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Comptes rendus

Alain-G. Gagnon, Le devenir des nations. De la tradition pacifiste au fédéralisme multinational, Québec, Presses de l’Université Laval, Coll. Prismes, 2024, 610 p.[Notice]

  • Simon Langlois

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Alain-G. Gagnon est le chef de file de l’École québécoise du fédéralisme multinational. Il a produit une oeuvre de grande envergure en publiant comme auteur ou comme éditeur des dizaines d’ouvrages et des centaines d’articles ou chapitres de livres sur le fédéralisme. Bon nombre de ses contributions ont été traduites dans des dizaines de langues, notamment celles de pays où les rapports entre nations majoritaires et minoritaires posent des problèmes et des défis quotidiens. Le projet intellectuel de Gagnon consiste à définir les contours normatifs et politiques du fédéralisme multinational, précisé par contraste avec le fédéralisme territorial à l’américaine qui sert de référence dominante à cette forme d’arrangement constitutionnel. Son objectif est ambitieux car il s’agit de « repenser la culture fédérale » (p. 322). Sa pensée a été élaborée dans trois livres – Au-delà de la nation unificatrice : un plaidoyer en faveur du fédéralisme multinational (2007), L’âge des incertitudes : essais sur le fédéralisme et la diversité nationale (2011) et Le choc des légitimités (2021) – qui ont été réunis par Félix Mathieu et Dave Guenette dans un seul ouvrage de presque 600 pages comprenant un bref épilogue de l’auteur. Ayant travaillé sur la question nationale québécoise dans une perspective sociologique, j’avais lu avec intérêt ces livres au moment de leur parution et je tenais à les relire tous ensemble avec en tête le projet de confronter la perspective normative de Gagnon (c’est ainsi qu’il qualifie son projet intellectuel) sur le fédéralisme avec la réalité sociologique contemporaine du Canada et du Québec. Alain-G. Gagnon a mis à profit les travaux de juristes, de philosophes politiques, de sociologues et politologues et de comparatistes dans son analyse du fédéralisme. On trouvera aussi dans cet ouvrage de synthèse un bref rappel des positions de plusieurs institutions internationales sur les minorités nationales, sans oublier l’apport d’un grand nombre de chercheurs venant de différents pays aux débats sur le vivre-ensemble. L’érudition de l’auteur mérite d’être soulignée. La bibliographie qui accompagne les trois ouvrages rassemblés dans ce triptyque est impressionnante et constitue une importante source documentaire sur la question du fédéralisme tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. Je résume d’abord à grands traits le fil rouge qui caractérise les intentions de son auteur. Ces trois livres constituent un vaste plaidoyer en faveur d’une conception multinationale du fédéralisme. Gagnon s’est manifestement inspiré de l’expérience québécoise et canadienne en cherchant par quelles voies peuvent coexister plusieurs nations au sein d’un même État, un cas de figure largement répandu partout sur la planète. Sa pensée se démarque de la tradition américaine du fédéralisme qui consiste à établir des ressorts institutionnels dans un système de poids et contrepoids entre les diverses composantes au sein d’un État. Gagnon est critique du « modèle normatif moniste » qui inspire le fédéralisme de type américain. « L’image dominante du fédéralisme en politique comparée a donc été définie en termes territoriaux, faisant des États-Unis la référence principale » (p. 56). Gagnon caractérise le fédéralisme multinational en l’appuyant sur les principes de la non-subordination et du partenariat équitable entre plusieurs composantes nationales cohabitant historiquement. Le fédéralisme multinational apparaît « comme la voie optimale pour la gestion des conflits communautaires et pour l’affirmation des identités collectives » (p. 9) et il vise à aménager la plurinationalité alors que le fédéralisme territorial gomme les différences ethnoculturelles et fait la promotion de politiques gouvernementales uniformisantes. Le fédéralisme multinational fait la promotion de l’équité de traitement entre les groupements minoritaires et majoritaires alors que le fédéralisme territorial privilégie le traitement identique entre les individus au sein de l’État-nation, ce dernier conduisant à accentuer la domination de …

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