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Comptes rendus

Yves Lever, Anastasie ou la censure du cinéma au Québec, Québec, Septentrion, 2008, 323 p.[Notice]

  • Yves Laberge

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  • Yves Laberge
    Sociologue, Université Laval.

Certains auteurs travaillent un projet de manuscrit durant toute une vie, ajoutant au fil des lectures et à petites doses un paragraphe ou quelques phrases découlant d'une observation faite au détour d'une autre recherche, ou résultant d'un heureux hasard. Par la richesse de sa documentation et la multiplicité des exemples patiemment réunis, Anastasie ou la censure du cinéma au Québec fait partie de ces livres trop rares, rédigés minutieusement, patiemment, qui regorgent de trouvailles et de documents inédits, voire inespérés. Aujourd'hui retraité de l'enseignement mais d'autant plus prolifique, Yves Lever a consacré toute sa carrière (en plus de son mémoire de maîtrise et sa thèse de doctorat) à ses recherches interdisciplinaires – toujours rigoureuses – consacrées à l'histoire du cinéma québécois. Plusieurs de ses ouvrages sont considérés comme des jalons en études québécoises. Trois de ses livres sont parus en l'espace de deux années, si l'on inclut sa participation au Dictionnaire de la censure au Québec, littérature et cinéma (avec Pierre Hébert et Kenneth Landry, 2006) et la récente monographie consacrée au producteur montréalais J. A. DeSève, qui fut en outre le fondateur de Télé-Métropole (Lever, 2008). Situées à mi-chemin entre les sciences sociales et l'histoire, les recherches universitaires sur la censure cinématographique au Québec demeurent encore relativement embryonnaires (Hébert, Lever et Landry, 2006). Même la notice sur le Québec de la très rigoureuse encyclopédie mondiale sur la censure dirigée par Derek Jones, Censorship : A World Encyclopedia (2001), ne traite pas du cinéma au Québec mais uniquement de littérature et de quelques journaux canadiens (Dov Abrahason et Hébert, dans Jones, 2001). Or, comme tous les pays durant la même période, le Québec a été un lieu propice pour le contrôle étatique des images et des contenus des films de toutes provenances. L'ouvrage examine deux types de cas : d'une part, des films venus de l'étranger ayant été interdits, coupés, ou restreints dans leur diffusion au Québec et, d'autre part, des films québécois ayant été censurés durant leur tournage ou juste avant leur sortie en salles. D'emblée, l'auteur rappelle que la censure ne signifie pas nécessairement « coupure » ou « interdiction », mais plutôt une forme de contrôle et d'évaluation effectuée par une instance qui en détient le pouvoir : « Exercée par une autorité reconnue comme légitime ou qui s'impose par sa force, la censure crée et structure le réseau d'interdits et de tabous qui contribuent à la cohésion sociale et au maintien des structures du pouvoir » (p. 9). On rappelle que la censure a existé au Québec depuis que des films y sont projetés (soit en 1896), et même auparavant dans les domaines du livre et des spectacles : « Personne ne remarque plus – et encore moins ne s'en offusque – les imprimatur ou nihil obstat, ou imprimi potest, suivies du nom de quelque abbé ou monseigneur, qui figurent obligatoirement dans les premières pages d'un grand nombre de publications » (p. 10). À part chez quelques intellectuels, cette idée d'une censure nécessaire était considérée comme « normale » : « Quand le cinéma arrive au Québec, dès 1896, l'idée de censure est parfaitement intégrée dans l'esprit de tous les citoyens, aussi bien de ceux qui l'exercent que de ceux qui la subissent » (p. 10). Dans son livre, Yves Lever s'est concentré sur les réseaux québécois de salles de cinéma et, dans une moindre mesure, sur la télévision et la vidéocassette. Le domaine de la télévision représente une catégorie à part : si l'on en juge par des documents officiels archivés, les critères des censeurs de …

Parties annexes