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Présentation

Quand la singularité fait science : les kèzes riportes (case report) en santé mentaleAux frontières du clinique : cas rares, pratiques innovantes et savoirs émergents[Notice]

  • Emmanuel Stip

Dans la continuité de l’éditorial qui rappelle que la science « commence souvent avec une seule histoire », les histoires de cas cliniques, les kèzes riportes, réunis dans ce numéro, s’inscrivent dans cette tradition du savoir clinique construit à partir de la singularité des patients. Fait notable, plusieurs de ces rapports ont été rédigés avec la participation active d’étudiants, témoignant à la fois de la qualité des stages cliniques et de l’engagement des superviseurs dans la transmission du raisonnement clinique. Enfin, la diversité des auteurs reflète la richesse interdisciplinaire des milieux de soins en santé mentale, où de multiples perspectives contribuent à la compréhension de situations complexes. L’ensemble des cas présentés illustre la diversité et la complexité des situations rencontrées en science clinique de santé mentale. Ces observations, regroupées selon 6 axes thématiques, mettent en lumière des présentations atypiques, des comorbidités inhabituelles et des approches thérapeutiques innovantes. Les rapports de cas occupent une place importante dans la littérature médicale, car ils permettent de documenter des situations rares, de générer de nouvelles hypothèses cliniques et de soutenir l’apprentissage des cliniciens. Quand la revue Santé mentale au Québec a lancé le concours, nous avons été agréablement surpris de la qualité clinique et des sources géographiques des auteurs et autrices : Montréal, Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec, Pakistan, Émirats arabes unis. Un double jury a pu être constitué : d’abord celui qui fut composé des réviseurs classiques d’une revue scientifique avec comité de pairs et ensuite celui chargé de classer 3 gagnants, récompensés au cours du colloque pour le cinquantenaire du journal. Nous remercions tous les juges du concours ayant pris le temps d’évaluer plus d’une vingtaine de manuscrits anonymes : Laurent Elkrief, Naoufel Gaddour, Louis Jehel, Laurence Laneuville, François Lesperance, Olivier Lipp, Dominic Thibault, Annie Trépannier et Patrizia Villotti. Les critères figurent dans le Tableau 1. En évoquant d’abord le corps, plusieurs cas illustrent l’interface complexe entre neurologie, médecine interne et psychiatrie. Une présentation neuropsychiatrique atypique chez une personne âgée s’est révélée être liée à une épilepsie temporale, rappelant l’importance d’un raisonnement diagnostique longitudinal (Mysak et al., 2026). D’autres observations soulignent les manifestations psychiatriques de pathologies médicales ou iatrogènes, notamment une encéphalopathie induite par le métronidazole accompagnée d’une symptomatologie maniaque, un syndrome sérotoninergique associé à la trazodone, ainsi qu’une myocardite associée à la clozapine compliquée par un syndrome de Brugada (Vincent-Tremblay et al., 2026 ; Do et al., 2026 ; Maheu et al., 2026). Deux cas de catatonie chez des personnes âgées – l’un après un accident vasculaire cérébral et l’autre dans le contexte d’une maladie d’Alzheimer – illustrent également les défis diagnostiques et thérapeutiques à l’interface de la neurologie et de la psychiatrie (Yu et al., 2026 ; Cossette-Lefebvre et al., 2026). Plusieurs cas mettent en évidence des manifestations psychotiques inhabituelles. Une présentation schizo-obsessive souligne la coexistence de symptômes de schizophrénie et de trouble obsessionnel-compulsif, remettant en question les frontières nosographiques classiques (Yusuf et al., 2026). D’autres observations décrivent des formes rares ou peu documentées de phénomènes délirants, notamment la coexistence d’un syndrome d’Ekbom avec une schizophrénie (Racine-Prudhomme et al., 2026). Si la psychopathologie classique nous a surtout légué les délires de filiation, où le sujet se découvre volontiers des ascendants imaginaires prestigieux ou royaux – conviction délirante consistant à se croire issu d’une famille autre que la sienne –, la clinique contemporaine rappelle que l’imagination délirante peut parfois quitter les arbres généalogiques pour investir des territoires nettement plus corporels, au point que l’intitulé du cas pourrait d’abord sembler relever d’une simple coquille typographique. Ainsi, l’un des cas rapporte l’histoire d’une femme présentant des hallucinations cénesthésiques à contenu de « …

Parties annexes