Dans Égalité, fécondité et maternité. Le soutien aux familles au Québec, Sophie Mathieu explore la façon dont les politiques québécoises en matière d’égalité entre hommes et femmes en regard de la parentalité depuis 1960 influencent la fécondité des femmes. Celle-ci a en effet fluctué dans les dernières décennies au gré de la mise en place des politiques, qui n’ont pourtant pas réussi à combler totalement le manque d’outils disponibles pour les familles. La baisse du nombre de naissances constatée au Québec depuis la pandémie de COVID-19 amène donc à s’interroger sur les facteurs ayant conduit à cette situation, que ce soit sur le plan micro, avec la situation financière des familles et son impact sur les projets, ou sur le plan macro, avec la législation sur l’avortement ou la laïcisation de la société. Sophie Mathieu interroge deux concepts souvent utilisés dans la littérature de ce champ de recherche, soit la démarchandisation du travail et la défamiliarisation des soins. Ils sont, en effet, insuffisants pour prendre en compte de façon fidèle et réaliste le vécu maternel, notamment sur le plan économique. Les théories de l’égalité des sexes mobilisées échouent souvent à l’analyser, ce que l’autrice explique par la prédominance de la valeur d’égalité sur la valeur d’équité au Québec. Elle analyse donc l’évolution de la fécondité des femmes entre 1960 et 2010 en étudiant les dynamiques intrafamiliales, notamment en ce qui concerne la répartition des tâches au sein du foyer, et mobilise le concept de dématernalisation des soins « associé à un haut niveau d’égalité entre les sexes » (p. 59). Ce nouvel outil constitue un apport certain car il permet ainsi d’envisager une répartition plus collective des tâches parentales, tant au niveau institutionnel (transfert des tâches à des services, comme des services de garde) qu’au niveau de la famille (répartition des tâches au sein du foyer). L’ouvrage souligne la volonté du Québec de soutenir la natalité et d’investir dans l’enfance, une volonté partagée par le Canada. Toutefois, il existe un exceptionnalisme québécois, notamment dans l’approche qualifiée d’inclusive et l’implantation de deux mesures principales de soutien aux familles : l’accessibilité des services de garde, et un régime de prestations familiales parentales. La fécondité a fluctué au gré des réformes, diminuant à la fin du 20e siècle, se maintenant à compter de 2005 malgré le taux d’emploi des femmes, et enfin déclinant en 2020. Or, il semblerait que l’on puisse rapprocher ces chiffres de l’évolution du positionnement québécois sur l’égalité entre hommes et femmes; elle aurait eu un effet négatif sur la fécondité à la fin du 20e siècle, et aurait contribué au maintien de la fécondité au début du 21e siècle. Elle en conclut que la fécondité des femmes pâtit de la montée de l’égalité entre hommes et femmes, et que malgré la mise en place de politiques de soutien, il subsiste au Québec des angles morts et des limites. Le manque d’autonomie financière de la province dans la mise en place du soutien financier et sa dépendance au Canada, la proportion de familles recevant des prestations très faibles, voire inexistantes, la difficulté à concilier travail et maternité malgré la volonté de promotion de l’égalité, la privatisation des services de garde et la tension dans ce secteur sont autant de facteurs impactant négativement la fécondité. De plus, « ce ne sont pas tous les services, les initiatives, les prestations et les lois liés à l’égalité entre les sexes qui mènent à une dématernalisation des soins et, par ricochet, à une montée de la fécondité » (p. 195). Cet ouvrage souligne donc le lien entre les choix politiques …
Sophie Mathieu, Égalité, fécondité et maternité. Le soutien aux familles au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2023, 224 p.[Notice]
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Charlotte Sannier-Bérusseau
Université Laval
charlotte.sannier-berusseau.1@ulaval.ca
