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Recensions

Ben-Porath, S. (2023). Cancel wars: How universities can foster free speech, promote inclusion, and renew democracy. University of Chicago Press[Notice]

  • Éric Léger

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  • Éric Léger
    Université du Québec à Montréal

Le livre Cancel wars de Ben-Porath s’inscrit dans la série d’ouvrages portant sur les périls allégués que vivrait l’université en ce qui a trait à la liberté d’expression. L’ouvrage s’inscrit dans le contexte de la présidence Biden aux États-Unis et semble agir autant en matière de commentaire sur l’administration Trump qui la précédait que de mise en garde pour celle qui suivra. Dans l’introduction de son livre, Ben-Porath établit ses ambitions : examiner les luttes autour des limites de la liberté d’expression afin de défendre le rôle actif que les établissements d’enseignement supérieur peuvent jouer pour combler les divisions politiques et contribuer à inverser le déclin démocratique (p. 1). En effet, l’idée centrale de ce livre s’articule autour du fait que les États-Unis, ainsi que d’autres démocraties occidentales, font face à une polarisation croissante. Pourtant, l’historique du problème présenté par l’auteure est peu convaincant. Par exemple, son pilier argumentaire principal repose sur la perte de confiance civique liée aux enjeux de polarisation. Elle avance que les universités sont principalement concernées puisqu’elles offrent des « contextes sociaux où les personnes de divers milieux, idéologies et identités passent du temps ensemble » (traduction libre, p. 15). Ensuite, elle souligne les limites de ce contexte qui s’inscrit dans une stratification des classes sociales. Ainsi, l’argumentaire tombe à l’eau puisque l’institution elle-même empêche une pluralité des voix et renforce les inégalités. Du point de vue historique, elle se demande si la menace à la liberté d’expression pour le milieu universitaire a déjà été aussi grave. L’existence du racisme systémique qui marque l’histoire du pays apporterait selon elle une réponse positive à cette question, mais ce qui démarquerait notre époque serait la nouvelle forme de polarisation créée par l’entremise des réseaux sociaux ainsi que les médias d’extrême droite. Les exemples de polarisation que Ben-Porath propose pointent effectivement dans cette direction : des conférenciers racistes et sexistes invités au nom de l’inclusion des points de vue conservateurs et de droite dans les universités. Dans le chapitre deux du livre, Ben-Porath rejette trois voies souvent proposées pour établir une base commune de savoir en démocratie : distinguer clairement les faits des opinions, s’en remettre à des experts ou technocrates, ou compter sur la confiance du public envers les institutions. Elle soutient plutôt que le projet démocratique des universités est à la fois intellectuel et social. La confiance et le savoir partagé émergent lorsque les mécanismes habituels de recherche (échange d’idées, expertise, production de savoir) sont complétés par des dimensions sociales comme l’amitié, le dialogue entre personnes aux opinions divergentes et l’engagement civique. Le chapitre trois traite de la relation entre préjudices et parole, en critiquant l'assimilation des discours nuisibles à la violence. Ben-Porath y approfondit le concept de cancel culture et plaide pour un dialogue fondé sur l’inclusivité et la négociation, où tous les points de vue peuvent être exprimés. Elle distingue le préjudice, lié au ressenti, du méfait, qui constitue une atteinte aux droits d’autrui. Seuls les méfaits devraient être sanctionnés, tandis que les préjudices devraient être abordés par le dialogue. Elle propose que les universités instaurent des mécanismes de réconciliation pour préserver un climat d’apprentissage. Les chapitres quatre et cinq proposent des moyens concrets pour favoriser les habitudes démocratiques de la maternelle à l’université. Ces deux chapitres sont sans aucun doute les plus éclairants du livre. Situé dans la pensée de Dewey, Ben-Porath entrevoit les institutions éducatives comme des laboratoires où la démocratie doit être apprise, pratiquée et renforcée. Pour ce faire, les étudiants doivent être prêts à collaborer avec les groupes d’identités différentes. En somme, si le livre contribue à apporter certaines pistes permettant …

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