Numéro hors-série, juillet 2025 Genre, sport et lutte antidopage : actes de colloque Sous la direction de Geneviève Dufour et David Pavot
Sommaire (8 articles)
Introduction
Études
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Accroître la nomination des femmes arbitres au sein des tribunaux arbitraux sportifs : la diversité au-delà du Tribunal arbitral du sport
Laurence Marquis
p. 25–56
RésuméFR :
Le manque de diversité en arbitrage est fréquemment dénoncé. Une de ses manifestations est le faible taux de nominations de femmes sur des tribunaux arbitraux. Dans le domaine du sport, la situation est pire encore qu’en arbitrage commercial ou d’investissement. Le Tribunal arbitral du sport se classe ainsi bon dernier dans les statistiques de nominations de femmes arbitres, ainsi que dans les initiatives pour pallier ces problèmes. Cet article examine le rôle de ce dernier et des fédérations sportives, ainsi que les avenues qui pourraient les inspirer pour atteindre une meilleure représentativité au sein des tribunaux arbitraux.
EN :
The lack of diversity in arbitration is frequently criticized. One manifestation of this is the low rate of appointments of women to arbitral tribunals. In the field of sports, the situation is even worse than in commercial or investment arbitration. The Court of Arbitration for Sport ranks last in statistics on the appointment of women arbitrators and in initiatives to address these issues. This article examines the role of the Court and sports federations, as well as avenues that could inspire them to achieve better representation on arbitration tribunals.
ES :
La falta de diversidad en el arbitraje es objeto de frecuentes denuncias. Una de sus manifestaciones es el bajo porcentaje de nombramientos de mujeres en los tribunales arbitrales. En el ámbito del deporte, la situación es aún peor que en el arbitraje comercial o de inversiones. El Tribunal Arbitral del Deporte ocupa así el último lugar en las estadísticas de nombramientos de mujeres árbitros, así como en las iniciativas para paliar estos problemas. Este artículo examina el papel de este último y de las federaciones deportivas, así como las vías que podrían inspirarlos para lograr una mejor representatividad en los tribunales arbitrales.
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Le genre dans la composition des instances de règlement des différends : l’exemple du Tribunal arbitral du sport
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La discrimination fondée sur le genre des travailleurs sportifs
David Jacotot
p. 65–92
RésuméFR :
La question de la discrimination fondée sur le genre des travailleurs est extrêmement vaste. Elle se construit à partir de mots — discrimination, genre, travailleurs sportifs — susceptibles de prêter à confusion selon les sensibilités, les représentations que les uns et les autres s’en font, voire en fonction du regard disciplinaire que l’on adopte. Cette étude propose une approche normative afin de vérifier l’existence d’un fondement textuel à la discrimination fondée sur le genre et d’observer si la norme détermine ce que recouvre le « genre », le cas échéant, sa définition. L’étude montre que le principe de non-discrimination est présent dans la Charte olympique et dans les règlements des fédérations internationales sportives. Toutefois, le « genre » n’est pas clairement défini et les compétitions sexuées (hommes/femmes) ne sont pas considérées comme une situation discriminatoire. L’article relève également que certaines fédérations utilisent des critères biologiques (comme le taux de testostérone) pour permettre l’accès aux athlètes transgenres à la catégorie féminine, ce qui crée des normes de non-éligibilité pour les athlètes transgenres. Ces restrictions pourraient cependant être jugées incompatibles avec la Convention no 111 de l’Organisation internationale du travail qui porte sur la discrimination en matière d’emploi et de profession. Toutefois, selon les législations nationales, une « justification raisonnable » peut être admise à cette forme de discrimination si la différence de traitement répond à une exigence professionnelle essentielle et proportionnée.
EN :
The issue of gender-based discrimination among workers is extremely broad. It is constructed from terms – discrimination, gender, sports workers – that can be confusing depending on people’s sensibilities, the way in which they understand these concepts, and even the disciplinary lens through which they are viewed. This study proposes a normative approach to verify whether a textual basis for gender-based discrimination exists while examining whether or not the norm defines what is meant by “gender,” and if so, its definition. The study shows that the principle of non-discrimination is present in the Olympic Charter as well as in the regulations of international sports federations. However, “gender” is not clearly defined and sex-segregated competitions (men/women) are not considered discriminatory situations. The article also notes that certain federations use biological criteria (such as testosterone levels) to determine access for transgender athletes to the women’s category, which creates ineligibility standards for transgender athletes. These restrictions could, however, be deemed incompatible with Convention No. 111 of the International Labour Organization, which addresses discrimination in employment and occupation. However, depending on national legislation, a “reasonable justification” may be accepted for this form of discrimination if the difference in treatment meets an essential and proportionate occupational requirement.
ES :
La cuestión de la discriminación basada en el sexo de los trabajadores es extremadamente vasta. Se construye a partir de palabras - discriminación, género, trabajadores deportivos- susceptibles de prestarse a confusión según las sensibilidades, las representaciones que se hacen unos y otros hasta con relación a la mirada disciplinaria que uno adopte. Este estudio propone un enfoque normativo para verificar la existencia de una base textual de la discriminación basada en el género y observar si la norma determina lo que engloba el ‘’género’’ llegado el caso, su definición. El estudio muestra que el principio de no-discriminación está presente en la Declaración olímpica y en los reglamentos de las federaciones deportivas internacionales. Sin embargo, el ‘’género’’ no está claramente definido y las competencias sexuadas (hombres/mujeres) no se consideran como una situación de discriminación. El artículo revela, asimismo, que algunas federaciones utilizan criterios biológicos (como el porcentaje de testosterona) para permitir el acceso a atletas transgénero a la categoría femenina, lo que crea normas de no-elegibilidad para los atletas transgénero. Estas restricciones podrían, sin embargo, ser juzgadas incompatibles con el Acuerdo No. 111 de la Organización Internacional del Trabajo, que habla sobre discriminación en materia de empleo y de profesiones. Sin embargo, según la legislación nacional, una ‘’justificación razonable’’ podría ser admitida en esta forma de discriminación si la diferencia en el tratamiento respondiere a una exigencia profesional esencial y proporcionada.
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Prime, rémunération des sportifs et équité
Julien Dechaud
p. 93–130
RésuméFR :
La place sociale qu’occupent les femmes et les hommes est conditionnée par divers facteurs d’ordre politique, économique, culturel, social, religieux et idéologique. Bien que le principe « à travail égal, salaire égal » s’applique au monde du sport, la logique d’une égalité professionnelle femme-homme ne doit pas ignorer la notion économique fondamentale de l’offre et la demande, concept caractéristique du système économique libéral capitaliste. Dès lors, la présente contribution s’intéresse à l’égalité de traitement professionnel et à l’égale rémunération des athlètes quel que soit leur statut (salarié sportif ou sportif indépendant) ou leur genre (femme ou homme). La question à laquelle nous tenterons d’apporter des éléments de réponse est la suivante : le sport est-il le terrain d’une impossible égalité financière ? Tout d’abord, il sera constaté qu’une égalité juridique a été consacrée formellement, et ce, de manière évolutive. Ensuite, notre attention se portera sur l’existence de données factuelles et économiques susceptibles de relativiser cette égalité (exploitation de l’image sportive, retransmission des compétitions).
EN :
Women and men’s social status is shaped by various political, economic, cultural, social, religious, and ideological factors. Although the principle of “equal pay for equal work” applies in the world of sport, the logic of professional gender equality must not overlook the fundamental economic concept of supply and demand, a characteristic feature of the liberal capitalist economic system. Accordingly, this contribution focuses on equal professional treatment and equal pay for athletes, regardless of their status (employed athlete or independent athlete) or their gender (female or male). The question we explore is the following: Is financial equality an impossibility in sport? First, we note that legal equality has been formally established, and in an evolving manner. Next, our attention shifts to the existence of factual and economic data that may put this equality into perspective (exploitation of athletic image, broadcasting of competitions).
ES :
El lugar social que ocupan las mujeres y los hombres está condicionada por diversos factores de orden político, económico, cultural, social, religioso e ideológico. Si bien el principio de: ‘’a igual trabajo, igual paga’’ se aplica al mundo del deporte, la lógica de la igualdad profesional hombre-mujer no debe ignorar la noción económica fundamental de la oferta y la demande, concepto característico del sistema económico liberal capitalista. A partir de entonces, la presente contribución se interesa a la igualdad de trato profesional y a la justa paga de los atletas sin importar su estatus (asalariado deportivo o deportista independiente) o su género (hombre o mujer). La pregunta a la cual intentamos responder es la siguiente: ¿el deporte, es el terreno de una igualdad financiera imposible? Primeramente, se constatará que una igualdad jurídica ha sido consagrada formalmente, y esto, de manera evolutiva. Segundo, nuestra atención irá a la existencia de datos factuales y económicos susceptibles de relativizar esta igualdad (explotación de la imagen deportiva, retransmisión de las competencias).
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La binarité dans les compétitions sportives
Benjamin Pitcho
p. 131–165
RésuméFR :
L’identité de genre a fait l’objet d’une reconnaissance juridique, au niveau européen comme au niveau national en France. Les épreuves sportives sont, pour leur part, organisées selon le genre, en entendant soustraire l’identité de genre à la classification mise en oeuvre au seul profit de l’identité biologique. Encore le respect de cette identité demeure-t-elle très douteuse — hasardeuse — s’agissant de l’intégration des personnes intersexuées qui font l’objet de discriminations. Cet article a vocation à préciser les conséquences de l’identité de genre sur les réglementations sportives et révéler, in fine, le caractère inadapté sinon caduc de la binarité mise en oeuvre par différentes fédérations qui, devant la réalité, a démontré son inadaptation.
EN :
Gender identity has been legally recognized, both at the European level and nationally in France. Sporting events, for their part, are organized by gender, thereby removing gender identity from a classification system applied strictly according to biological identity. Yet respect for this identity remains highly questionable – uncertain – when it comes to the inclusion of intersex individuals who face discrimination. This article seeks to clarify the consequences of gender identity on sports regulations and ultimately reveal the inadequacy, if not the obsolescence, of the binary approach implemented by various federations which, when confronted with reality, has proven to be unsuitable.
ES :
La identidad de género ha sido objeto de reconocimiento jurídico, tanto a nivel europeo como a nivel nacional en Francia. Las pruebas deportivas son, por su parte, organizadas según el género con la intención de eliminar la identidad de género de la clasificación implementada para el único beneficio de la identidad biológica. Sin embargo, el respeto a esta identidad sigue siendo muy dudoso y peligroso cuando se trata de la integración de personas intersexuales que son objeto de discriminación. Este artículo pretende esclarecer las consecuencias de la identidad de género en la normativa deportiva, y, en definitiva, revelar el carácter inadecuado, cuando no obsoleto, de la binariedad implementada por diferentes federaciones que, frente a la realidad, han demostrado su insuficiencia.
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Transidentité et sport de compétition : étude juridique sur l’éligibilité des athlètes transgenres
Mathieu Maisonneuve
p. 167–220
RésuméFR :
La bicatégorisation sexuée des compétitions sportives invite inévitablement à s’interroger : les athlètes transgenres doivent-il pouvoir concourir dans la catégorie (féminine ou masculine) correspondant à leur identité de genre ? La réponse à cette question, qui dépasse le cadre du sport, est éminemment complexe. Le présent article entend montrer que, en l’état des connaissances scientifiques, le droit ne commande pas plus leur libre inclusion qu’il ne permet leur exclusion totale. Si le principe est bien l’inclusion, il ne s’agit pas pour autant d’un principe absolu. Des limites peuvent ainsi lui être apportées à condition qu’elles constituent un moyen strictement proportionné de préserver l’équité sportive et/ou la sécurité des participants. La légalité ou l’illégalité de limites à l’éligibilité des athlètes transgenres va dès lors varier en fonction : du sens de la transition de genre effectuée (MtF ou FtM) ; des sports pratiqués (tous ne mobilisent pas les mêmes qualités ni ne présentent les mêmes risques) ; du parcours de transition réalisé (social, médical et/ou légal) ; du fait d’avoir subi les effets de la puberté masculine (ce qui n’est pas le cas des athlètes prépubères ou ayant eu éventuellement accès à des bloqueurs de puberté) ; voire du niveau de compétition concerné (compétitions simplement « récréatives » ou véritables compétitions) ; ou bien encore de l’existence d’alternatives à l’interdiction pure et simple (co-classement par exemple).
EN :
The binary sex categorization of sports competitions inevitably raises the question: should transgender athletes be allowed to compete in the category (female or male) that corresponds to their gender identity? The answer to this question, which extends beyond the realm of sport, is highly complex. This article attempts to show that, based on the current state of scientific knowledge, the law neither mandates their free inclusion nor allows their total exclusion. While inclusion is indeed the principle, it is not an absolute one. Limits may therefore be imposed, provided they are a strictly proportionate means of preserving sporting fairness and/or the safety of participants. The legality or illegality of limits on the eligibility of transgender athletes will therefore vary depending on: the direction of gender transition (MtF or FtM); the sports involved (since not all require the same abilities or pose the same risks); the transition process undertaken (social, medical and/or legal); whether the individual has undergone the effects of male puberty (which is not the case for prepubescent athletes or those who may have accessed puberty blockers); the level of competition involved (recreational events or actual competitive events); and even the existence of alternatives to an outright ban (such as co-ranking, for example).
ES :
La doble categorización en función del género de las competiciones deportivas plantea inevitablemente la pregunta: ¿deberían los atletas transgénero competir en la categoría (femenina o masculina) correspondiente a su identidad de género? La respuesta a esta pregunta, que sobrepasa el límite de lo deportivo, es eminentemente compleja. El presente artículo pretende mostrar que, en el estado actual del conocimiento científico, el derecho no exige su libre inclusión, como tampoco permite su exclusión. Si bien el principio es la inclusión, no es un principio absoluto. Por lo tanto, se le puede imponer límites, siempre que constituyan un medio estrictamente proporcionado para preservar la equidad deportiva y/o la seguridad de los participantes. La legalidad o la ilegalidad de las limitaciones de los atletas transgénero variará, por lo tanto, en función de: el sentido de la transición de género realizada, (MtF o FtM); de los deportes practicados (no todos exigen las mismas cualidades ni presentan los mismos riesgos) el camino de transición seguido (social, médico y/o legal); el hecho de haber sufrido los efectos de la pubertad masculina (lo que no es el caso de los atletas prepúberes o de aquellos que hayan podido tener acceso a bloqueadores de la pubertad) o incluso el nivel de competición en cuestión (competiciones meramente ‘’recreativas’’ o competiciones reales); o incluso la existencia de alternativas a una prohibición total, por ejemplo, la coclasificación).
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La composition des instances de gouvernance sportive au regard du genre