Certaines fonctionnalités et contenus sont actuellement inaccessibles en raison d'une maintenance chez notre prestataire de service. Suivez l'évolution

Comptes rendus

Martin Geoffroy et Marc Imbeault, La montée de l’extrême droite au Québec (2010-2020), 2025, Presses de l’Université Laval, 262 p.[Notice]

  • Vincent Boucher

…plus d’informations

En présentant les racines profondes de l’extrême droite et de son évolution, l’ouvrage soulève plusieurs questions importantes. L’objet et l’objectif du livre sont clairs : démystifier un phénomène grandissant, en mutation perpétuelle, complexe et aux multiples visages, en essayant d’en brosser le portrait sociohistorique. Il présente de manière convaincante la prolifération et les changements importants de l’écologie des extrêmes de la droite au Québec dans les dernières décennies, avec comme point focal de l’analyse la période charnière des années 2010 à 2020, reconnue à juste titre comme celle qui marque leur accélération. L’ouvrage mobilise, et s’insère dans, une littérature foisonnante en y apportant sa propre contribution. Les auteurs et autrices rendent bien compte de l’importance d’évènements clés du 21e siècle au Québec tels que la commission Bouchard-Taylor et la Charte des valeurs québécoises, lesquels auront rallié les groupes et groupuscules d’extrême droite. Certains chapitres et passages touchent un peu brièvement au coeur du sujet, et se déportent quelque peu vers des facteurs historiques en laissant de côté des apports contemporains tangibles. Ces apports, avec un bon portrait de leur manifestation et de leurs liens contemporains, auraient pu nourrir l’analyse et enrichir la contribution de l’ouvrage, qui survole quelquefois trop rapidement ces retours vers la thèse initiale et le portrait d’une montée des extrêmes de la droite au Québec. Le recueil évoque implicitement plusieurs changements sociaux notés dans la littérature sur ces extrêmes au Québec et ailleurs. Il confirme une pluralité de natures et de trajectoires présentes chez ces acteurs, groupes et groupuscules, ainsi que dans leurs mouvances entre idéologies et affiliations, s’inscrivant bien en écho d’ouvrages contemporains comme celui de Leman-Langlois, Tanner et Campana, The Great Right North : Inside Far-Right Activism in Canada (McGill-Queen’s University Press, 2024). L’ouvrage propose aussi plusieurs considérations importantes sur le rôle du web et du numérique dans l’écologie de la droite, en tant qu’espace, outil d’activisme, de marketing et de socialisation. C’est un élément, dans un monde et des écologies en flux, que l’on gagnerait à expliciter encore plus. On reconnaît dans le champ de la recherche l’importance et la nature changeante du numérique ainsi que de notre relation avec ce dernier. Une littérature existe à cet égard, mais elle est trop peu développée pour des analyses localisées, comme celles portant sur les dynamiques et espaces digitaux québécois. L’ouvrage présente bien cette dimension du phénomène, particulièrement dans les chapitres proposant des études de cas consacrées à la Meute et aux Citoyens Souverains. Le sujet aurait mérité une attention plus poussée pour en éclairer la situation, l’évolution et les usages, et à défaut de lui consacrer un chapitre, aurait pu être traité plus explicitement en tandem avec les thèmes abordés à propos des relations transnationales des groupes, mouvements et idéologies abordés par les auteurs. L’internationalisation des droites extrêmes canadiennes et québécoises est bien couverte dans l’ouvrage, qui souligne entre autres l’instabilité de ces groupes et la difficulté qu’ils éprouvent à concilier idéologie, participation, adhésion et une durabilité soutenue, non pas dans l’isolement mais en relation, et en fonction des réalités sociales internes et externes auxquelles ils sont confrontés. Les chapitres portant sur les soldats d’Odin, sur la Meute, et sur les Citoyens Souverains au Québec sont très instructifs à cet égard. Justifié à la fois en introduction et en conclusion de l’ouvrage, le choix des racines sociohistoriques explorées est pertinent. Vu la prolifération et l’internationalisation de la droite extrême, l’étude de cette constellation québécoise des extrêmes de la droite aurait pu être approfondie, théoriquement ou empiriquement, en relation avec d’autres. On a présenté ailleurs, par exemple dans l’ouvrage d’Abrahamsen et al. , World of …

Cadenas

L’accès à cet article est réservé aux institutions et personnes abonnées, seul le résumé ou un extrait est affiché.

Consultez nos options d’accès pour obtenir plus d’informations.

Options d’accès