Avec la disparition de Guy Rocher à l’âge vénérable de 101 ans, la sociologie québécoise a perdu l’un de ses grands fondateurs, le 3 septembre 2025. Le monde universitaire était son habitat naturel, disait volontiers Guy Rocher : il y trouvait un milieu de vie stimulant, un lieu unique pour accomplir un travail valorisant et nécessaire. Guy Rocher a consacré près de la moitié de sa vie professionnelle à l’Université de Montréal. Le Département de sociologie a eu le privilège de le compter dans ses rangs, à divers titres sur une période de 50 ans, parmi lesquels celui de membre du Comité de rédaction de Sociologie et sociétés (1969-1990). Une vie personnelle et professionnelle aussi dense que la sienne se laisse difficilement résumer (Rocher avec Khal, 1989 ; Rocher avec Rocher, 2010). L’évocation de quelques points saillants de son oeuvre permet néanmoins d’en esquisser la trajectoire et l’horizon. Guy Rocher est né à Berthierville le 20 mai 1924. Il étudie au Collège de l’Assomption (1935-1943), où il croise pour une première fois le mouvement de la Jeunesse étudiante catholique (JEC). Hésitant entre le droit et la religion à la fin de son cours classique, il mettra un terme à son noviciat au couvent des Dominicains de Saint-Hyacinthe après seulement quelques mois (1943), pour s’inscrire à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. Il y restera une seule année (1943-1944) et s’engagera finalement à plein temps dans la JEC, dont il deviendra prestement président national (1944-1948). Il est à la recherche d’une formation intellectuelle qui lui permette de comprendre les transformations du monde qui s’opèrent sous ses yeux dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est ainsi qu’il s’inscrit à l’Université Laval en 1947, à la Faculté des sciences sociales dirigée par le dominicain Georges-Henri Lévesque. Il découvre alors la sociologie. Ce sera pour lui un véritable choc, cette discipline lui ouvrant des horizons insoupçonnés, un regard neuf sur le monde qui l’entoure. Cet étonnement le poussera à entreprendre des études doctorales au Département des relations sociales à l’Université Harvard sous la direction de Talcott Parsons. Il figurera parmi les premiers détenteurs d’un doctorat en sociologie au Québec avec une thèse intitulée The Relations between Church and State in New France during the Seventeenth Century : A Sociological Interpretation (1957). Il se découvre dans le même temps une vocation pour l’enseignement et la recherche. Il revient d’ailleurs à l’Université Laval en 1954 à titre de professeur au Département de sociologie et prendra la direction de l’École de service social en 1958. Il y mènera l’une des premières recherches subventionnées dans le domaine des sciences sociales québécoises, qui porte sur l’analyse statistique de la mobilité intergénérationnelle (de Jocas et Rocher, 1957). Il ira se familiariser avec les méthodes qualitatives auprès de Paul-Henry Chombart de Lauwe à Paris (Chombart de Lauwe, Couvreur, Rocher et al., 1958). Ainsi, c’est un sociologue chevronné que recrute le Département de sociologie de l’Université de Montréal en 1960, au tout début de ce qui sera désigné comme la Révolution tranquille. Guy Rocher en devient le premier directeur laïque, poste qu’il occupera pendant cinq ans (1960-1965). Il exercera également la fonction de vice-doyen de la Faculté des sciences sociales (1962-1967). Ces deux mandats lui permettront de poursuivre la réalisation de son ambition, une ambition venue de ses études aux États-Unis : contribuer à faire de l’université québécoise une institution d’enseignement et de recherche de premier plan. Durant cette période va se révéler le sociologue en action qu’a été Guy Rocher durant toute sa vie, soucieux d’éclairer le débat public, par d’innombrables textes, discours et …
In memoriam. Guy Rocher (1924-2025)[Notice]
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Yan Sénéchal Université de Montréal yan.senechal@umontreal.ca
Marianne Kempeneers Université de Montréal marianne.kempeneers@umontreal.ca
