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Comptes rendus

Sarah Barrières, Abir Kréfa, Saba Le Renard (dir.), Le genre en révolution. Maghreb et Moyen-Orient, 2010-2020, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. « Actions collectives », 2023, 283 p.[Notice]

  • Emilie El Khoury

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  • Emilie El Khoury
    Queen’s University

Publié en 2023 aux Presses universitaires de Lyon, l’ouvrage collectif Le genre en révolution. Maghreb et Moyen-Orient, 2010-2020, dirigé par Sarah Barrières, Abir Kréfa et Saba Le Renard, propose une relecture incontournable des soulèvements populaires dans plusieurs pays de la région à travers le prisme du genre. À partir d’enquêtes de terrain menées entre 2010 et 2020, les douze auteur·rices démontrent que l’analyse genrée ne constitue ni un angle secondaire ni un simple supplément d’âme aux analyses traditionnelles. Elle est, au contraire, un levier central pour comprendre les dynamiques révolutionnaires dans leurs dimensions anthropologique, sociale, historique et politique. L’ouvrage s’inscrit dans un contexte caractérisé par la rareté, voire l’absence, d’analyses genrées des crises politiques et des révolutions, notamment dans la production scientifique francophone (Kréfa et Barrières 2020). Comme le soulignent les autrices de l’introduction, cette carence apparaît d’autant plus problématique que des femmes ont occupé une place centrale dans les couvertures médiatiques des soulèvements populaires. Cependant, dans les récits officiels, leur présence demeure soit largement invisibilisée, soit enfermée dans des représentations stéréotypées : elles sont dépeintes tantôt comme des figures passives, victimes ou silencieuses, tantôt comme des héroïnes exceptionnelles, issues majoritairement des classes moyennes urbaines, jeunes, esthétiquement conformes aux normes dominantes, c’est-à-dire des femmes « dignes » d’attention médiatique selon des critères implicitement teintés d’un imaginaire colonial (Ibroscheva 2013; Mahmood 2005). Le livre dénonce avec force ces représentations réductrices qui figent les femmes dans des rôles unidimensionnels, définis uniquement par leur sexe et leur genre assigné à la naissance, ou encore comme un « ensemble homogène d’opprimées passives, exclues des espaces publics, voire recluses » (p. 6). Ces stéréotypes, relayés tant par les médias internationaux que par certains discours officiels (Kréfa et Barrières 2020), contribuent à construire l’image d’une « bonne manifestante » occidentalisée, docile et élégante. Cette construction sociale et politique masque la diversité réelle des expériences, des perceptions et des engagements individuels, ainsi que l’étonnement suscité par le fait que des femmes puissent être à la fois élégantes et revendicatrices sur des questions sociétales dans cette région. Face à cette tendance à l’essentialisation, l’ouvrage adopte une approche résolument critique, insistant sur la pluralité des trajectoires, des formes de résistance et des revendications portées par des femmes issues de contextes sociaux, économiques et culturels très divers, bien que situés dans la même région, le Maghreb et le Moyen-Orient. Ce point est fondamental pour rappeler que ces espaces ne sauraient être réduits à des entités unidimensionnelles ou figées : ils sont traversés par l’hétérogénéité, tant dans les expériences vécues et perçues que dans les dynamiques politiques et sociales. Loin de se limiter à un seul type de militante ou à une présentation simpliste des dynamiques de genre, le livre propose une lecture située, nuancée et attentive à la diversité des caractéristiques sociales des femmes engagées. Ce travail de déconstruction des stéréotypes s’inscrit dans une volonté claire de rupture avec les visions dominantes qui continuent d’essentialiser les femmes de cette région. Ainsi, l’ouvrage se révèle doublement novateur : il comble un vide dans la littérature francophone et fournit des outils conceptuels précieux pour étudier les mouvements sociaux selon une perspective de genre. Il n’est pas seulement question d’ajouter une couche de genre à l’analyse des révolutions, mais de faire de ce prisme un point d’entrée central pour comprendre les logiques d’action, les formes de participation, les obstacles rencontrés ainsi que les reconfigurations sociales provoquées par les soulèvements. Pour cela, les auteur·rices s’appuient sur des concepts clés issus de la sociologie politique, comme celui de « crise politique » selon Michel Dobry (1986 et 1992), que je traduirais par une conjoncture …

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