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Comptes rendus

Hélène Charron, La longue marche de l’égalité au Québec. Sexe, genre et féminisme, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2025, 300 p.[Notice]

  • Denyse Baillargeon

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  • Denyse Baillargeon
    Université Laval

Si vous avez déjà pensé que l’égalité entre les hommes et les femmes était désormais atteinte au Québec (ce dont je doute, remarquez), ce livre d’Hélène Charron vous prouvera, de manière irréfutable, que vous avez tout faux. Fruit d’une réflexion alimentée par une recherche exhaustive et un vaste bagage de connaissances acquises au contact des milieux universitaires et féministes, cet ouvrage de synthèse propose en effet une analyse, à la fois nuancée et très détaillée, des persistances des inégalités de sexe et genre au Québec, en dépit de toutes les transformations que le féminisme, dans ses multiples incarnations, a pu favoriser ou provoquer, à long ou à court terme. En ce sens, ce livre, qui constitue une réponse aux complaintes des masculinistes, se situe à la jonction de l’histoire et de la sociologie des femmes et du genre. Il vulgarise de manière intelligente les concepts clés, notamment le genre et l’intersectionnalité, qui ont permis aux chercheuses féministes de mieux comprendre les mécanismes de production et de reproduction des rapports de pouvoir genrés qui conditionnent l’existence des femmes (et des hommes, faut-il préciser) et font obstacle à l’atteinte d’une véritable égalité. Il propose surtout une analyse fouillée des données empiriques disponibles sur de nombreux aspects des expériences de vie au féminin, dans lesquelles s’enracinent les rapports de pouvoir inégalitaires, données qui font état du chemin parcouru et de celui qu’il reste à faire. Bref, affirmons-le d’entrée de jeu, cet ouvrage, qui s’adresse à un large public, composé autant de chercheuses et de chercheurs, d’étudiantes et d’étudiants que de non-universitaires, deviendra sûrement incontournable. L’ouvrage se divise en neuf chapitres, les trois premiers posant les balises nécessaires à la bonne compréhension de l’analyse qui se poursuit dans les six derniers. Ainsi, après s’être attardée à l’élaboration du concept de genre (chapitre 1), aux différentes idéologues féministes présentes au Québec depuis les années 1960 (chapitre 2) et à l’histoire des femmes (chapitre 3), l’autrice examine de manière critique les gains obtenus par les femmes en matière d’égalité dans l’espace tant public que domestique, et les changements apportés par les luttes féministes dans les rapports de genre. Privilégiant une approche matérialiste, qui laisse place néanmoins aux dimensions symboliques et culturelles des rapports genrés, Charron définit le genre « comme un processus de différenciation sociale entre les sexes et les sexualités qui est à la fois dynamique, transversal, hiérarchique et imbriqué dans les autres rapports sociaux » (p. 14). Ainsi défini, le genre s’avère un outil d’analyse « opératoire », quel que soit le domaine de la vie sociale ou domestique en cause, quelle que soit la place que les femmes ou les minorités sexuelles y occupent. Après avoir dressé un bilan critique des différentes théories féministes qui ont interpellé les militantes québécoises depuis la Révolution tranquille, et exposé (dans les deux sens du terme) les thèses masculinistes, l’autrice consacre un chapitre à l’histoire et à l’historiographie des femmes et du genre depuis l’époque coloniale, avant d’examiner successivement différentes dimensions de la vie des femmes : leur socialisation (chapitre 4); la division sexuelle du travail salarié et non rémunéré (chapitre 5); les dynamiques familiales (union, séparation et divorce; parentalité) et le partage des rôles, des tâches et des responsabilités dans le couple (chapitre 6); les représentations et la culture genrées dans les médias, les arts, les professions, les universités (chapitre 7); le corps et les sexualités (chapitre 8); et enfin, les violences physiques et sexuelles (chapitre 9). Chacun de ces larges thèmes est dépeint à la lumière des bouleversements qu’il a connus depuis la Révolution tranquille, en mettant en exergue autant les gains réalisés par les …

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