sciences sociales québécoises et canadiennes et divers milieux d’intervenants, tout particulièrement en santé communautaire, perdaient un grand allié : notre collègue Robert Sévigny. Après des études en sociologie à l’Université Laval couronnées d’un doctorat, Robert Sévigny entreprend, en 1962, une carrière d’enseignant au Département de sociologie de l’Université de Montréal, tout en suivant une formation de maîtrise en psychologie. Un cheminement qui l’amène à faire le pont entre la génération des pionniers de la sociologie québécoise — il sera, en effet, assistant de recherche de Fernand Dumont, puis de Guy Rocher et, enfin, de Jacques Brazeau — et celle des professeurs-chercheurs qui constitueront leur relève immédiate. Par ses travaux de recherche, ses enseignements et une pratique soutenue de recherche-action en sociologie et psychosociologie cliniques dans divers milieux, il gagne le statut de figure de proue de sa propre génération des sociologues québécois. Il devient aussi un véritable pilier de notre propre département, et ce, jusqu’à sa retraite, en 1996, et même au-delà. Il y implante la section des enseignements de psychosociologie consacrés notamment aux rapports complexes entre individus et société, et assume des tâches qui, souvent, tendent la main à des collaborations étroites avec des membres plus jeunes du corps professoral. Ainsi, pendant une bonne douzaine d’années, il agit comme coenseignant du cours d’introduction à la sociologie ; puis, juste avant sa retraite, il collabore avec des collègues à la refonte du séminaire général de doctorat. Il devient directeur du département et, pendant plusieurs années, dirige la revue savante des PUM animée par le département, Sociologie et sociétés, en plus de servir l’Institution à titre de membre du Comité du statut du corps professoral relevant de l’Assemblée universitaire. Son rayonnement déborde toutefois largement notre université. Ses premiers travaux portent sur l’expérience religieuse des jeunes Québécois, dont il tire un ouvrage qui reçoit bon accueil — L’expérience religieuse chez les jeunes (1971) — et dans lequel il établit les fondements de ce qui va rester sa préoccupation principale jusqu’à ses dernières publications : la reconnaissance que « l’expérience personnelle et l’expérience de la vie en société ne font qu’une ». C’est ainsi qu’il cherche à capter le sens que ces jeunes hommes donnent à la religion à un moment de changements sociaux importants. En collaboration avec notre regretté collègue Marcel Rioux et divers assistants de recherche, il s’engage ensuite dans une recherche collective sur l’aliénation dans la vie quotidienne — Aliénation et idéologie dans la vie quotidienne des Montréalais francophones (1973). Il en tire de plus un ouvrage, Le Québec en héritage (1979), dans lequel il analyse le sens que trois couples montréalais de milieux sociaux différents donnent à leur vie familiale, au travail, à la religion, aux rapports entre les hommes et les femmes, et plus largement à leur intégration dans la société. En faisant le constat qu’il n’y a aucune théorie psychologique de la personnalité sans fondement sociologique, mais que celui-ci demeure souvent occulté ou « implicite », il construit sa carrière autour de la nécessité de développer une approche psychosociologique s’inspirant des deux disciplines et rendant « explicite » cette « sociologie implicite ». Pareille orientation de recherche l’amène ultimement à créer de fertiles ponts, d’une part, avec tous les individus que rejoint sa volonté de pratiquer une sociologie clinique qui leur reconnaît le statut d’indéniable porteur de sociologie implicite et de créateur de sens. Et d’autre part, avec divers groupes d’acteurs au sein des différentes organisations où il réalise, seul ou avec d’autres partenaires, des « recherches-interventions » dans l’optique d’aider à …

Parties annexes

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