Résumés
Résumé
La détresse psychologique au travail constitue un enjeu majeur de santé publique, touchant plus du quart des travailleurs québécois. La moitié de ces travailleurs attribuent cette détresse à leur emploi. Celle-ci se veut étroitement liée aux risques psychosociaux (RPS). Ces risques se veulent souvent associés à l’évolution des modes d’organisation du travail dans un contexte néoproductiviste favorisant l’intensification de l’activité, tant physique que cognitive. Dans ce contexte, la réforme législative québécoise de 2021 représente une avancée importante, puisqu’elle intègre explicitement la santé mentale au régime de santé et de sécurité du travail, consolidant ainsi le droit à sa protection. Cependant, ces progrès se heurtent à des pratiques organisationnelles souvent inadéquates — car génératrices de RPS — ainsi qu’à une jurisprudence restrictive en matière d’obligation d’accommodement raisonnable, notamment lorsqu’il s’agit de retours au travail à la suite d’un trouble de santé mentale causé ou aggravé par le travail. Cet article analyse cette tension. Pour ce faire, il propose une réorientation du rôle des acteurs impliqués dans le retour au travail — employeurs, syndicats, travailleurs et arbitres de griefs — dans une perspective de postvention et de prévention, en particulier primaire, des atteintes à la santé mentale, et de reconnaissance de celle-ci comme faisant partie intégrante des droits fondamentaux au travail. Dans cet esprit, cette approche appelle à une collaboration structurée entre les acteurs de la prévention, tant en amont de la survenance de ces atteintes qu’en aval de celles-ci : en amont, par la négociation de clauses spécifiques dans les conventions collectives promouvant la correction, le plus à la source possible, des causes derrière les atteintes à la santé mentale, y compris leur possible résurgence, dans les phases de retour au travail ; en aval, par une lecture renouvelée des griefs individuels, en tenant compte, entre autres, des enjeux liés à l’organisation du travail, ainsi que par un usage stratégique des griefs collectifs pour remédier aux dysfonctionnements systémiques inhérents à celle-ci. S’inspirant des travaux du professeur Denis Nadeau, nous plaidons incidemment pour un dialogue reconstruit et renouvelé en faveur d’environnements de travail sains et respectueux, centrés sur la préservation de la santé et de la dignité des travailleurs.
Mots-clés :
- Santé mentale au travail,
- dignité au travail,
- droits fondamentaux,
- réforme législative 2021, Québec,
- prévention primaire,
- négociation collective,
- griefs individuels et collectifs
Abstract
Psychological distress at work constitutes a major public health issue, affecting more than one quarter of Québec workers, half of whom attribute this distress directly to their work conditions. Such distress is closely linked to psychosocial risks (PSRs), which are frequently associated with evolving forms of work organization within a neo-productivist context that promotes the intensification of work activity, both physical and cognitive. In this context, Québec’s 2021 legislative reform represents a significant advancement, as it explicitly integrates mental health into the occupational health and safety legal framework, thereby consolidating the right to its protection. However, these legal developments continue to clash with organizational practices that are often inadequate—because they generate PSRs—as well as with a line of case law characterized by a restrictive interpretation of the duty to accommodate, particularly in situations involving return-to-work processes following a work-related or work-aggravated mental health condition. This article examines this tension. To do so, it proposes a reorientation of the roles played by the actors involved in return-to-work processes - employers, unions, workers, and grievance arbitrators - within a postvention and prevention framework, with particular emphasis on primary prevention of mental health impairments and on the recognition of mental health as an integral component of fundamental labour rights. From this perspective, the approach calls for structured collaboration among prevention actors, both upstream and downstream of the occurrence of such impairments. Upstream, this involves negotiating specific collective agreement provisions aimed at correcting, as close to the source as possible, the underlying causes of mental health impairments, including their potential recurrence during return-to-work phases. Downstream, it entails a renewed reading of individual grievances that takes into account, inter alia, issues related to work organization, as well as the strategic use of collective grievances to address the systemic dysfunctions inherent therein. Drawing on the work of Professor Denis Nadeau, we further argue for a reconstructed and renewed dialogue in favour of healthy and respectful work environments, centred on the preservation of workers’ health and dignity.
Keywords:
- Workplace mental health,
- dignity at work,
- fundamental rights,
- Québec’s 2021 legislative reform,
- primary prevention,
- collective bargaining,
- individual and collective grievances
