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Réplique

En guise de réponse à Antoine Rignault[Notice]

  • Julie Francoeur

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Je me réjouis que mon ouvrage ait suscité un débat intellectuel dans Recherches sociographiques. La critique d’Antoine Rignault, doctorant en anthropologie à l’Université de Montréal, intitulée « La modernisation agricole a-t-elle dégradé la situation des femmes en agriculture? », soulève des questions importantes qui appellent certaines clarifications théoriques nécessairement absentes d’un ouvrage destiné au grand public. Cette critique remet en question la pertinence d’une grille de lecture écoféministe appliquée à l’agriculture, établissant une parenté entre mon travail et « la désormais foisonnante littérature écoféministe » fondée sur le principe selon lequel « la domination de la nature aurait partie liée avec la domination des femmes ». Cette interprétation, bien que compréhensible au regard de certains éléments présentés dans l’ouvrage, mérite d’être nuancée. Il convient de rappeler que l’écoféminisme est un courant légitime, qui a la particularité d’être à la fois un mouvement social qui cherche à transformer les relations de genre et les rapports à la nature, et une théorie qui analyse ces relations pour comprendre les racines de la domination et de l’oppression (Mies et Shiva, 1993). Or constater que des liens existent historiquement et socialement entre les femmes, l’agriculture et l’environnement – que ce soit dans la littérature universitaire ou dans les discours militants – n’équivaut pas nécessairement à mobiliser un cadre d’analyse écoféministe. Cette distinction fondamentale entre objet d’étude et position théorique semble cependant échapper à l’auteur, qui confond l’observation de phénomènes sociaux avec l’adhésion aux grilles d’interprétation qu’il dénonce. Cet amalgame le conduit d’ailleurs à juger mes choix méthodologiques comme étant au service d’un supposé « mantra écoféministe », formulation qui non seulement disqualifie mon analyse, mais réduit également la complexité de la thèse développée par Carolyn Merchant (1980), historienne de l’environnement reconnue pour ses travaux sur les relations entre humanité et nature, à un narratif pour le moins caricatural. L’analyse que je propose dans Sortir du rang s’inscrit dans une autre tradition sociologique. Mon ouvrage présente certes certains discours écoféministes émergents (chapitre 3), mais il les aborde dans la continuité analytique des chapitres précédents, les analysant avant tout comme l’expression de rapports sociaux de sexe spécifiques au modèle agricole productiviste. En ce sens, il emprunte moins à l’écoféminisme qu’à une sociologie féministe matérialiste des rapports sociaux de sexe (voir notamment Delphy, 2015 [2003, 2004], 2013 [1998]). Cette approche théorique examine précisément la manière dont les structures sociales – au premier rang desquelles l’exploitation familiale – ainsi que les pratiques sociales matérielles – notamment la reconnaissance salariale, la propriété et la prise de décision – façonnent différemment les expériences masculines et féminines dans le secteur agricole. Dans cette perspective analytique, la division sexuelle du travail est considérée comme un facteur déterminant dans la production et la reproduction concrètes de la domination masculine et, par extension, de ce qu’on appelle aujourd’hui « les inégalités de genre ». Je me limiterai aux principales critiques qui m’ont été adressées, espérant que ces clarifications permettront de recentrer le débat sur les enjeux véritablement soulevés par cette recherche. Dès l’intitulé, l’auteur de la critique conteste l’idée selon laquelle la modernisation agricole aurait « dégradé » la situation des femmes en agriculture et juge « malhonnête » de lui attribuer tous les maux (sans préciser lesquels). Plus encore, il me soupçonne d’idéaliser la situation antérieure des femmes et de croire en un « âge d’or féministe », thèse que j’avancerais par ailleurs « au prix de la disqualification de spécialistes de la question paysanne qui, de Bourdieu à Tchayanov en passant par Gérard Bouchard, auraient négligé la mainmise des femmes dans ce type d’organisation sociale ». Précisons d’abord …

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