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Comptes rendus

Andrea Oberhuber, Faire oeuvre à deux : le Livre surréaliste au féminin, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2023, et Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2024, 345 p.[Notice]

  • Marie-Claude Dugas

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  • Marie-Claude Dugas
    Collège Vanier

L’objectif de l’essai Faire oeuvre à deux : le Livre surréaliste au féminin, publié successivement au Québec et en France, est clair. Andrea Oberhuber affirme d’entrée de jeu qu’elle souhaite « ajouter un nouveau chapitre à l’histoire du Surréalisme » (p. 38), et enrichir « celle du Livre surréaliste placé sous les signes du féminin, du partage et de la démarche collaborative » (p. 38). Nul doute que le Livre surréaliste réalisé par des femmes reste peu valorisé, peu commenté par la critique. Ainsi, la professeure de littérature, spécialiste de l’écriture des femmes (xixe et xxie siècles), de photolittérature, des avant-gardes historiques et des éthiques du care, propose de combler cette lacune par une étude du Livre surréaliste au féminin comme un genre qui s’est développé en marge, certes, mais aussi en tant que genre à part entière. À partir d’analyses d’extraits de cas emblématiques, elle scrute les particularités historiques et génériques de ce travail créatif ainsi que les caractéristiques qui concernent plus précisément le partage, la collaboration et la communauté. La partie introductive pose les bases du genre que constitue le Livre surréaliste au féminin. Oberhuber explique que l’espace d’écriture collective qu’elle souhaite mettre en lumière se distingue de la démarche collaborative observée dans les grands classiques du Livre surréaliste, notamment en ce qui concerne sa réception. En effet, ces créatrices surréalistes semblent avoir évolué « en marge de la marge » (Suleiman 1988), pour reprendre la formule de Susan Suleiman, c’est-à-dire à l’écart des grands maîtres masculins, d’une part, et en périphérie du cadrage temporel du surréalisme d’autre part, puisqu’elles en ont porté la mémoire bien après la fin officielle du mouvement. En ce qui concerne le choix des oeuvres analysées dans chaque partie, la spécialiste fait remarquer que les artistes du corpus forment une communauté et que, malgré la diversité de leurs pratiques, leur travail s’inscrit à divers égards dans l’esthétique du mouvement surréaliste. Plus précisément, elle identifie cinq traits qui réunissent les créatrices surréalistes : la démarche collaborative en tant qu’idéal de création, l’investissement des pratiques intermédiales, la tendance à l’hybridation des genres littéraires, les stratégies de réécriture et de révision d’un féminin mythique et, enfin, la revendication de la posture d’écrivaine ou d’artiste en optant pour la dualité créatrice. La partie liminaire s’intéresse en premier lieu à la collaboration au féminin, soit à la démarche qui consiste en l’apport conjoint de deux créatrices. C’est l’analyse d’Aveux non avenus (Cahun 1930), une « oeuvre qui conjugue l’écrit et le photographique au sein du même espace livresque » (p. 43), qui ouvre cette partie. Si ce n’est pas la première collaboration du couple que forment Claude Cahun et Marcel Moore, ce livre et l’esthétique du partage qu’il met en place en seraient le grand oeuvre, selon Oberhuber. En outre, les rapports texte/image qui y sont installés favoriseraient la participation du « spectacteur » (p. 81), un terme qui fait état, explique la professeure, du rôle actif que requiert l’approche d’une oeuvre d’art avant-gardiste, en raison du fait que les liens entre le textuel et le visuel ne vont pas de soi. En second lieu, ce sont les travaux de Lise Deharme, créatrice prolifique, mais dont il reste peu de traces aujourd’hui, qui sont mis en lumière. Les albums Le Coeur de Pic (Deharme et Cahun 1937), fruit d’une collaboration avec Claude Cahun, et Le Poids d’un oiseau (Deharme 1955), qu’elle a réalisé avec Leonor Fini, constituent pour Deharme le produit d’un partage intermédial entre créatrices. Les analyses proposées par Oberhuber soulignent notamment l’importance de Lise Deharme dans la production livresque collaborative …

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