Yves Lecomte nous a quittés il y a quelques semaines. Cofondateur de la revue Santé mentale au Québec, il en est demeuré l’âme jusqu’à ces dernières années. C’était un ami, un collègue et un bâtisseur comme le Québec en a façonné il y a quelques décennies. Ph. D. en psychologie, M.A. en criminologie, Yves Lecomte a travaillé à titre de psychologue au Centre hospitalier Saint-Luc, département de psychiatrie, de 1973 à 2000. Depuis l’an 2000, il a été professeur titulaire au programme de santé mentale (DESS) de la TÉLUQ, et il en a assumé la direction de 2013 à 2016. Yves Lecomte, le psychologue, a profondément marqué le paysage de la psychiatrie communautaire au Québec. Après ses études en sociologie, criminologie et psychologie, il a consacré près de trois décennies au Centre de santé mentale communautaire de Montréal, devenu la Clinique externe de l’Hôpital Saint-Luc. Cet Hôpital s’est fondu avec brio dans la création du CHUM. Par la fenêtre de mon bureau au JAP, j’avais vu la démolition étage par étage du bâtiment avant l’érection d’un édifice moderne désormais intégré au nouveau CHUM ; et nombre de fois je pensais à tous ces bienfaits cliniques et communautaires qui reflétaient l’investissement et la générosité de ce pionnier de la psychiatrie communautaire. Animé par une démarche psychodynamique et concrète, il a coordonné la création de ressources essentielles telles que la Communauté thérapeutique La Chrysalide, Le Mutant, le Centre de soir Denyse Massé, Le Transit et le projet PART. Grâce à son action visionnaire, il a contribué à bâtir un modèle de soins en santé mentale centré sur la proximité, la créativité, et l’accueil humain – bien avant que ces valeurs ne deviennent des standards (Lecomte, 1986, 1996, 2007). Animé d’une volonté de partage et de transfert des connaissances, Yves Lecomte a cofondé et dirigé pendant près de 40 ans la revue Santé mentale au Québec, dès sa naissance en 1976, ainsi que les revues Filigrane et Revue haïtienne de santé mentale (Lecomte 2012). Il a lui-même exprimé cette mission comme un « combat contre les diverses inégalités dont sont victimes les personnes affligées par des difficultés psychiques ». La revue Santé mentale au Québec s’est imposée comme une oeuvre collective, fidèle aux valeurs du mouvement de psychiatrie communautaire, écho d’une époque où « les slogans révolutionnaires étaient encore possibles ». Il a fait aussi indexer notre revue dans Medline. Son style était ouvert, privilégiant la diversité des voix et des disciplines : la revue accueillait auteurs et autrices venus des milieux communautaires, universitaires, institutionnels – un vibrant reflet de son engagement à faire « renouveler les savoirs » et à rester à l’écoute du terrain. Nous avions un comité de rédaction dynamique avec des volontaires engagés. On se réunissait tous les mois comme des militants joyeux pour décrire les articles reçus, et aider les auteurs potentiels. Autour d’un bon petit repas dans les locaux communautaires du Plateau rue Boyer puis à la TELUQ. Ce souci d’inclusion et de transmission l’a aussi conduit à assurer la direction du DESS en santé mentale à la TÉLUQ, mettant l’accent sur une formation ancrée dans la réalité clinique, tout en utilisant les nouvelles technologies. Son style humain, chaleureux et généreux, faisait de lui un rassembleur, un bâtisseur humble qui préférait partager le mérite. Son intérêt ou son amour pour Haïti (Ayiti cheri) nous avait fait postuler pour des subventions au Fédéral et à la Fondation Bill Gates. Nous avions ainsi l’opportunité d’aller donner des formations en santé mentale a Port-au-Prince pour l’Université d’État. Son lien avec le Département universitaire de psychiatrie …
Parties annexes
Bibliographie
- Aird, G., Lecomte, Y. et Robitaille, M. (1976). Psychiatrie de secteur : 10 ans après. Santé mentale au Québec, 1(1), 26-53.
- Lecomte, Y. (1986). Le système de soutien communautaire : hypothèse pour une réforme des services en santé mentale. Santé mentale au Québec, 11(1), 5-18.
- Lecomte, Y. (1991). Les mécanismes d’adaptation des malades mentaux chroniques à la vie quotidienne. Santé mentale au Québec, 16(2), 99-120.
- Lecomte, Y. et Mercier, C. (1994). Les chercheurs : à l’interstice des réseaux institutionnel et communautaire ? Santé mentale au Québec, 19(1), 9-18.
- Lecomte, Y. et Mercier, C. (2005). The stress process perspective and adaptation of people with schizophrenia : An exploratory study. Social psychiatry and psychiatric epidemiology, 40(2), 139-148.
- Lecomte, Y., Stip, E., Caron, J. et Renaud, S. (2007). Une étude exploratoire de l’adaptation de personnes souffrant de schizophrénie. Santé mentale au Québec, 32(1), 137-158.
- Lecomte, Y. (2012). 37 ans plus tard : une aventure sous le signe d’un combat. Santé mentale au Québec, 37(2), 7-19.
- Nguyen, A., Prud’homme, M. et Lalonde, M. (2015). Mesi ampil, ayiti. Santé mentale au Québec, 40(2), 331-333.
- Stip, E., Caron, J., Renaud, S., Pampoulova, T. et Lecomte, Y. (2003). Exploring cognitive complaints in schizophrenia : the subjective scale to investigate cognition in schizophrenia. Comprehensive psychiatry, 44(4), 331-340.
- Stip, E. (2021). Le vin et la psychiatrie – Questions alimentaires et gastronomiques. L’Harmattan. Paris.

