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PARTIE VHommages / Tributes

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  • Hélène Ruiz Fabri

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  • Hélène Ruiz Fabri
    Professeure à l’École de droit de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne
    Membre de l’Institut de droit international

On garde des images dans la tête. Que de sourires dans celles de Gabrielle qui sont dans la mienne. Celle que je souhaite évoquer dans ces quelques lignes est celle de ma première rencontre avec elle. Elle date d’une conférence qu’elle donnait pour la branche française de l’International Law Association (ILA) sur le règlement des différends de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à l’invitation de Philippe Kahn, en 1999. Je débutais dans ce champ de recherche auquel j’avais dû m’intéresser parce que le hasard d’une mutation professionnelle m’avait conduite à enseigner le droit international économique auquel je ne m’étais guère intéressée jusque-là et que j’avais donc sauté à pieds joints dans le tout nouveau droit de l’OMC, ses complexités, sa technicité. Comprendre ce qui se passait était essentiel, alors que la majorité des spécialistes d’un domaine considéré par une grande partie de la profession académique comme à part, et comme pouvant dès lors être délaissé, devait encore s’acculturer au changement qu’apportait le passage du GATT à l’OMC. Et voilà que quelqu’un d’autorisé en parlait en français, dans un paysage où l’essentiel de la littérature était en anglais, ce qui d’ailleurs reste vrai. Gabrielle vivait en effet ce changement de l’intérieur, ayant débuté sa carrière internationale sous le GATT. Même si elle ne s’en rendait sans doute pas compte à ce moment-là, elle est devenue un témoin et, au fil du temps, une mémoire vivante de ce que l’on peut bien, aujourd’hui, caractériser comme une époque du droit international économique. Il est intéressant d’y réfléchir rétrospectivement. On savait l’OMC libérale, portée ou soutenue par le « consensus de Washington », la technique de l’accord unique ayant permis d’emporter l’adhésion plus ou moins satisfaite de tous les participants du Cycle d’Uruguay à un ensemble inédit d’accords, y compris un mécanisme de règlement des différends enrichi d’un appel. Certes, la décennie 1990—2000 semble avoir été propice à la juridictionnalisation du droit international et cet environnement a sans doute favorisé la juridictionnalisation du mécanisme de règlement des différends de l’OMC mais cette dernière a tout autant contribué au mouvement. Le mécanisme était même en quelque sorte à la pointe, avec son véritable appel confié à un organe permanent, d’autant que ce dernier a d’emblée pris pied dans son temps en affirmant, dès son premier rapport, que le droit de l’OMC ne devait pas être interprété isolément du reste du droit international. Voilà qui attirait l’attention sur un domaine de spécialistes alors que le débat sur la fragmentation du droit international se développait et que le droit international des investissements frémissait à peine. Mais ce n’est pas exactement pour ces raisons que je me rappelle aussi bien de cette première rencontre avec Gabrielle. Plus personnellement, c’est d’abord parce que je ne m’attendais pas à rencontrer quelqu’un de mon âge, à l’abord simple et chaleureux. J’ai été frappée par sa présence, celle d’une personne lumineuse, tout de clair vêtue ce jour-là, avec un bandeau blanc qui tenait en arrière des cheveux qu’elle portait courts à l’époque. En quelque sorte un coup de foudre amical. C’est aussi parce que Gabrielle parlait de façon claire et accessible, non jargonnante, à la fois enthousiaste et réaliste, avec un sens inné de la pédagogie qui a d’ailleurs conduit à ce qu’elle soit beaucoup sollicitée pour enseigner à travers le monde, sans parler bien sûr des multiples conférences, colloques, séminaires, symposiums, où elle a été invitée à parler. Mes étudiants ont eu beaucoup de chance qu’elle ait accepté pendant plusieurs années de venir leur décoder les raffinements du droit et du contentieux de l’OMC. Je n’étais pas la moins attentive …

Parties annexes