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Comptes rendus

Aurélie Lanctôt, Personne ne s’excusera : affranchir la justice féministe de la violence de l’État, Montréal, Atelier 10, 2024, 108 p.[Notice]

  • Rose Moisan-Paquet

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  • Rose Moisan-Paquet
    Université Laval

C’est sous forme de séquences que se divisent les trois premiers chapitres qui composent le corps de l’ouvrage : « Séquence 1 : #MoiAussi : l’éclatement », « Séquence 2 : l’impasse judiciaire », « Séquence 3 : De George Floyd à “ Dis son nom ” ». Une fois la séquence bien mise en place, l’ouvrage nous amène au coeur de sa proposition avec les deux chapitres suivants : « Révolution néolibérale et féminisme carcéral » ainsi que « Vers un renouveau abolitionniste ». Le premier chapitre de l’essai revient sur les moments charnières du mouvement #MoiAussi à travers les figures médiatiques qui ont été écorchées par les dénonciations publiques. La séquence s’enchaîne : publication des premières enquêtes journalistiques visant Harvey Weistein, tentative de retour à la vie publique de Bertrand Cantat, publication du célèbre micromessage (tweet) de l’actrice Alyssa Milano, et puis, plus près de chez nous, publications des enquêtes journalistiques ciblant Gilbert Rozon et Éric Salvail. En réaction à cet éclatement, on assiste la mise en discours d’une réponse articulée autour du système judiciaire : C’est donc une réforme judiciaire axée vers « la quête d’une répression plus efficace » (p. 24; soulignement dans le texte original) qui s’impose comme réponse politique aux dénonciations de violences sexuelles. Pour l’autrice, cette proposition réformiste est tout aussi incohérente qu’inefficace, et consiste à répondre aux violences par d’autres violences, cette fois institutionnalisées et légitimées par l’État. Le deuxième chapitre de l’ouvrage se penche davantage sur l’appareil judiciaire, son mode de fonctionnement et ses effets. En revenant notamment sur le processus judiciaire traversé par l’actuelle mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, dans sa plainte pour agression sexuelle contre son ancien collègue, Harold Lebel, l’ouvrage montre à la fois l’effet vulnérabilisant de ce processus, le manque de considération de ses acteurs et, surtout, l’isolement et la solitude qu’entraîne le recours à la justice pénale. À partir de l’expérience de Catherine Fournier, mais également de celles des autres figures publiques dont la plainte au criminel a été médiatisée, Aurélie Lanctôt dégage une nouvelle norme, celle de la bonne plaignante, où s’opère, au sein du système judiciaire, une réarticulation du mythe de la bonne victime (Desrosiers 2018; Lessard 2017). S’ensuit une démonstration de la manière dont l’ensemble de l’appareil judiciaire – c’est-à-dire la police, le tribunal et la prison – participe de la (re)production de rapports de pouvoir. Pour l’autrice, le système carcéral et pénal n’est pas un allié des luttes féministes, et il s’agit là l’un des principaux angles morts du mouvement #MoiAussi. L’ouvrage consiste en un arrêt sur image. Été 2020 : COVID-19, meurtre de George Floyd, mouvement Black Lives Matter, mouvement Dis Son Nom. Dans ce troisième chapitre, l’autrice met le doigt sur une lacune importante des mouvements de dénonciation : alors que, à l’été 2020, la critique des violences d’État est au coeur du mouvement Black Lives Matter, cette réflexion ne semble pas se transférer à Dis Son Nom. Cette nouvelle vague de dénonciations, qui prend place peu après Black Lives Matter, représente aux yeux de l’autrice une occasion manquée : exempte de critique envers l’appareil judiciaire, elle réaffirme plutôt « la centralité du système pénal dans la prise en charge des violences » (p. 54). Le quatrième chapitre de l’ouvrage propose ensuite un bref historique du féminisme carcéral, posture féministe notamment caractérisée par son approche répressive, où la criminalisation est posée en solution aux problèmes sociaux. On explore la manière dont certaines facettes de #MoiAussi ont alimenté ce type de proposition féministe axée sur les logiques pénales. La question « comment créer une société capable de s’extirper …

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